Faut pas prendre les enfants de Bourdieu pour des connards sauvages (21 avril 2007)
Il est grand temps que les préliminaires médiatiques se terminent. Vivement dimanche soir. Quitte à se faire baiser par les politiques pendant cinq ans, quelle que soit l'issue du scrutin, autant passer à la casserole électorale et citoyenne le plus rapidement possible.
On se préoccupe beaucoup, en ces dernières heures de campagne, de savoir dans quel état d'épuisement les candidats vont terminer cette première partie de l'épreuve. On devrait plutôt s'inquiéter de savoir dans quel état d'expectative lassée vont finir les électeurs.
Il est probable que le citoyen assidu finira cette aventure écroulé sous les sondages, surveillant la fluctuation des points comme au concours de l'Eurovision, alors qu'on dénombre 18 millions d'indécis, ce qui relativise quand même les calculs. Quant aux médias, ils auront passé plus de temps à publier, commenter et décortiquer les sondages qu'à nous proposer de sérieuses analyses comparatives des différents programmes.
Les débats de fond contradictoires n'ont pas eu lieu. Les candidats les plus en vue en sont responsables ; les autres, plus batailleurs, étaient pourtant prêts à en découdre. Les deux candidats désignés comme principaux par les sondages ont refusé la confrontation, Ségolène Royal, invitée par des journalistes, ne s'est pas toujours rendue aux rendez-vous.
On l'a surprise maintes fois à infantiliser son auditoire, des journalistes aussi, selon une vieille méthode de management qui n'est qu'une défensive et qui se répand de plus en plus dans notre société (j'y reviendrai dans une prochaine chronique).
Par crainte d'être interrogés sur la politique étrangère de la France pour les cinq années qui viennent, par exemple, les postulants ont préféré répondre à des magazines de troisième ordre pour dire ce qu'ils pensaient des... animateurs de télévision. Même François Bayrou a donné une interview à un magazine canin. On rêve.
Remettre la France au travail. Au noir ?
On attendait aussi que de vrais journalistes d'investigation, indépendants, libres, aillent vérifier scrupuleusement les affirmations du Canard enchaîné à propos des supposées affaires immobilières et fiscales de deux candidats. Mais ces enquêtes, légitimes en démocratie quand règne une réelle liberté de la presse, n'ont pas eu lieu ou ont été étouffées. Deux candidats s'étaient engagés à publier leur patrimoine, ils ne l'ont pas fait. Dans une semaine, le ou la candidate élu (e) pourra se couvrir derrière la Constitution pour ne pas répondre aux questions dérangeantes.
Beaucoup de Français ont apporté leurs commentaires sur ces sujets et nombreux ont jugé qu'on avait tort de s'attarder sur ces questions et de persécuter les candidats. C'est que la fraude, sport national français, a aussi ses supporters. Et on a probablement tort de réclamer un peu de lumière sur l'intégrité de ceux qui nous donnent des leçons de morale et qui veulent nous remettre au travail, nous qui n'avons jamais cessé d'y être pour ne mériter que les placards que nous réservaient des patronnets psychopathes, des privations d'augmentations de salaire et pire que tout, une absence totale de reconnaissance du travail réalisé.
Les grands et les petits
Dans notre pays démocratique, nous avons entendu aussi qu'il y avait des grands et des petits candidats, au contraire du principe d'égalité proclamé par la République. Un petit candidat est un candidat dont on estime qu'il a peu de chance d'être élu. Comment le sait-on ? Par les instituts de sondages. Des sondages qui font donc un premier tri démocratique pour nous dispenser de trop réfléchir.
On a pu remarquer aussi que les journalistes étaient pleins d'égards et de condescendance pour les candidats principaux quand ils les interrogeaient, et prompts à la raillerie anecdotique devant les autres sans intention d'entrer vraiment dans leur programme.
Si j'avais eu la malencontreuse idée de présenter ma candidature, j'aurais élaboré depuis longtemps un programme bétonné et peaufiné dans les moindres détails avec une vision de l'évolution de la France pour les années qui viennent. Mais comment attendre des candidats une mise en perspective qui n'existe même plus dans les entreprises ? Pour exemple, la mienne, où le grand calife vient brutalement de s'apercevoir que la presse écrite était en perte de lectorat et que l'avenir était sur Internet, ce que j'avais déjà compris il y a 7 ans en créant ce site...
A écouter les candidats en lice, on a eu l'impression qu'il existait certes un socle d'idées, mais que le véritable programme se construisait à la hache au jour le jour, de meeting en meeting, d'interview en interview. Avec les inévitables dérapages de la parole intensive, trop sollicitée pour le seul objectif de distribuer des mots. Je ne suis pas sûr que les militants socialistes, par exemple, aient beaucoup apprécié de voir leur candidate se détacher du programme du parti (elle l'a dit) pour imposer ses propres vues après leur avoir fait le coup de la fameuse « démocratie participative ». Curieusement, alors qu'ils avaient promis juré leur soutien, les « éléphants » du parti ont été bien timides ou écartés. Même un Jack Lang s'est fait très discret, ce qui n'est pourtant pas son habitude. En cas de victoire au deuxième tour, on les verra quand même sur les plateaux de télévision pour se féliciter, comme ils se le doivent.
Pour les deux candidats principaux, la démagogie enflammée a pris souvent le pas sur la Raison et la sincérité. Ségolène Royal aurait-elle eu à s'exprimer devant une assemblée de lanceurs de nains qui se seraient plaints d'une pénurie de munitions, qu'elle leur aurait promis aussitôt de doubler le nombre de nains en France.
Soutiens d'outre-tombe
De son côté, Nicolas Sarkozy s'est appuyé sur des références historiques et littéraires prestigieuses, mais inattendues de sa part, sans doute pour faire oublier des soutiens culturels comme Doc Gynéco et Steevy Boulay du loft. Après nous avoir fait croire qu'il connaissait par cœur la lettre émouvante de Guy Moquet, le voilà qui fait un tour de cimetière vite fait à Colombey-les deux-églises pour se faire filmer longuement, de face, de profil et de dos, seul, devant la tombe du Général et devant l'immense croix de Lorraine. Pas mis en scène du tout.
Puis le voici qui reprend ses références en déclarant cette fois son admiration pour Jean-Paul II. Sait-on jamais, l'intercesseur miraculeux auprès de Dieu pour guérir les tremblements de Parkinson pourrait bien faire quelque chose au prochain scrutin. On a beau s'être prononcé pour l'égalité des chances et contre la France du piston, on ne va pas tout de même pas se priver d'un miracle.
Giscard au Panthéon ?
Giscard trahit sa famille politique d'origine et rallie le clan qui a manigancé sa défaite en 81, un dégagement politique qu'il a lui-même révélé dans son dernier livre. C'est que, voyez-vous, l'âge de Monsieur est avancé et qu'il vaut mieux caresser tout de suite dans le sens du poil le pouvoir probable de demain. Ce collectionneur de titres, d'avantages et d'honneurs a sûrement déjà mis au point le scénario de son entrée majestueuse au Panthéon que ce pouvoir-là ne saura lui refuser. Qu'il se rassure, il doit rester environ trois cents places, en se serrant un peu.
La présidence de la République est-elle inscrite dans les gènes ?
On se souvient que la mère de Giscard, en 1974, nous assurait à la télévision que son fils était prédestiné à être président de la République à cause de son profil napoléonien qu'elle était seule à voir. Nul doute que Nicolas Sarkozy n'est pas loin de penser à cette prédestination et que Ségolène Royal lui emboîte l'idée. La question se pose alors de savoir si la présidence de la République ne serait pas par hasard inscrite dans les gènes. On pourrait très bien imaginer une détection précoce dans les maternelles comme certains voudraient le faire bientôt pour les comportements violents. Le plus délicat, c'est qu'on risquerait de rencontrer des troubles du comportement, une sorte d'autocratie précoce, chez certains enfants reconnus pourtant comme potentiellement aptes à gouverner les autres...
La farce tranquille
Après avoir changé plusieurs fois de slogans au cours de la campagne (ce qui est contraire à tous les principes publicitaires d'une campagne sérieuse et bien travaillée, qu'elle soit politique ou commerciale), Ségolène Royal, qui visiblement décide seule, se fixe désormais sur la France présidente . Du coup, le caniche Jacques Séguéla remue la queue et trouve ce slogan extraordinaire et remarquable . Alors que ce slogan aurait pu être l'invention de n'importe quel stagiaire d'Havas. En réponse à cette admiration dévote, Ségolène Royal en rajoute et lance sur une tribune qu'elle est la Force tranquille, slogan dont le même Séguéla est l'auteur !
Elections : le salon de l'auto... crate
Comment faire le tri entre le fond qui va engager la France et les artifices de la société du spectacle ? Les stratégies de récupération, on les devine, on les lit sur les lèvres et dans les regards. Les petites phrases, on les décode. Les hésitations, on les voit. Les comportements autocrates, ils nous aveuglent et ne nous rassurent pas. C'est qu'il y a ceux qui vendent nos cerveaux disponibles à Coca-Cola et ceux qui nous ont appris à le rendre disponible pour être un meilleur citoyen, avisé, plus averti dans la lecture des codes et donc moins crédule.
Faudrait pas prendre les enfants de Bourdieu pour des connards sauvages.
On a pu d'abord croire à un lapsus. Mais comme la phrase a été répétée un peu partout dans les médias, non, il s'agissait bien d'une bourde que personne semble-t-il n'a relevée.
Michèle Alliot-Marie, en rendant un juste hommage au gendarme du GIGN assassiné par un forcené, a déclaré : « Il a été fidèle à l'éthique de sa mission qui est de protéger les autres au mépris de sa propre vie. »
J'espère que Madame la ministre voulait dire « au prix de sa propre vie »…
Comment pourrait-on en effet admettre l'idée qu'il faille se mépriser, mépriser sa propre existence, se trouver indigne d'estime, pour aller au-devant des autres avec le souci de leur venir en aide et de les protéger ? Non bien sûr, c'est au contraire l'estime de soi, l'amour de soi, qui nous ouvre vers l'amour des autres.
On peut penser à l'inverse que c'est le forcené qui manquait probablement d'estime de soi, et que ce déficit l'a conduit au déséquilibre et à cet acte irréparable.
A force de fréquenter les militaires, en perdrait-on son vocabulaire et ses notions philosophiques de base ? Allez, soyons charitable et mettons cette glissade verbale sur le compte d'une… méprise.
Au dernier Conseil des ministres, le Président de la République a annoncé un plan de lutte contre l'addiction. Du coup, les « addictologues » s'addictent aux radios et aux magazines pour nous expliquer finalement que nous avions tort de croire la tendance hédoniste qui nous enseignait que pour garder le moral il fallait de temps en temps s'accorder de menus plaisirs.
Si la prévention des comportements addictifs se comprend quand il s'agit de combattre les méfaits de la drogue, de l'alcool et du tabac, on reste tout de même stupéfaits d'entendre ces spécialistes nous dresser la liste de toutes les addictions auxquelles nous sommes exposés et dont ils veulent nous protéger. Au motif en effet que la « trajectoire addictive » (je cite) est la même pour toutes les formes d'addiction qui peuvent nuire à notre entourage et nous jeter dans l'abîme. Voici l'inexorable trajectoire : usage normal > abus > addiction.
Et comme on peut être addicte à tout et n'importe quoi, la liste est ouverte : le jeu, la nourriture, le sexe, les médicaments, le crédit, la religion, la politique, le pouvoir, l'argent, la consommation, la bourse, le sport, le soleil, la sieste, le travail, les réunions, les jeux vidéo, Internet, la télévision… Je vous laisse le soin d'en compléter la liste en vous gardant cependant de la prise de tête qui mettrait votre cerveau en voie d'addiction.
Mettons notre logique à l'épreuve et considérons que pour éviter toute addiction il faut surveiller les abus auxquels nous aurait conduit un usage normal. Méfions-nous donc de l'usage normal de toute chose. Et comme l'on ne saura jamais où situer les bornes de la normalité, renonçons tout simplement à l'usage. Donc, en toute logique, il nous faut réprimer tout ce qui pourrait nous apparaître à première vue comme un menu plaisir. Si vous faites l'amour une fois par mois, surveillez-vous, parce que la dérive commence comme ça.
Qui connaît la véritable philosophie d'Epicure saura qu'il faut se contenter de peu pour connaître le bonheur, voire l'ataraxie. Il s'agirait tout simplement, au lieu de nous apprendre à vivre dans l'excès et dans la performance, d'expliquer aux plus jeunes ce que sont la tempérance et le sens de la mesure en toutes choses. Un cours de philosophie élémentaire qu'il ne serait pas inutile d'introduire à l'école dès le primaire plutôt que d'enseigner un code de la route sans rapport avec les fondamentaux que l'on doit transmettre à nos enfants.
Au cours d'un débat sur Europe 1, l'animateur pose la question de l'addiction au pouvoir faisant allusion à l'initiateur du projet, Jacques Chirac. Réponse du spécialiste : « On peut aimer le pouvoir à condition que l'entourage n'en souffre pas. » Certes, mais dans le cas d'un Président de la République en exercice ou d'un (e) prétendant (e), son entourage on s'en fout, c'est de l'équilibre de tout un peuple qu'il s'agit !
Désormais, des questions fondamentales se posent à la société : faut-il hospitaliser d'urgence les supporters de l'O.M. ? Faut-il traiter le Président pour son addiction à la Corona ? Faut-il renoncer aux 35 heures pour passer à 20 heures afin d'éviter toute addiction au travail ? Pour donner raison à ceux qui prétendent que les Français ne travaillent pas assez, faut-il se rendre addicte au travail pour sauver l'économie ? Cet effort au boulot compenserait-il les dépenses de Sécurité sociale occasionnées par l'addiction au travail ? Pas simple.
Cette société est contradictoire. Les organismes de crédit nous sollicitent pour nous inciter à consommer toujours plus et les écologistes nous reprochent de trop consommer et de produire trop de déchets. On nous vend des produits minuscules dans des emballages surdimensionnés pour nous reprocher ensuite de jeter trop de déchets cartonnés. On nous culpabilise avec l'audace de nous dire que c'est nous qui devrions sélectionner les produits aux petits emballages comme si on choisissait un produit pour l'importance de sa boîte, comme si l'on devait préférer la sobriété du contenant à la qualité du contenu.
Cette société nous vend le produit, son addiction, et la façon de s'en débarrasser. Comme depuis quelques jours où l'on nous vend un réfrigérateur accompagné d'une écotaxe, c'est-à-dire ce qu'il va coûter à la société à cause de nous quand il ne vaudra plus rien (!), parvenu au stade de déchet. Un impôt sur l'acte d'achat alors que le recyclage de ces encombrants est déjà payé dans nos taxes locales. On sera refroidi de découvrir un jour que des malins ont compris tout le bénéfice qu'ils pouvaient tirer du réchauffement de la planète en nous terrorisant avec des chiffres et des échéances qui laissent même perplexe la communauté scientifique.
Cette société nous incite à regarder la télévision et nous reproche de lui consacrer trop de temps. Elle nous reproche de trop la regarder alors qu'elle s'applique à en mesurer l'audience. Et dès que l'audience d'une émission faiblit, elle est retirée des programmes. Autrement dit, dès qu'on la regarde moins elle ne présente plus d'intérêt pour les annonceurs. Donc, plus on est addicte à une émission, plus on active les recettes publicitaires. Allez comprendre...
On avait senti venir le coup depuis les multiples mesures coercitives contre les fumeurs pendant que l'alcoolisme et le cannabis se répandent tranquillement chez les jeunes. On peut se demander si, à l'allure où elle avance, cette dictature hygiéniste n'est pas en train de prendre le chemin de l'addiction…
L'image illustrant cette chronique a été empruntée à une boutique de tee-shirts sur Internet. En voici son adresse par courtoisie : www.comboutique.com
Quand Serge Dassault, PDG de la Socpresse (70 titres), est devenu majoritaire au Figaro, il s'est vivement déclaré pour une « information saine » : « Les journaux doivent diffuser des idées saines. »
Pressé de s'expliquer par les journalistes de France Inter sur ce qu'il entendait par « idées saines », il eut cette définition : Une information saine, c'est une information qui n'est pas de gauche . Ou encore : « C'est les idées qui font que ça marche. Par exemple, les idées de gauche sont des idées pas saines. »
Le grand débat d'idées dans une démocratie veut qu'il y ait confrontation de points de vues différents et, en définitive, c'est cette friction des idées, aussi respectables les unes que les autres, qui fait en principe avancer les choses. Qu'il y ait dans la presse des commentaires orientés à gauche ou à droite – dans la mesure où l'on accepte que tout fait mérite cette interprétation simpliste des choses – soit. Mais une information c'est une information, des faits et rien que des faits.
Voici donc une information saine que je donne en exclusivité. Vous ne l'entendrez aujourd'hui nulle part, ni à la radio ni à la télévision, et elle ne fera l'objet d'aucune ligne dans aucun journal :
« Aujourd'hui dimanche 24 septembre 2006, Charles Pasqua n'a pas été mis en examen. »
Voilà donc une information saine, positive, conforme aux rêves idéologiques de Serge Dassault. Et effectivement, c'est une information de droite. Serge Dassault avait donc raison. A cette seule réserve, c'est que le dimanche les palais de justice sont fermés et il n'y a qu'une permanence…
Mais il est vrai que la limitation du temps de travail est une idée de gauche. Comme quoi une idée malsaine peut aussi avoir une incidence positive au profit de gens supposés n'avoir que des idées saines…
De l'effet additif des adjectifs adjuvants (mars 2006)
A propos de l'inquiétude des personnels confrontés à la soudaine décision de fusionner le groupe Suez et Gaz de France, le ministre de l'économie Thierry Breton vient de déclarer : « Nous apporterons des réponses exhaustives, précises et concrètes. »
Il ne reste plus qu'à espérer que les questions soient pertinentes, judicieuses et fondées…
Le marketing de l'industrie du livre l'a désormais installé comme un rituel. Ce soir, à minuit, sortira en librairie le dernier livre de J. K. Rowling, « Harry Potter et le prince de Sang-Mêlé » (Gallimard).
Il est amusant de traquer dans l'actualité des faits sans rapport entre eux, mais que notre imagination ne peut s'empêcher de juxtaposer. Au train (de marchandises) où débite la littérature industrielle, le curieux titre du bouquin pourrait nous laisser penser en effet que l'édition nous propose déjà les premières mémoires du petit Alexandre... D'autant que le papa, si l'on regarde bien la photo, a quand même pris de faux airs à Harry Potter. Peut-être depuis que sa vie amoureuse, si longtemps brocardée sous cape, est confrontée au sorcier Média.
Prince chez Grimaldi ou magasinier chez Castorama, chacun a droit au respect de sa vie privée et à tenir secret ses accidents (mais un enfant n'est jamais un accident) de parcours.
La vie privée des autres, faut pas s'en mêler. Et chacun dans ses amours a le droit de s'emmêler.
Un jeune candidat pleurnichard hystérique décide de quitter le jeu, constatant son incapacité pathologique à vivre sans sa dulcinée à ses côtés. Il s'en explique auprès d'elle, aussi liquide que lui, pour l'inciter à accepter son retrait après une argumentation aussi claire qu'un cours de Lacan si l'on s'amusait, de surcroît, à placer les mots dans le désordre.
Les deux fontaines vivent un amour « fusionnel » à tendance lacrymale (quand j'entends le mot fusionnel je sors mon tisonnier) et la fille, sans doute habituée à la syntaxe hasardeuse du monsieur, ne semble pas déboussolée pour autant. A l'issue de sa supplique, il se jette à genoux aux pieds de la belle pour la demander en mariage. Il lui lance alors cette phrase, délicieuse à entendre pour la jeune femme mais ô combien cruelle pour la langue de Molière :
« Depuis que je suis tout petit, je rêve d'aller chercher ma princesse dans mon grand cheval blanc auquel j'apporterai tout le bonheur . »
Par chance, la fille ne lui a pas envoyé une avoine. Quant à la syntaxe, elle lui en veut toujours de s'être montré aussi cavalier…
Les magazines, littéraires ou non, veulent nous faire rêver en nous faisant le coup de l'écrivain anachorète retiré du microcosme parisien pour méditer et écrire au vert pastoral de l'Irlande. Houellebecq y habite, Michel Déon aussi, et bien d'autres.
Dans toute la presse littéraire, on voit l'auteur de « La Possibilité d'une île » se promener dans la campagne irlandaise, un agneau dans les bras. Belle image romantique.
Malheureusement, la vérité sur ces évasions bucoliques est beaucoup plus terre-à-terre que ça : en Irlande, les écrivains sont exonérés d'impôts !
Rien de moins surprenant qu'en plein été on se retrouve enflé parce que piqué par un mystique.
Tout le monde le sait maintenant, Zidane a révélé en effet que son retour dans l'équipe de France lui avait été dicté par une voix qui s'était adressé à lui la nuit.
Depuis, on entend les journalistes sportifs s'interroger très sérieusement pour tenter d'élucider l'énigme mystique. Et quand un journaliste sportif donne dans l'analyse spirituelle, croyez-moi, ça vaut le détour.
On peut craindre désormais que l'idée fasse école et notamment en politique.
Il suffit de surveiller les atermoiements gênés des Hollande, Fabius, Lang, Sarkozy, Chirac et quelques autres, quand on leur demande s'ils seront candidats aux prochaines présidentielles. Les réponses sont : « On verra le moment venu... Si on me le demande... » Autrement dit, « J'attendrai qu'on me pousse à y aller... si je sens un frémissement... une volonté... » Donc un appel extérieur indépendant du libre-arbitre de l'interviewé.
C'est pourquoi je dis que les uns et les autres seraient bien capables de nous faire le coup de l'appel venu d'ailleurs.
Pour 2007, côté Chirac on est tranquille puisque la rumeur nous dit qu'il est sourd.
Fabius ? Tellement occupé à s'écouter parler, il ne peut entendre que lui-même.
Hollande ? On l'a bien vu depuis le dernier référendum : il s'y entend pour ne rien entendre.
Besancenot ? Les jeunes n'écoutent personne.
Le Pen ? Même Jeanne d'Arc ne s'est jamais adressé à lui. De toute façon a fait le plein des voix.
Lang ? Les mauvaises langues disent que ça rend sourd.
Chevènement ? A déjà côtoyé les anges. Faut se méfier, il en a peut-être profité pour se faire des amis.
Sarkozy ? Tellement à l'affût qu'il a dû se mettre lui-même sur écoute pour tout savoir de lui.
Villepin ? On sait déjà que c'est un grand sorcier depuis sa rencontre avec Bernard-Henri Lévy (voir mon billet de juin : « Faut-il canoniser Villepin ? ») . A surveiller.
Mais putain, j'y pense ! Pourvu que Jospin n'entende rien !
Aux dernières nouvelles, Zidane serait revenu sur ses déclarations en précisant qu'il avait tout simplement entendu... la voix de son frère, et qu'il ne fallait suspecter dans ses propos aucune allusion religieuse. Ah, c'est mieux comme ça.
A propos, une angoisse me prend soudain : il a un frère Jospin ?
Je suis toujours amusé d'entendre certaines personnes tirer une sorte de petite fierté sociale à se fournir en mets fins à l'enseigne de la « Comtesse du Barry ».
Car ce que les gens ignorent probablement, c'est que la comtesse du Barry était en réalité... une pute. Je ne l'accable pas pour autant, je dis la vérité historique, c'est tout.
Résumons : de son vrai nom de jeune fille (si je puis dire), elle s'appelle Jeanne Bécu. Sa mère est couturière et compte de nombreux amants parmi lesquels un moine dont la petite Jeanne est l'enfant naturelle. Vers l'âge de 15 ans, elle devient la maîtresse de Jean du Barry qui la met sur le trottoir pour redorer son blason financier. Puis elle rencontre Louis XV (on ne vous dira pas pour quoi faire) qui la marie au frère du proxo avant de la faire comtesse (on ne vous dira pas non plus en reconnaissance de quels services). Bref, c'est comme dans votre entreprise aujourd'hui.
Les gens du marketing et de la publicité le savaient-ils quand ils ont préconisé le nom de l'enseigne ? Probablement pas. Comme lorsqu'ils ont décidé de prendre l'écureuil comme symbole de la Caisse d'épargne, alors que l'écureuil est un animal bordélique qui ne sait jamais où il a foutu sa nourriture !
Si bien que maintenant – et c'est la force de persuasion du marketing et de la publicité –, il est devenu très chic d'acheter son foie gras en mémoire d'une pute et très prévoyant de confier son argent à un foutoir institutionnel...
PS : si vous possédez un compte à la Caisse d'Épargne ou que vous êtes prostituée au Bois de Boulogne ou sur la promenade des Anglais, épargnez-moi (c'est le mot) vos commentaires outrés, ce rappel de vérités historiques n'a pas d'autre but que de sourire un peu.
Toute condamnation à mort nuit gravement à la santé(Août 2005)
Dans les prisons de l'État de Californie, il est désormais interdit de fumer, sans doute pour éviter de mettre en danger la vie des condamnés à mort. C'est d'ailleurs dans leur quartier que l'idée selon laquelle « fumer tue » a le plus de mal à passer.
L'information ne dit pas si, de fait, les passages à tabac seront proscrits.
Après l'abandon du dernier verre au nom de la lutte contre l'alcoolisme et maintenant de la cigarette, la peine capitale va, c'est sûr, être beaucoup moins conviviale. Il paraît même que certains détenus pensent que la mort ne vaut plus la peine d'être vécue...
Il est quand même réconfortant de constater parfois que dans le domaine judiciaire notre société avance à grands pas.
A preuve cette décision de justice qui vient très officiellement de considérer que l'expression « [bip]culé de ta race » n'était pas une insulte susceptible de mettre juridiquement en cause son auteur pour diffamation. Il s'agirait d'une sorte d'expression-réflexe dont le sens premier n'est pas à retenir précisément. « En[bip]lé » est donc à prendre comme une simple métaphore qui ne veut pas nécessairement signifier une honteuse dilatation de l'anus obtenue sous l'insistante exploration d'un objet étranger. Quant au mot race , il ne viserait personne en particulier puisqu'il se rapporte à l'humanité entière, les scientifiques nous ayant expliqué qu'il n'y en a pas plusieurs mais une seule, la race humaine.
Dire à quelqu'un « En[bip]lé de ta race » se retourne alors contre son auteur en devenant une sorte d'autopénétration que seule la langue française permet de réaliser sans plus de contorsions qui pourraient mettre en danger l'état des cervicales.
Autre décision importante de la justice française, la cour de cassation a annulé la condamnation d'un mensuel qui avait qualifié le Beaujolais de « vin de m… ». Sur plainte de 56 syndicats viticoles, la cour d'appel de Lyon avait pourtant confirmé le jugement du tribunal de grande instance de Villefranche-sur-Saône. L'article contesté reprenait les termes d'un professionnel français de la dégustation qui déclarait que les viticulteurs du Beaujolais « étaient tout à fait conscients de commercialiser un vin de m… » . La cour de cassation a donc estimé que les précédentes décisions judiciaires étaient contraires à la Convention européenne des droits de l'homme qui protège la liberté d'expression.
Au nom de la liberté d'expression et sous le haut patronage de la justice française, je suis donc ravi de pouvoir dénoncer ici les éditeurs culturels français pour leur littérature marchande de m… et leurs en[bip]lés d'auteurs à chi[bip] (autre exemple métaphorique – Trope du premier niveau). Qu'il me soit également permis de rendre ici un hommage appuyé à ces « en[bip]lés de leur race » qui ont gommé d'un trait mon passé professionnel pour me mettre au placard l'année de mes cinquante ans…
Ah ! Ça soulage bor[bip] de France ! (Expression également métaphorique).
Ma sœur a entamé son dernier mois de grossesse. Le médecin vient de lui dire que l'enfant avait pris une mauvaise position. Il se présente par le siège, les jambes en tailleur. Comme il a entendu dans quelle société il allait entrer, ma sœur me dit qu'il a commencé ses exercices de Yoga.
Je ne crois pas que tous les députés se soient présentés par le siège. L'idée ne leur est venue que plus tard de se présenter en politique pour en avoir un. A part peut-être Giscard dont la mère disait qu'il avait le profil de Napoléon et qu'il était né pour être président.
Une chose m'inquiète : refuserait-il de sortir, le bébé, s'il savait qu'il a déjà une dette de 17.000 euros envers cette société ?
Dimanche dernier, en famille, débat autour du prénom. Ce n'est pas que le choix manque, mais il arrive souvent qu'un prénom ait laissé une mauvaise image, une trace que l'on veut oublier. Alors en donnant ce prénom au petit, on aurait l'impression de revoir l'autre.
Depuis que les parents sont libres de baptiser comme ils le souhaitent, on assiste à une avalanche de prénoms tordus qui oublient de prendre en compte l'intérêt de l'enfant. Certains peuvent être drôles sur le moment, ça fait rire tout le monde, mais le gosse sera obligé de se le coltiner toute sa vie. Ainsi des parents ont appelé leurs enfants Orly et Roissy. De quoi se faire contrôler toutes les dix minutes pendant le plan Vigipirate. On est pas certain non plus qu'il volera haut pour autant. D'autres ont opté pour Clafoutis, Pacotille, Réverbère, Pikatchou ou Camomille. Alors faut-il anticiper sur la mode ? Faut-il l'appeler Nicolas ? Ou Jack ? Pensez-vous que Lionel pourrait revenir ? Et Jacques, écrit comme ça, non ? Vous pensez que c'est foutu ? On peut aussi utiliser la contraction qui donne parfois des résultats surprenants : Nicjack ? Jacknic ? Nicjacques ? Jacquesnic ? Ou Benoît ? Tiens, je suis sûr que nous allons assister à une flambée (blanche) de Benoît. Ou Albert ? Ou Alexandre ? Ou Alexbert ? Ou Berxandre ?
Mais j'y pense : la prochaine fois que Paris sera candidate à l'organisation des jeux olympiques, mon futur neveu aura 12 ans. Il réclamera un scooter, voire même directement une BMW, la presse se questionnera sur l'après Sarkozy, Besancenot sera inspecteur des postes, TFI nous présentera les nouvelles gloires de la Star'Ac 17, les anciens de la première émission viendront se raconter dans une série « Que sont-ils devenus ? », les uns auront ouvert un bar-restaurant, les autres une boîte échangiste, Marc Lévy sera reçu sous la coupole, Christine Devier-Joncourt sera prix Goncourt, Nagui sera président de France Télévisions, Alexandre de Monaco sera champion du monde junior de bobsleg et Patrick Poivre d'Arvor présentera toujours le 20 heures.
Putain ! Ça fait froid dans le dos ! Alors quel que soit ton prénom, petit neveu, prends ton temps pour sortir ! Je crois que le monde n'est pas disposé à te recevoir dans les meilleurs conditions…
Petite phrase entendue vendredi 8 juillet 2005 au cours d'une célèbre émission-jeux de TF1 :
« Elle est restée évanouie longtempe . »
Ben oui, comme le sujet est « elle » (féminin), il est normal de faire accorder. Logique, non ? Si un garçon s'était évanoui, on aurait dit : « Il est resté évanoui longtemp . » (sans s : masculin singulier).
Ainsi, dans la chanson de Charles Trenet :
"Longtemps, longtemps, longtemps,
Après que les poètes ont disparu…",
« longtemps » est au pluriel puisque le sujet est « poètes », au masculin pluriel.
Encore une qui a dû choisir la filière « marketing et communication » qui est aux années 2000 ce que la sociologie était aux années 60, c'est-à-dire le refuge des bons à rien illettrés.
Quant à la cause de l'évanouissement, j'ai changé de chaîne trop vite pour la connaître. Peut-être venait-elle d'apprendre l'invariabilité des adverbes et que cette surprenante annonce lui a fait de la peine. En d'autres temps, il y a longtemps, au temps où nos instituteurs n'étaient pas appelés pompeusement et inutilement « professeurs des écoles », la juste cause aurait été un bon coup de règle sur les doigts...
Dominique de Villepin a renvoyé à plus tard l'examen de la proposition de son ministre des finances qui visait à supprimer ou tout au moins à réviser l'impôt sur la fortune.
Au niveau de réussite où est tombée la France, peut-être serait-il plus rentable d'envisager aujourd'hui un impôt sur… l'infortune.
C'est quand même pas de pot (belge ?) de s'appeler Frigo et d'être sorti froidement du peloton dans la journée la plus caniculaire du Tour de France...
Soldes : rabais pratiqués sur des marchandises pouvant aller jusqu'à 50% ou plus, donnant ainsi à ces marchandises leur vrai prix d'avant l'introduction de l'euro.
Certes, le Vatican ne l'a pas mis officiellement à l'index. Mais le pape aurait déclaré dans une récente interview que les aventures d'Harry Potter constituaient une œuvre condamnable «qui pervertit la jeunesse».
Je n'ai pas lu Harry Potter , jugeant peut-être exagérément que ce n'est plus de mon âge ou que d'autres lectures prioritaires s'imposent. J'imagine cependant que s'il y avait eu un doute moral sur le contenu, l'Eglise catholique de France, si prompte en ce moment à dire son mot et à attaquer en justice la liberté d'expression, n'aurait pas manqué de se manifester.
Je ne suis pas de ceux qui ont tiré sur Benoît au moment de son élection pour son engagement dans les jeunesses hitlériennes dès sa prime adolescence. Considérant que c'est une période de la vie où un enfant ne décide ni du contexte politique dans lequel il grandit ni des choix qu'il fait ou qu'il est poussé à faire.
Mais si, devenu adulte et avec les responsabilités qui sont les siennes, cet homme se permet de donner des leçons de lecture morale à nos enfants, un petit coup de crucifix sur les doigts me paraît indiqué.
Car enfin, il est en train de nous dire qu'il y a aujourd'hui de la perversion à lire Harry Potter alors que lui, au même âge, n'en a pas trouvé à lire Mein kempf …
Le groupe agroalimentaire Danone, le petit lait de nos entreprises françaises, serait menacé par le géant américain PepsiCo qui voudrait croquer de la biscotte. Manque de pot, toute la crème politique jusqu'au Président de la République vient de déclarer qu'elle se battrait (en neige ?) pour défendre le groupe et faire sauter la capsule au raideur, histoire de garder la ligne politique.
Aïe aïe aïe ! Dans la forme olympique qui est la sienne en ce moment, la France risque fort de se retrouver dans le yaourt…
En attendant, les gros porteurs d'actions se font de la matière grasse tandis que les employés du groupe redoute un régime taillefine à 0%.
« En Haute et Basse Normandie, le soleil sera présent malgré un voile d'altitude et le temps sera agréable malgré un peu de fraîcheur. »
Autrement dit, et toute figure rhétorique mise de côté, vous allez vous les geler et devoir ressortir la lampe à bronzer...
C'est la même manipulation du langage qui sert au discours politique et qui permet d'annoncer une baisse du chômage ou plutôt une baisse de la progression du chômage.
Voilà qui nous prépare à entendre parler « d'impulsion maîtrisée » ou « d'impulsion contenue », ce qui rendra l'impulsion forcément beaucoup moins impulsive...
Coup de zoom sur un pantalon à la gloire du Sarkozizi.
Que signifie, jeune homme, ce désir impatient ?
Contient-il le secret d'un ministre omniscient ?
Est-ce bien la Cécilia qui vous tend ce drapeau ?
Comptez-vous le planter dans le parc de Beauvau ?
Est-ce là que vous cachez votre bâton de police
Parce que de Siffredi vous enviez le pénis ?
Faut-il voir dans ce pli et cette protubérance
Votre amour affiché pour l'histoire de la France ?
Ou bien qu'en 2007 l'idée d'une élection
Vous mette dans cet état de possible érection ?
A moins que par nature le discours politique
Se suffise à lui-même pour vous donner la trique ?
Et ce pouce indiscret qui glisse sous la braguette
Cherche-t-il à l'empan une mesure de quéquette ?
A voir, petit jeune homme, votre air congestionné
Le Villepin a la même et vous en êtes vexé.
NDLR :
''J'ai piqué cette photo à l'Agence AFP.
Que l'auteur s'en émeuve, elle sera retirée.
Au nom du copyright, si vous me contestez
A moins qu'à la sainte verge vous aimiez vous frotter C'est à Sarko soi-même que vous en répondrez.''
« Êtes-vous heureux de la libération de Florence Aubenas et approuvez-vous le Traité de Constitution européenne ? »
Incompréhensible que cette société de consommation qui sait si bien nous vendre des produits douteux, nous refiler une camelote, en nous séduisant avec de prétendues promotions ou autres produits accessoires alléchants, n'ait pas pensé à ça !
Vous avez une rage de dents, une crampe à l'estomac, un coup de gueule à pousser, un compte à régler ? Pas de problème si vous êtes connu : publiez un livre. Je dis « publier », je ne dis pas « écrire », on ne vous en demande pas autant.
Dans l'émission On ne peut pas plaire à tout le monde, dimanche dernier sur France 3, que de grands écrivains prometteurs de la littérature marchande d'aujourd'hui :
La baronne Von Brandstetter : écriture liftée, capable de pondre un bouquin les pattes dans la merde, c'est sur son visage qu'elle porte la crampe de l'écrivain.
Bernard Hinault : troisième cycle de littérature, très bon dans les descentes de phrases, excellent grimpeur dans les ventes. Paraphrasant Michel Butor, il pourrait écrire : « Toute phrase que l'on écrit est une course contre la montre. »
Christine Deviers-Joncour : s'étant qualifiée elle-même de putain de la République, elle n'avait plus grand effort à fournir pour être accueillie par l'industrie du livre. Toujours en panne de fric, elle tient là le signe d'un grand écrivain qui ne peut s'accomplir que dans la misère. Misère qu'on retrouve d'ailleurs dans son style avec des phrases mal chaussées mais qu'elle sait mettre en vedette.
Laurence Segura : a été à bonne école pour les attaques de phrases. Seul reproche : a pris l'habitude de ne pas mâcher ses mots avant de les recracher sur la page blanche, ce qui donne parfois au lecteur l'envie de se tirer vite fait en cavale. En rhétorique, gagnerait à ne pas confondre le lieu et le non-lieu.
Maître Gilbert Collard : appelé à comparaître dès qu'une caméra se présente devant lui et amateur de citations dès qu'il s'agit des siennes. En tant qu'auteur, il a réussi à se faire une place dans la littérature médiatique comme écrivain commis d'office.
Cinq auteurs qui méritaient de jouer sous les projecteurs de la littérature médiatique, dans la basse-cour des grands...
Pincez-vous, ce que vous allez lire est authentique, je n'invente rien.
Dès la nomination de Dominique de Villepin connue, Europe 1 interroge au téléphone Roselyne Bachelot pour connaître son opinion sur la personne du nouveau premier ministre. Elle raconte son entrevue avec lui le jour où elle a été nommée porte-parole du gouvernement. Elle dit qu'elle manquait de confiance en elle, qu'elle pensait ne pas être à la hauteur, et s'en ouvre à son ami : « Dominique de Villepin l'a deviné, dit-elle. Alors il m'a pris les mains, m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit : Je sais que tu peux y arriver, aie confiance en toi, tout est en toi. » Alors Roselyne avoue que dès ce moment elle s'est sentie « transportée », « soulevée », car cet homme dégageait « quelque chose d'extraordinaire ».
Deuxième séquence surnaturelle racontée dans un chapitre du livre de Philippe Boggio, Une vie (la Table ronde), consacré à Bernard-Henri Lévy. Vous pouvez vérifier, ce que j'écris est révélé à partir de la page 417 et n'a pas été contesté.
"C'est une histoire invraisemblable, à faire peur, vérifiée à des sources fiables, une histoire de stigmates et de Christ", prévient l'auteur.
Nous sommes en 1997. BHL déprime à l'île Maurice. Oui parce que l'élite déprime toujours à l'île Maurice. Son film Le jour et la nuit , vous vous en souvenez, est un échec. Dominique de Villepin, qui ne connaît pas BHL, l'apprend et lui téléphone pour lui demander de passer le voir dès qu'il sera de retour à Paris. Pourquoi cette sollicitude ? Parce que Villepin aime paraît-il rencontrer les gens en situation d'échec.
Comme organisé, les deux hommes se rencontrent quelques jours plus tard. Au cours de la conversation, Villepin dit à BHL : « Vous avez l'air d'un Christ sans plaies. » BHL est surpris. La tête lui tourne. Il quitte son hôte et rentre chez lui. Journée difficile. La phrase de celui qui est alors secrétaire général de l'Élysée le hante. Sommeil agité, il se réveille en pleine nuit et… ses mains saignent ! Arielle Dombasle prend peur. Ils font le tour des hôpitaux. Paris, Londres, Milan. Quand on a du pognon, le médecin référant, on s'en tape.
« Après deux ou trois semaines, raconte l'auteur, ses blessures ont tendance à réapparaître en fin de journée et à se refermer la nuit ». BHL ne peut plus écrire, il est obligé de dicter ses articles. BHL rencontre de nouveau Villepin : « Pour chasser la gêne, Villepin plaisante. Il savait bien, s'étonne-t-il, qu'il avait un pouvoir, qu'il était un grand sorcier africain mais à ce point ! »
Hallucinant, non ?
Je ne voudrais me mêler imprudemment d'une affaire qui ne me regarde pas (d'autant que je n'aime pas trop les aiguilles), mais il faudrait immédiatement alerter Benoît je ne sais plus combien pour qu'il canonise Villepin sancto subito avant qu'il tue quelqu'un. Puisque là, plus d'enquête nécessaire comme pour Jean-Paul, les miracles étant avérés.
Alors si vous êtes privé d'emploi et dans la mouscaille jusqu'au cou, envoyez au Grand Sorcier Dominique un ongle ou une mèche de cheveux : il vous trouvera un job en moins de 100 jours.
Monsieur Dominique
Grand sorcier vaudou
Grand marabout chiraquien
99% de réussite (le 1% manquant c'est la dissolution de l'Assemblée nationale suite à une grève des esprits)
Reçoit uniquement sur rendez-vous et seulement si vous êtes en vacances à l'île Maurice
Prévoit les heures de retours difficiles le week-end
Politologie dans le marc de café
Statistiques au pendule
Fait tourner les tables de négociation
Désintoxique de la 1664
Il n'y a plus quand même à espérer qu'il ne va pas se mettre à multiplier les Villepin...
Nous vivons dans une société passionnante dont les contradictions ne cessent de nous étonner. Elle n'a jamais autant tiré bénéfice de la superficialité et elle passe pourtant un temps infini à mesurer et à analyser le détail des choses avec l'air sérieux des grandes découvertes.
A croire cette fois que les instituts de sondages n'ont plus rien à faire depuis le référendum. On vient de commenter une enquête très pointue sur le comportement des Français et qui démontre que les détenteurs de cartes Gold ont voté « oui » et que les détenteurs de cartes ordinaires ont voté « non ».
Était-ce bien la peine de se déplacer ? Et quelle leçon scientifique originale tirer de ces résultats que nous n'aurions pas déjà comprise ?
A parier que les conducteurs de 4X4 ont globalement voté « oui » et les conducteurs de Logan, même dans la version avec essuie-glaces, ont globalement voté « non » ; que chez Fauchon on a voté pour le « oui » et pour le « non » chez Carrefour. Est-ce que la majorité des hommes portant des pantalons à braguette boutonnée ont voté « oui » et « non » pour les fermetures éclair ? Et les possesseurs d'écran plasma, ils ont voté « oui » contre les écrans 36 cm ?
On attend avec beaucoup d'impatience (ça s'impose !) que les sondeurs nous disent comment ont voté les éjaculateurs précoces…
On voit ici le pape affublé d'un casque de pompier italien. Est-ce que la foi en Dieu ne suffirait pas à se préserver des flammes de l'enfer ?
La dépêche AFP dit qu'un infirme lui a tendu un téléphone portable et que le pape a, de bonne grâce (moindre des choses dans sa position), accepté de converser avec son interlocuteur anonyme. Mince ! Pourvu que ce ne soit pas par hasard Villepin qui chercherait à faire homologuer ses miracles !
NDLR : notez bien que le numéro d'urgence des pompiers n'a pas pour autant changé. Il s'agit bien du 18 et non du 16.
Sur son site Internet, Michaël Jackson triomphe et, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne l'a pas modeste. Jugez plutôt ce qu'on peut lire dans la nouvelle introduction du site :
01/15/29 : naissance de Martin Luther King.
11/09/89 : chute du mur de Berlin.
2/11/90 : Nelson Mandela est libéré.
06/13/05 : Victory ! Innocent ! (là c'est de Michaël dont il est bien sûr question). « Souvenez-vous que cette date est un moment historique. »
Faudrait quand même pas pousser la comparaison historique, mon Michaëlounet.
Même si comme moi on n'avait pas de préjugés et qu'on attendait simplement que les choses soient dites en justice ; même si on s'incline devant une décision populaire et qu'on la respecte ; et même si on est content pour toi, ce n'est pas pour autant qu'il faut nous prendre pour des petits garçons…
Souvenez-vous, je vous prends à témoin. Il avait dit : « Si ma prédiction ne se réalise pas, je me retirerai et on n'entendra plus jamais parler de moi. » Donc, Paco Rabanne revient sur vos écrans. Il doit y avoir la promotion d'un bouquin dans l'air...
Ce n'était qu'une promesse inspirée par le monde politique. Autrement dit, lui aussi tirait les conclusions de son échec et se retirait de la vie prédictive. Donc, tout naturellement, le revoilà pour nous prédire un nouveau drame planétaire annoncé cette fois pour le 11 août 2007 !
Paco remet donc le ridicule puisqu'il a pu vérifier qu'il ne tuait pas.
Comme si la perspective des présidentielles ne suffisait pas, 2007 serait-elle envisagée comme l'année de toutes les catastrophes ?
En septembre 99, le mage Paco confiait pourtant à Paris-Match : « J'ai été d'une grande naïveté... Je vis depuis le 11 août avec le sentiment d'avoir fait une chose démesurée. J'ai été en butte à beaucoup d'insultes et de déchaînements de toutes sortes. La dérision, je l'ai méritée et je ne la discute pas... Et je dis, je redis, que je le regrette... Je me suis entêté comme une mule. J'ai été pris dans un torrent. Ne me contrôlant plus, je suis allé trop vite et trop loin. »
Son fiasco prophétique de 1999 ne lui a pas servi de leçon. Que le 11 août la station Mir ne nous soit pas tombée sur la gueule ne l'a pas découragé à persister dans la voyance aveugle, la pythie qui fait pitié, le vert devin qui devrait arrêter d'en boire.
Etonnante époque où les télévisions sont prêtes à concéder de précieuses minutes d'antenne à des farfelus qui viennent nous prédire une fin du monde improbable, alors qu'en son temps, avant 2003, elles négligeaient de prendre au sérieux ceux qui alertaient sur l'inquiétante vétusté des maisons de retraite…
Tout le monde connaît la célèbre question : "Le pape, combien de divisions ?" Une autre se pose à propos de la voiture de Benoît XVI qui a été mise aux enchères...
Samedi 7 mai, Canal Plus, émission « + Clair ». Un reportage nous explique un nouveau concept appelé « pub-réalité ». L'idée – si elle est vraiment originale au point de lui donner le prétentieux statut de concept – consiste à faire appel, pour les publicités télévisées, non plus à des comédiens professionnels mais à des gens de la rue.
Cette simple substitution rendant les témoignages plus vraisemblables, plus proches du peuple consommateur, aurait multiplié les ventes de certains produits par trois.
Au cas où l'on n'aurait pas compris, un publicitaire nous commente le fameux concept : « On cherche des gens dans la rue, des gens pas mannequins » (je cite). Et il ajoute : « Ils sont peut-être moins beaux, moins intelligents, mais les gens s'y reconnaissent. »
On ne sait pas si ce publicitaire est un « pas futé » pour sortir cette sublime ânerie, mais l'évidence oblige déjà à le considérer en vrai con.
La pub-réalité est donc un concept qui s'appuie sur celui de la France d'en bas, cette France flasque et composite, une bande de médiocres incultes, une valetaille de cerveaux mous et disponibles qui se laisse gaver de pas chanteurs , pas écrivains , pas comédiens et pas philosophes (non j'ai pas dit les trois lettres. Non je l'ai pas dit.)
Attention quand même qu'il ne vienne pas un jour à l'idée de la France d'en bas de s'affirmer comme pas dupe et de virer en France des baffes.
Malgré le repos que lui conseillent les médecins, on apprend que Jean-Pierre Raffarin dirigera aujourd'hui le conseil des ministres.
Propos malheureux d'un ministre, sans doute désireux de démontrer que l'effort était sans risque : « Ce sera un conseil comme les autres, il ne se passera rien. »
Voilà qui rappelle les propos analogues d'une participante à une célèbre émission de téléréalité : « C'est très excitant, il ne se passe rien. »
Il est vrai qu'à une époque qui semble se contenter du vide absolu, le « rien » est là pour nous combler de satisfaction.
Afin de lutter contre le harcèlement sexuel, la direction du métro de la ville de Tokyo a décidé de réserver des wagons exclusivement aux femmes, en fin de journée, aux heures où la promiscuité favorise les attouchements délictueux.
Mais voilà que surgit un problème d'odeur, pour reprendre un célèbre propos. Certaines femmes se plaignent en effet de la multiplicité des parfums et des essences hétéroclites qui rendent l'atmosphère irrespirable. En deux mots, ça pue. On pourrait donc créer des sous-catégories de femmes et imaginer un wagon réservé à chaque marque en échange d'un sponsor.
Comme une étude scientifique très sérieuse ( ?) a démontré l'effet désastreux des parfums sur la qualité des spermatozoïdes, je voudrais lancer un appel public à la dame qui prend tous les matins l'ascenseur avant moi et qui inonde la cabine de l'horrible patchouli dont elle s'asperge. J'accepte volontiers de ne pas fumer dans l'ascenseur, mais qu'elle veuille bien en retour avoir elle aussi la tolérance de préserver l'intégrité de mon potentiel de reproduction pour l'espérance de vie qui lui reste. Me comprendront tous ceux (et celles !) qui ont vécu ces terribles minutes d'écœurement qui vont font regretter de ne pas habiter le rez-de-chaussée, toutes celles et tous ceux qui ont failli plus d'une fois dégueuler le modeste petit café matinal qu'ils avaient dans l'estomac.
Eddie Barclay est mort. Comme Jésus, son nom servira aux fidèles du show-biz de repère historique pour séparer les Anciens et les Modernes, l'époque des « vedettes » d'hier de celle des « stars » d'aujourd'hui. L'époque des producteurs intuitifs et indépendants et l'époque des grosses machines de production où de petits marquis du marketing décident de ce qu'il convient d'écouter.
Toute la « show-biz nostalgie » va fondre sur nos écrans et roucouler du « C'était une autre époque » , du « C'était mieux avant » . Déjà, Mireille Mathieu vient de se fendre d'une déclaration : « Eddie, c'était que du bonheur ! » Ce qui prouve la profondeur de l'analyse, l'intensité de la mémoire et la richesse du vocabulaire. Ils vont tous se dire l'ami de Barclay, on laisse toujours beaucoup d'amis au fond des coupes de champagne gratis. Ils vont tous se dire l'ami de Barclay comme d'autres prétendent l'avoir été du commandant Massoud qu'ils n'ont bien sûr jamais rencontré.
Certes, il a notablement contribué à l'éclosion de nombreux talents. C'était surtout des auteurs et des compositeurs qu'on cherchait à l'époque. Par cet homme nous sont arrivés les Brel, Nougaro, Ferré et Ferrat. On ne va pas s'en plaindre. Eddie, si tu nous entends, merci.
Aujourd'hui on ne cherche plus d'auteurs-compositeurs. On cherche des « grains de voix », des « univers », comme on dit sans rire à la Nouvelle Star en empruntant pompeusement le langage de Roland Barthes pour qualifier des prestations qui brillent à 90% grâce aux chansons des autres, ce que sait faire n'importe quel chanteur de bal de 14 juillet.
Mais quand on était ado, dans les années 60, il nous en a quand même fait bouffer du yéyé l'ami Eddie. Et je connais bien des garçons et des filles de mon âge qui se sont endormis au volant de leur Solex en entendant siffler le train. Et très franchement, entre nous, soyez sincère, droit dans les yeux, Carlos vous manque ?
Je suis prêt à parier qu'il va se trouver quelqu'un pour donner la consigne que chacun soit vêtu de blanc pour ses obsèques.
Hommage et respect, donc, pour ce galant homme qui aura attendu un vendredi 13 pour permettre à sa dernière compagne de toucher le gros lot.
A peine ma chronique sur la mort d'Eddie Barclay était-elle publiée vendredi que ce que j'y pressentais se réalisait.
J'écrivais :
« Ils vont tous se dire l'ami de Barclay, on laisse toujours beaucoup d'amis au fond des coupes de champagne gratis. Ils vont tous se dire l'ami de Barclay comme d'autres prétendent l'avoir été du commandant Massoud qu'ils n'ont bien sûr jamais rencontré. »
Europe 1, journal de 19 heures, témoignage de Charles Aznavour : « Je suis celui qui l'a probablement connu avant tout le monde... J'étais l'ami des bons et des mauvais jours... C'est toute une époque qui est finie... Il y avait chez lui de l'élégance, dans le comportement comme dans l'habillement... Je n'allais jamais à ses soirées (sic)... Quand on se voyait, c'était dans l'intimité, à deux ou trois. » (Je rapporte ces propos de mémoire, en substance).
Ah la grande famille du show business !
Charles Aznavour, qui connaît bien la nature humaine, prend les devants par cette déclaration préventive à l'intention de toutes les amitiés posthumes qui ne vont pas manquer de se déclarer.
Il faut dire que le vieux monsieur n'a pas besoin, lui, de monter sur le cercueil des autres pour prendre de la hauteur...
Pour manifester à la fois ma solidarité envers les personnes âgées dépendantes et mon opposition à l'absurdité de cette loi d'un « jour férié travaillé », j'ai laissé ma voiture au garage : je suis venu travailler en déambulateur.
Un test locomoteur qui me permet de constater que ce moyen de déplacement sur un trajet autoroutier présente deux inconvénients : en pente, risque de basculement en avant ; en côte, risque de renversement en arrière.
Par solidarité envers les personnes qui travaillent aujourd'hui au titre de la solidarité envers les personnes âgées dépendantes, j'appelle les personnes âgées indépendantes à montrer, en contrepartie, un peu plus de civisme dans les files d'attente des supermarchés. Elles ne chercheront pas à nous piquer notre place en nous faisant croire :
qu'elles ne savaient pas qu'il y avait une queue ;
qu'elles ne savaient pas où la queue commençait ;
qu'elles n'entendent plus très bien ;
qu'il leur arrive d'avoir des absences de mémoire.
Quoi que l'on pense de cette loi qui nous a contraint à travailler hier lundi de Pentecôte, elle a été votée par le Parlement, notre représentation démocratique nationale, et dès lors s'impose à tous.
Or des parents et des associations ont retenu les enfants d'aller à l'école au motif qu'ils ne sont pas salariés et donc pas concernés. La preuve statistique est apportée aujourd'hui : 80% des enseignants étaient à leur poste, ce sont les élèves qui ne sont pas venus. Quand les cantines étaient ouvertes, la nourriture a dû être jetée.
En dehors de toute polémique sur la destination sincère des fonds prélevés et sur la méthode employée, la question sociale posée est : comment trouver les moyens de financer les besoins des personnes âgées dépendantes pour le présent et le futur ? La solution de l'impôt n'étant pas retenue pour la raison que l'on sait, le débat est ouvert sur l'opportunité de la décision mise en place.
En arrière-plan de cette question purement « politique » et technique, on trouve l'application du caractère moral de la solidarité dans une société républicaine. Il faut pouvoir séparer les deux et dire : « Je suis d'accord sur le principe de solidarité en général et envers nos aînés en l'occurrence ; je ne suis pas d'accord avec la méthode adoptée. » Il ne reste plus alors qu'à discuter démocratiquement du procédé, le remettre en cause et contraindre si nécessaire à une modification de la loi.
En attendant, la loi votée s'applique.
Pense-t-on remplir son rôle d'éducation en incitant un enfant à ne pas se soumettre à la loi commune ?
Je me souviens d'un reportage télévisé où l'on voyait un ado, arrêté pour ne pas avoir porté son casque en scooter, répondre aux policiers qui lui disaient que c'était la loi : « Eh ben, c'est pas la mienne. Je suis pas d'accord avec. Cette loi je la veux pas. »
Allez maintenant expliquer au gamin les raisons pour lesquelles il doit obtempérer !
Si un enfant scolarisé n'est certes pas salarié, son éducation représente un coût. En allant à l'école, il met en œuvre toute une logistique qui représente un poids financier pour la société et se traduit par une charge fiscale répartie sur l'ensemble des contribuables, qu'ils aient ou non des enfants.
Cette éducation gratuite, il la doit aux combats de ses aînés pour une école républicaine accessible à tous. Il est donc, à travers le temps, le bénéficiaire d'un acte de solidarité. Ce serait bien qu'à son tour il soit sensible à ce principe en y étant éduqué par ses parents, par le raisonnement et par l'exemple. Qu'il ne soit pas salarié ne le dispense pas de concourir moralement à la solidarité nationale.
C'est comme si les hommes et les femmes de ce pays demandaient, chacun pour leur compte, une exonération partielle de leurs cotisations sociales : les premiers parce qu'ils ne se sentiraient pas « directement concernés » par les dépenses gynécologiques ; les secondes au prétexte qu'elles ne se jugeraient pas « directement concernées » par les examens de la prostate…
Hier mardi 17 mai, Journal de TF1, 20 heures. Patrick Poivre d'Arvor présente Valéry Giscard d'Estaing.
L'ancien président de la République vient commenter quelques articles du Traité constitutionnel.
A la fin de l'intervention, PPDA enchaîne, pressé par le temps, et annonce tout de go : « Ce journal est terminé. Bonne soirée sur TF1 avec le Corniaud . »
En une fraction de seconde on perçoit que le journaliste est surpris lui-même par la brutalité de la transition. Il semble subitement avoir avalé un piment fort, les yeux cherchent un endroit où se poser, il descend sous terre.
Il y a des moments dans la vie d'un présentateur où l'on doit se sentir très seul…
En scandant « Sancto subito ! », les partisans d'une accélération du processus avaient fait pression, place Saint-Pierre, au cours des obsèques de Jean-Paul II. Le nouveau pape vient de leur donner raison en ordonnant précocement l'ouverture d'une enquête en béatification de Karol Wojtyla et qui doit normalement conduire à une canonisation « expresso ».
L'Église va donc nous fabriquer un saint illico presto. La face du monde n'en sortira pas changée, cette précipitation donnera simplement satisfaction à une bande de fanatiques religieux qui trouvent de l'excitation à mettre la main au culte.
Premier miracle homologué : le futur canonisé ne s'est jamais mis en colère sous Windows.
Au Vatican non plus, l'intemporel n'a plus le temps d'attendre. Il ne faudra pas plus de temps à Benoît pour fabriquer un saint qu'il n'en faut à la Star Ac' pour fabriquer une star.
Nous allons assister à une compilation de prétendus miracles qu'une cour (des miracles ?) spéciale va auditionner. Comme à la Nouvelle Star : « Marchez pour voir ? »… « Et sur l'eau, vous avez essayé ? »… « Si votre miracle n'est pas reconnu, vous avez un plan B ? »…
Je respecte les croyances de chacun et je respecte aussi ceux qui n'en ont aucune. Je respecte ce qui est de l'ordre de l'intime. Mais ça glace tout de même un peu de constater qu'au XXIe siècle il se trouve encore des gens pour croire aux miracles. Et doit-on parler de religion ou de superstition ? (1) On a même entendu très sérieusement parlé d'une imposition des mains de Jean-Paul qui aurait suffi à traiter une tumeur au cerveau. Rien que ça.
Auparavant, les moindres détails de la vie de Jean-Paul auront été examinés. Il faut en effet, paraît-il, justifier d'une moralité exemplaire et n'avoir jamais craché sur un arbitre.
Pourquoi finalement ne pas prendre exemple sur le Vatican et traiter notre Constitution comme il traite le droit canon ? Pourquoi ne pas modifier nous aussi notre rapport au temps puisque le raccourcir semble être un signe… des temps ? Pourquoi ne pas élire tout de suite le futur président de la République sans que ses fonctions ne prennent effet avant 2007 ? Nous serions enfin rapidement débarrassés du suspense, des coups tordus qui se préparent, et les questions de politique intérieure ne viendraient plus polluer d'autres enjeux.
Mieux, pourquoi ne pas désigner sans attendre la ou le gagnant de la Ferme des décérébrés ? Histoire d'en finir au plus vite avec Saint Audimat, ses crêpages de chignons et ses pochardises baronnées !
(1) On lira avec intérêt « La religion est-elle une superstition ? » édité aux éditions de l'Atelier. Auteurs : Philippe Gaudin, agrégé de philosophie ; André Gounelle, professeur émérite de l'institut protestant de théologie et docteur honoris causa de l'université de Lausanne ; Michel Serfaty, professeur des universités et rabbin de l'Essonne ; Alain Houziaux, docteur en théologie, docteur en philosophie.
A la sortie de mon supermarché le Rotary quête au profit des aveugles et pouvoir ainsi leur offrir un chien d'accompagnement.
Au moment où je passe devant le stand, une femme qui marche près de moi s'adresse à son amie : « Moi je ne donne jamais aux quêtes pour les aveugles parce que de toute façon ils n'en voient jamais la couleur... »
Bien vu.
NB : pourquoi dit-on malvoyant plutôt qu' aveugle alors qu'on continue à dire chien d'aveugle et non chien de malvoyant ?
Vendredi, petit tour au festival de Cannes. Quelques notes prises à la hâte sur les mots de la rue, au milieu de la faune festivalière.
Loana gravit les marches du palais. Que fait-elle là ? Il y a donc une vie après le loft contrairement à ce qu'on nous prédisait. Dans la foule on entend :
« C'est une potiche, elle s'incruste. Elle joue ici les figurantes. Elle est « people », ça en rajoute dans le décor. »
« Comme on manque de vraies stars à Cannes, on comble le vide avec des gens que le public de la télé reconnaît. »
Loana nous refait le coup de Sophie Marceau : la bretelle de la robe qui ne tient pas et laisse échapper un sein.
Au bas des marches du palais, Loana dit à la presse : « Il me manque une épingle... »
Oh, si ce n'était que ça...
Un photographe dit : « Elle, c'est sûr, elle est tirée mais pas à quatre épingles apparemment ! »
Le plus drôle c'est que tout le monde fantasme sur ces seins qui montent des marches alors qu'à quelques mètres d'ici, toutes les femmes qui terminent leur journée de plage sont seins nus. Un sein volé est plus savoureux qu'un sein offert.
Jeanne Moreau dans les Jardins du Majestic : « Regardez ces femmes ridicules qui montent les marches. Elles sont mal habillées... Pourquoi mettre des décolletés quand on se gèle ? Cannes, ce ne sont que des nombrils qui se promènent. Il y a des nombrils partout... Vous trouvez que je suis blessante ? La grande famille du cinéma... Famille, je vous hais ! vous connaissez ? Vous croyez, vous journalistes, que vous n'êtes pas blessants aussi quand vous dites que je suis intelligente ? En fait vous voulez dire que toutes les autres sont des connes. »
C'est vrai, madame, que vous êtes intelligente.
Sur le plateau de Canal Plus, Noémie Lenoir. Belle, simple, intelligente, vivante.
« Mettons tout de suite les choses à leur place : je ne suis pas actrice, je suis mannequin. Ce n'est pas parce j'ai tourné dans deux ou trois films que je me considère comme une actri