L'avocate
accordéoniste se fait remonter les bretelles
© 2002 - AFP
Valérie Faure
est avocate au barreau de Bergerac. Dans ces heures de détente,
son plaisir est de jouer de l'accordéon avec son mari sur les
marchés. Elle a été sommée de s'en expliquer
devant le conseil de discipline de l'ordre des avocats qui considère
que ce loisir musical porte atteinte à la dignité de
la profession. "jouer de l'accordéon dans les rues
est indigne et ridiculise toute la profession" (sic), dit
l'un des accusateurs.
Je peux le comprendre
: accordéoniste amateur moi-même, je n'ai pas fait d'études
de droit, considérant que la profession d'avocat était
indigne d'un musicien.
Le souffle est léger
pour le moment, presque imperceptible. Mais observons bien le mouvement
de la société au travers même de la petite actualité
comme ce fait divers qui peut paraître anecdotique et faire
sourire. Nous sommes sous le souffle d'un évangélisme
exterminateur de nos libertés individuelles. Profitant d'une
série d'interdits dont la société aurait besoin
pour se remettre en " ordre " (c'est un autre débat),
les lobbies intégristes de toute nature en profitent sournoisement
pour imposer les leurs selon l'idée qu'ils se font du politiquement
correct. A ce rythme, on peut se demander si dans quatre ou cinq
ans les étudiants ne descendront pas dans la rue en criant
qu'il est interdit d'interdire...
Il me semble qu'un
grand ténor du barreau avait été inquiété,
il n'y a pas si longtemps, dans une affaire de tableaux. Je n'ai pas
entendu le conseil de l'ordre crier à l'indignité. Quand
Me Verges, dans l'une de ses habituelles provocations, pose nu dans
sa baignoire devant les photographes d'un grand magazine, personne
ne parle d'indignité de la profession.
Soyons honnêtes.
Ne profitons pas du cocasse de la situation en faisant mine d'ignorer
le vrai motif de mécontentement. Ce que le conseil de l'ordre
reproche officiellement à l'avocate, ce n'est pas tant de jouer
de l'accordéon dans les rues, mais de déposer à
ses pieds l'étui de l'instrument ouvert, permettant aux passants
d'y jeter une petite pièce. Le conseil assimile cette situation
à de la mendicité et là se trouverait la fameuse
indignité. La jeune femme proteste en disant qu'il n'y a pas
mendicité puisqu'elle offre une prestation en échange.
Quand on choisit comme instrument le piano du pauvre, il n'est pas
étonnant que la mendicité l'accompagne.
Giscard jouait de
l'accordéon et nul n'a jugé qu'il portait atteinte à
la dignité de la présidence de la République.
Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne s'agissait pas de mendier
des voix. Bill Clinton jouait du saxophone sur les estrades électorales
et personne n'a pensé que cette indignité portait atteinte
à l'image de l'Amérique dans le monde. Il fut un temps,
de nombreux hommes politiques, membres du gouvernement et parlementaires,
se précipitaient dans certains shows télévisés
pour chanter faux (bien avant Star Academy) . Et qu'on ne vienne pas
me dire qu'il n'y avait pas là une forme de mendicité
électorale.
Quand un grand maître
des prétoires qui se prend aussi pour un grand écrivain
trouve un éditeur pour publier ses souvenirs d'enfance dont
tout le monde se fout à part quelques membres de sa famille,
personne ne va lui reprocher ses droits d'auteur. Il serait prétentieux
d'établir une hiérarchie artistique et de croire que
l'écriture d'un livre est plus honorable que de jouer de l'accordéon
sur les marchés
Pour que le conseil
de l'ordre soit saisi de cette affaire, il a bien fallu un acte de
délation. Là se trouve peut-être la véritable
indignité.
Mais l'indignité,
c'est aussi l'avocat qui "oublie" de venir assister son
client (le cas est fréquent et je l'ai vécu) à
une audience. L'indignité, c'est un juge qui vous convoque
à 8 heures et qui se permet d'arriver à 11 h 30, sans
s'excuser, prétextant qu'il a été retenu par
une affaire importante, sous-entendu plus importante que la vôtre.
L'indignité, c'est un président de tribunal qui demande
à votre avocat, dans une affaire grave, d'écourter sa
plaidoirie (et je l'ai vécu) "parce qu'il est convié
à un apéritif et qu'il ne voudrait pas le rater."
J'aurais mille fois préféré avoir devant moi
un accordéoniste duquel j'aurais obtenu plus de doigté,
un meilleur sens de l'harmonie et une attitude sans fausses notes,
ce qui manque parfois cruellement à la justice. Sans parler
de nombre d'élus politiques, avocats de professions, mis en
cause dans des affaires et qui, retournés à la société
civile, reprennent tranquillement leur profession... d'avocat !
La défense
de l'accordéoniste est assurée par Me Collard, grand
avocat médiatique et donc spécialiste des instruments
à vent.
Revenir
aux titres

TF1
secoue le Tapie
Ex-chanteur, ex-pilote de course,
comédien de théâtre, acteur de cinéma,
écrivain, homme d'affaires, consultant et présentateur
télé, Tapie survit donc grâce à des petits
boulots. TF1 l'accompagne dans sa réinsertion sociale, d'une
façon totalement désintéressée, en lui
confiant sa nouvelle émission A tort ou
à raison.

Un Tapie très agité,
un peu secoué, qui vient sur les écrans donner la paroles
aux autres pour le seul plaisir apparent de la leur couper. Thème
de la première émission : la prostitution. Tapie est
contre et veut l'interdire.
" Je ne suis pas là pour faire la morale ",
précise-t-il, tout en la faisant quand même puisque chacun
sait qu'il est bien placé pour ça. Alors il cherche
à rationaliser le comportement humain, à comprendre
pourquoi les hommes vont aux putes, ce qui ne lui est jamais arrivé,
bien entendu. Il découpe le problème en morceaux comme
le ferait un audit fouillant dans ses comptes, ignorant que souvent
les ressorts de la nature humaine nous échappent, tels ceux
qui constituent la personnalité de Tapie.
Parmi les invités de cette
émission sur la prostitution, la présidente d'une association
de parents d'élèves
la PEEP. Prononcez "
Pêpe ", on l'aura deviné, mais le sous-titrage
insistant qui apparaissait à l'image chaque fois que la dame
parlait (X. présidente de la PEEP) était sans équivoque
sur le bon goût qui avait conduit ce choix. Du TF1 de grande
classe.
Autre invité, l'inévitable
Philippe Sollers, en tournée de promo. Tapie a réussi
l'exploit de ne pas lui en laisser placer une, pas même une
citation, c'est dire... Juste une idée à lui : "90%
des hommes ne sont pas heureux sexuellement. " Parle pour
toi mon garçon. Finalement, on le préfère quand
il parle avec l'esprit des autres.
La seule satisfaction que l'on puisse
tirer de ce genre d'émission, c'est ce bel exemple de réinsertion
sociale car il est probable que le stage d'artisan boulanger que Tapie
aurait souhaité était malheureusement complet.
Bientôt, un ancien serial killer
viendra expliquer aux ménagères de moins de cinquante
ans comment on découpe un poulet. Jean-Marie Messier présentera
une émission dans laquelle il conseillera les meilleurs placements
boursiers. Crozemarie animera le Téléthon. Michel Bon
nous montrera comment se désendetter en sortant d'un crédit
à la consommation. Et Papon, décidément en forme
pour son âge, viendra tous les matins, en début de programme,
nous donner un cours d'aérobic. Histoire de nous mettre en
train
Revenir
aux titres
In
liber veritas

On s'apprête à
mettre sur le marché des vins sans alcool au prétexte
de sauver l'économie des viticulteurs.
Bof ! on publie tellement de
livres sans littérature pour sauver celle des éditeurs...
Revenir
aux titres
Sollers
épinglé

Dans son émission Tout le monde en parle, Thierry Ardisson demande à Philippe
Sollers ce qu'il pense de cette phrase : "L'amour mène
à la violence ou à la mélancolie."
"Je ne sais pas
qui a dit ça, répond le Très Grand Écrivain
de tous les temps, mais c'est quelque chose de très bête."
"C'est con, reprend
Thierry Ardisson, parce que c'est vous..."
Revenir
aux titres
Psychopathes
alimentaires

On annonce 663 romans
pour la rentrée littéraire de septembre 2002. la revue
professionnelle Livres-Hebdo souligne que le nombre de romans
publiés à l'automne a plus que doublé en dix
ans.
On déplore
88 romans de plus cette année. Les spécialistes parlent
de fuite en avant suicidaire.
La revue prévient
: " les psychopathes pullulent, le sexe devient violent, les
relations familiales passionnent, la psychanalyse envahit la fiction
tandis que quelques jeunes gens s'amusent de notre société
".

McDonald's annonce
aussi sa nouvelle collection avec, en vedette, du filet de poulet
, admirable, la troublante sauce crémeuse à la ciboulette,
la sulfureuse sauce épicée et, bien sûr, l'exceptionnel
pain foccacia.
Admirable est le poulet, troublantes et sulfureuses
sont les sauces. On croirait lire une analyse critique de La vie
sexuelle de Catherine M.
Danone annonce à
son tour ses nouveaux paniers de fruits. Toute une variété
de yoghourts aux fruits, sa collection de saison, et la sortie de
sa mousse Taillefine saveur vanille. " Vous serez séduits
à la fois par sa texture légère et fondante et
par son goût frais. Alors laissez-vous tenter par cette spécialité
qui contient seulement 0,4 % de matière grasse et 88 kcal par
pot. "
Messier le surdoué
avait raison : pas d'exception culturelle, le livre est devenu un
produit de consommation comme les autres. Comme chez Danone, les éditeurs
ne vont pas chercher la difficulté. Dans un article publié
par Télérama au moment du Salon du livre, on pouvait
lire qu'ils ne recherchaient plus le style, le ton et les écritures
singulières. Il faut plaire à la masse des lecteurs.
Donc offrir des goûts neutres ou des goûts dont le succès
est assuré d'avance. Qui irait mettre sur le marché
un yaourt à la tomate alors que tout le monde sait que c'est
la fraise qui se vend le mieux ? Comme chez Danone que je vous dis...
Revenir
aux titres
En
avril, ne perd pas le fil...

Je n'ai pas très
bien suivi ce qui s'est passé dans notre pays au mois d'avril.
Au mois de juin non plus d'ailleurs. Et les choses ne s'arrangent
pas en juillet. Il faut dire que la télécommande de
ma télé est tombée en panne. Ce sont les touches
qui se sont coincées. Puis décoincées, subitement.
Pour se coincer de nouveau. En appuyant sur le chiffre 6 on avait
la 1, ou l'inverse. Un vrai cauchemar.
D'abord, je me souviens
que je regardais le loft sur M6. Il y avait là des gens très
sympathiques et très cultivés : Lesly (prononcez laisse-l'aïl
- qui vient de sortir un disque et qui prépare un livre...
Merci Messier !), Félicien, Angela, David, Kamel, Chiotte-nénette
(si je n'écorche pas le prénom),Thomas, Karine, Romain,
Julia, un rat, quelques poules, un coq et une béchamel ratée.
Puis je crois qu'on
a demandé aux téléspectateurs de voter. Du coup,
Lionel est sorti du loft. Apparemment, les gens ont préféré
Jean-Marie. Ce choix n'a pas du tout ravi les poules. Elles sont descendues
dans la rue. Elles portaient des cocardes tricolores. Sans doute le
label qualité "poulet de France". Elles protestaient
contre le coq gaulois Jean-Marie qu'elles n'aimaient pas parce qu'il
voulait renvoyer Kamel dans son pays alors que son pays c'était
le loft.
La semaine d'après,
les téléspectateurs ont de nouveau voté. Cette
fois, ils ont fait rentrer Jacques dans le loft. Même ceux qui
n'étaient pas pour ont voté pour (oui, je sais, c'est
compliqué mais il faut être un peu intellectuel pour
suivre le loft). Jean-Marie s'est retrouvé les ergots dans
la merde, ce qui est assez courant chez un coq. Du coup, Jacques a
fait rentrer Jean-Pierre dans le loft. Il a promis de ne plus plumer
les poules. A son tour, Jean-Pierre a demandé à Nicolas
de s'occuper des poulets. Entre-temps Thomas a fait son coming-out,
ce que Bertrand de Paris a trouvé courageux.Puis Jean-Pierre
a dénoncé le poulailler d'en bas et le poulailler d'en
haut. Là-dessus, Zinédine a accouché, ce qui
lui a causé une douleur à la cuisse. Puis il a pris
l'avion pour rejoindre une bande de copains lofteurs qui étaient
partis au Japon pour faire la tournée des boîtes de nuit
et des peep-show. Puis tout le monde est rentré assez vite
pour ne pas manquer la fin du loft et parce qu'ils avaient tous des
choses plus importantes à faire : des pubs pour SFR, des spots
télévisés pour la viande de buf, pour des
shampooings aux ufs, poser sur des couvertures de magazine,
enregistrer des disques et écrire des livres peut-être
même. Leur vrai métier de star, donc. Lionel, vexé,
a préféré se retirer, il ne voulait plus entendre
parler du loft. Roger, lui, a attendu qu'on le foute dehors avec des
indemnités. Thomas est tombé amoureux de Romain. Jean-Marie,
l'autre, le dégât des zozos, s'est augmenté la
paye de 250%. Bixente (Lizarazu) a dit qu'il était rentré
en France parce qu'au Sénégal ils avaient égorgé
des poules et que c'est pour ça qu'il avait pas eu de chance.
Thomas et Karine ont été désignés comme
le couple vainqueur par les téléspectateurs. Michèle
fait son service militaire. Jacques a pris le loft en mains et veut
remettre de l'ordre. Jean-Pierre et Gilles (de Robien) font réparer
les ascenseurs. Le niveau de la France va enfin s'élever. Parce
que pour relier le poulailler d'en bas et le poulailler d'en haut,
faut prendre l'ascenseur, c'est logique. Donc le mien est condamné
depuis une semaine. Monter les escaliers à pied c'est bon pour
les mollets. Faire gaffe quand même de ne pas se blesser la
cuisse, ce qui m'obligerait à accoucher comme Zinédine.
Jean-Marie (celui de l'univers sale) aussi a été condamné
par les actionnaires. Ils n'ont pas voulu lui renvoyer l'ascenseur.
Mais ils lui ont donné des sous parce que 250% d'augmentation
c'était pas suffisant pour s'acheter un loft avec Karine. Vu
qu'il est à la rue maintenant sans son petit pied-à-terre
de 15 millions de dollars que Vivendi lui avait payé aux States.
Plus un sou, je vous dis. Pas même de quoi renouveler son tiroir
de chaussettes. Et puis sur le plateau de M6, personne ne lui avait
fait de propositions genre animateur télé ou mannequin
pour une marque de machine à laver ou de produits de parfumerie.
C'est un nommé Jean-René (Fourretout) qui a pris la
suite de Jean-Marie. Bizarre comme nom pour quelqu'un qui doit remettre
de l'ordre dans les comptes. Fourretout, c'est peut-être un
des nombreux partenaires de Catherine Millet. Est-ce qu'elle baise
dans les ascenseurs Catherine Millet ? Si c'est le cas, elle doit
en vouloir à Jean-Pierre et à Gilles d'avoir condamné
les ascenseurs. Et si on en est arrivé là c'est parce
que Jacques est entré dans le loft. Et si Jacques est entré
dans le loft c'est parce que les gens n'ont pas voulu de Lionel. Les
téléspectateurs ont préféré voter
pour Arlette ou pour le facteur. Si bien que Lionel a perdu des voix.
Mais Arlette, de toute façon, ne voulait pas rentrer dans le
loft. Elle s'était simplement présentée au casting
pour faire des effets avec son pull La Redoute. Un nommé Trichet,
gouverneur de la Banque de France, va passer en correctionnelle. Pas
malin de prendre un banquier qui porte un nom pareil. Les pseudos
comme laisse-l'aïl, ça existe quand même
! Aux dernières nouvelles, on aurait voulu assassiner Kennedy
lors d'un défilé de mode chez Maxim's. Le coupable a
dit qu'il voulait être star. Comme les gens du loft. Voilà,
je crois que, malgré la panne, j'ai bien reconstitué
l'ahurissant puzzle de l'actualité.
Finalement, même
si on n'y comprend rien, avec une télé en panne on s'emmerde
beaucoup moins qu'avec une télé qui marche.
Revenir
aux titres
On
est Verny ou on ne l'est pas...
Vincent Ravallec,
cinéaste et écrivain (Le Seuil), raconte sur Europe
1 le stratagème qu'il a utilisé pour se faire éditer.

Alors qu'il était
assistant réalisateur sur Antenne 2, son patron lui répétait
qu'il n'était bon à rien, qu'il n'arriverait jamais
à quoi que ce soit. Piqué au vif, Il eut l'idée
de subtiliser un papier à lettre à en-tête d'Antenne
2 et, au nom de la chaîne, envoya une fausse recommandation
à Françoise Verny, à l'époque directrice
de collection dans une grande maison d'édition et considérée
comme la papesse du métier : "Ma cocotte, merci de
recevoir le jeune Vincent que je te recommande particulièrement...",
disait à peu près le mot.

Deux jours plus tard,
pas de réponse. Le jeune Ravallec envoie donc un deuxième
faux courrier à Françoise Verny : "Dépêche-toi
de réagir, ma chérie, car Grasset est sur le coup..."
L'effet fut immédiat.
En rentrant chez lui, le soir, la voix grave et cassée de Françoise
Verny sur le répondeur : "Je veux vous voir tout de
suite..."
Françoise Verny conseillait aux auteurs de se faire une "expérience
de vie" avant de se lancer dans le métier, sans forcément
suivre la voie universitaire. Voilà qui devrait faire réfléchir
Josyane Savignaud, du Monde, puisqu'une expérience
de vie éxige au minimum qu'on ait un peu vécu...
A ceux
qui prétendaient qu'elle avait "fabriqué"
des auteurs, elle répondait qu'elle ne pouvait pas donner du
talent à ceux qui n'en avaient pas. "Si un manuscrit
a un intérêt, je peux aider l'auteur à améliorer
son contact avec le public. C'est tout. Mais je lis très peu
de bons romans. Sur 2 500 à 3 000 manuscrits que nous recevons
chaque année, nous n'en publions que cinq. Les Français
écrivent plus qu'ils ne lisent !"
C'est pourtant ce
métier que Françoise Verny appelle toujours "le
plus beau métier du monde".
Dommage que l'édition
française privilégie en ce moment celles qui, de tous
les métiers du monde, ont surtout exercé le plus vieux.
Ce qui ne suffit pas à faire un auteur.
Sans vouloir leur
enlever ni le pain ni le porte-plume de la bouche...
Revenir
aux titres
Faut-il
sauver le soldat Sagan ?
Exception culturelle... et fiscale

De nombreux écrivains et critiques
ont lancé une pétition en faveur de Françoise
Sagan, condamnée en février dernier à une peine
de prison avec sursis pour une dissimulation fiscale de 838.469 euros
(5 millions et demi de francs) sur ses revenus de l'année 1994.
Le texte dit ceci : "Sagan
doit de l'argent à l'État, mais la France lui doit beaucoup
plus : le prestige, le talent, un certain goût de la liberté
et de la douceur de vivre. Nous demandons aux autorités concernées
d'adopter une solution rapide et décente aux problèmes
fiscaux de Françoise Sagan, pour lui permettre de retrouver
sa tranquillité d'esprit et de se consacrer à son uvre.
Sous tous les régimes, la France a su respecter ses écrivains.
Il serait dommage de créer une exception pour de vulgaires
raisons matérielles."
Parmi les signataires, on trouve
Philippe Tesson, Olivier Frébourg, Marc Lambron, Patrick Besson,
Jean-Marie Rouart, Daniel Rondeau, Geneviève Dormann, Jérôme
Garcin, Stéphane Denis, Frédéric Vitoux, Bernard
Frank, Patrick Rambaud et Frédéric Beigbeder.
Ce que ces écrivains appellent
"de vulgaires raisons matérielles", ce sont les raisons
à la fois économiques, morales et pour tout dire citoyennes
qui nous contraignent, vous et moi, à payer bêtement
des impôts sur des revenus nettement plus modestes et gagnés
grâce au travail effectif que nous réalisons tous les
jours, nous qui n'avons pas la chance d'avoir été largement
gratifiés par la société Elf, sur instruction
de François Mitterrand, pour une mission fictive.
Devant l'exposé de ce "cas
social", le sort des nombreuses familles françaises financièrement
en difficultés et qui ne parviennent pas toujours à
obtenir de leur percepteur un étalement de la dette fiscale,
paraît vraiment dérisoire.
J'ai bien entendu tout le respect
que l'on veut pour Françoise Sagan et son uvre. Mais
je relève parmi les signataires le nom du journaliste Philippe
Tesson. Tous les samedis matins, sur France Inter, il tient débat
avec son confrère Roland Joffrin du Nouvel Observateur. Ses
propos sont sans ambiguïté : il est pour l'impunité
zéro. Oui, mais voilà, apparemment pas pour tout le
monde, là aussi il y aurait une exception cultuelle. Et c'est
bien conforme à ce que je pense de l'impunité zéro
qui n'est jusqu'ici qu'un slogan démagogique et rien d'autre,
scandé surtout par tous ceux qui pensent que l'impunité
concerne tout le monde sauf eux, évidemment.
Je compte donc sur Philippe Tesson
pour aller expliquer dans les cages d'escaliers des banlieues que
la punition pour un vol de scooter (ou le vol d'un bouquin de Sagan
au supermarché) relève de l'impunité zéro
et qu'une fraude fiscale de 5 millions et demi de francs appelle le
pardon de la France.
Revenir
aux titres
Ringstars
(Mars 2002)

"[...] JP chante comme une casserole,
il se présente "ventriloque du cul", traite
sa partenaire de putain, ses professeurs d'enculés, refuse
de chanter "Cargo de nuit", c'te merde, mais...
il a une présence. Il plaît. Si bien que, désigné
pour l'élimination à cinq reprises, par les professeurs,
il a été dépassé par Mario, "c'tenculé",
comme il l'appelle. Dépassé d'une très courte
tête, 0,8 % des appels. JP out. A-t-on agi, à TF1, pour
que les appels soient à la fin comptabilisés de façon
à débarquer un garçon incontrôlable, grossier,
faiseur d'histoires ? Les supporteurs de JP le soutiennent. C'est
invérifiable : le contrat entre la Une et France Télécom
garantit le secret sur toutes les opérations. Mais le soupçon
épice désormais la sirupeuse compétitions. Quelle
angoisse !"
Qui parle ainsi de son angoisse ?
Françoise Giroud, dans sa chronique de télévision
"Les mousquetaires de l'après-Pivot", parue la semaine
du 17 janvier dernier dans le Nouvel Observateur.

Les lofteurs pétaient. JP
de Star-cacadémy pète aussi. Les chaînes de télévision
l'ont compris : qui sème les vents récolte les pépètes.
La télévision nous vend du vent, mais comme on le rappelle
de façon scolaire au publicitaire débutant : n'oubliez
pas que c'est le vent qui fait tourner les moulins.

M6 nous prépare donc une nouvelle
version d'aérophagies polyphoniques et intello-intestinale
de Loft Story, la chambre à gaz de ce début de siècle,
et uvre actuellement au casting des "ringstars" (contraction
de ringard et de star que j'ai inventée pour exprimer exactement
la façon dont je juge les célébrités marketo-audimatées
de notre époque) qui seront au printemps nos nouveaux cousins
péteurs. Flatulence, quand tu nous tiens.
Françoise Giroud note la baisse
d'audience de Campus, l'émission littéraire animée
par Guillaume Durand sur France 2 (voir mon billet Campus
: j'ai décampé !) " Globalement, écrit
Françoise Giroud, le livre n'est pas négligé
par la télévision. Ce qui inquiète aujourd'hui,
c'est que, selon les libraires, il n'y a plus d'émission "prescriptrice".
Autrefois, il y avait un ouvrage au moins, dans chaque émission
de Pivot, dont la vente décollait aussitôt. Cela, c'est
fini. Aucune nouvelle autorité ne s'est installée qui
déclenche l'impulsion d'achat. Guillaume Durand a cru pouvoir
lui substituer celle de critiques. Mais le lien de confiance avec
l'acheteur potentiel ne s'est pas créé. Dans le dernier
"Campus", un livre était à mettre en valeur,
en dehors des ouvrages politiques, le roman de Tonino Benacquista,
"Quelqu'un d'autre". Une perle. Un brouhaha stérile
l'a accompagné. Le lendemain, les libraires ne savaient même
pas qu'ils avaient ce titre en magasin (Gallimard)."
Pivot nous faisait partager sa passion
des livres et des auteurs. Il n'était pas sous contrat avec
une maison d'édition, ce qui le rendait plus libre. Il n'avait
pas dans ses tiroirs un roman à placer qui pouvait rendre ses
enthousiasmes suspects. Il savait faire parler les auteurs et nous
les rendre attachants. Un duo Pivot-Modiano produisait des silences
et des hésitations plus signifiants que les jacasseries d'une
volière de journaleux parisiens. Et on allait acheter le samedi
matin le livre qu'on avait vu pétiller dans il de Pivot
la veille au soir.
Je regarde peu aujourd'hui les émissions
littéraires de la télévision. On n'en devient
pas meilleur charcutier en s'obligeant à regarder les documentaires
sur la vie des animaux.
Petite
déprime microcosmique parisienne
Écrivains, rangez vos plumes
; peintres, épilez vos pinceaux ; sculpteurs, cassez-nous les
moules ; musiciens, classez vos notes ; chorégraphes, rangez
vos ballets au placard ; cinéastes, rembobinez vos scénarios
; couturiers, jetez vos dés.
Sur Europe 1, une journaliste s'entretient
avec Régine Desforge, auteur et éditrice :
- "Quel conseil donneriez-vous à un auteur débutant
?
- Aucun, tout a été dit. Tout a été écrit."
Chérie, ce soir nous ne ferons
pas l'amour puisque d'autres l'ont déjà fait avant nous.
Tout aurait été dit,
donc. On comprend mieux pourquoi tant de manuscrits sont rejetés
par les maisons d'édition. Tout a été dit, pense-t-elle
mais, sous-entendu, moi je continue à publier. Parce ce que
c'est moi et que je le mérite.
Si c'est là le propos d'un
écrivain en déprime, je le comprends. Dans les moments
de doute, on se demande à quoi bon rajouter du papier au papier
et enfiler des phrases que peu de gens liront. Fatigué, on
pense que tout effort d'écriture est devenu inutile, tout a
été dit. Hormis ce spleen passager, comment prétendre
sérieusement que tout a été dit ? D'abord faudrait-il
que l'être humain ait connaissance du "Tout" pour
avancer qu'il a été dit. Si Voltaire avait pensé
que tout avait été dit, nous serions privés d'une
bonne partie de son uvre.
Le monde serait-il figé ?
Les sujets de révolte manqueraient-ils ? Nos sociétés
sont-elles à ce point parfaites que Voltaire ne reprendrait
pas aujourd'hui sa plume pour dénoncer une injustice ?
Tous les drames de la comédie
humaine, tous les ressorts et les faiblesses de l'être ont été
exploités depuis que l'on écrit. On chante l'amour depuis
longtemps et on pourrait penser que le sujet est épuisé.
Et pourtant non, la même trame sera exploitée diversement
avec une sensibilité et des mots différents par un Brel,
un Brassens, un Léo Ferré ou un Aznavour.
Ceux qui pensent qu'il est devenu
inutile de dire feraient bien de commencer par la mettre en veilleuse.
Yves Saint-Laurent est mort. Je veux
dire qu'il a pris sa retraite, mais la façon dont les médias
nous renvoient l'événement ressemble fort à un
enterrement. Surprise, j'entends que "la haute-couture, c'est
fini.", que "rien ne sera plus comme avant..."
Mais quelle est donc cette déprime
qui frappe le microcosme parisien ! Déclarer que la haute-couture
est finie n'est pas très courtois à l'égard des
confrères survivants. Un comble, sous le coup de l'émotion,
les dits confrères défilent devant les caméras
pour confirmer le deuil de la création.
Comment s'assurer que nous avons
une parfaite connaissance de tous les créateurs vivant sur
la planète quand on voit comment la télévision
notamment, média principal, traite le talent. La place accordée
à ceux qui n'ont rien fait est tellement importante qu'il en
reste peu pour nous montrer les vraies valeurs. Je suis persuadé
qu'il existe quelque part un jeune couturier de talent qui n'a pas
rencontré la personne qu'il faut ou que le système du
profit immédiat refuse et que la télévision ignore
pendant qu'elle nous inflige des Jean-Pascal qui pètent, des
Laure qui pissent dans la piscine et une Jenifer qui s'inquiète
des consistances fécales de son compagnon de chambrée.
Quel est ce monde imbécile
qui pense que le mouvement des idées et de l'art s'arrêtera
avec leur petite personne ! Qu'il ne peut plus y avoir de bon goût
que le leur et d'artistes que ceux qu'ils ont idolâtrés
pour indirectement s'approprier une part dans leur talent, un mérite
dans leur révélation et une petite gloire dans leur
succès ! Il existe sûrement dans un lycée ou un
collège de France, au pire dans une maternité, le Yves
Saint-Laurent de demain. Mais celui-là ne sera pas une contrefaçon
de Saint-Laurent et c'est tant mieux. L'art a horreur des redites.
Il sera "Lui", c'est tout ce qu'on lui demande.
Tout a été dit. Mais
tout reste à dire.
Revenir
aux titres
Laffont
en Lévy... tation (Février 2002)
Europe
1 diffuse actuellement un message publicitaire des Éditions
Robert Laffont pour promouvoir le dernier livre de Marc Lévy Mais où est-elle ?
Le message
ne craint pas d'ajouter ce slogan :
"Marc
Lévy : l'écrivain français qui fait rêver
le monde entier..."
Mazette ! "L'écrivain
français qui fait rêver le monde entier" !
Décidément,
il y a des prétentions qui taillent grand. Et quand on a les
chevilles enflées à ce point, il ne doit plus rester
que la lévitation pour continuer à se déplacer.
Je suggère
donc aux agences de pub : "Catherine Millet, l'écrivain
français qui fait bander le monde entier..." (Et
là au moins on en a la preuve. Tangible, au sens propre du
terme) ; "Jean Aussaresses, l'écrivain français
qui fait hurler le monde entier..." (le doigt sur la
soudure du pantalon) et "Loana, l'écrivain français
qui n'a pas fini de gonfler le monde entier..."
Un conflit juridique
est passé inaperçu cet été à propos
du précédent roman de Marc Lévy Et si c'était
vrai... "L'affaire" avait été dénoncée
par le journaliste Karl Zéro. L'auteur était accusé
d'avoir plagié, à la demande de son éditeur,
l'uvre d'une romancière russe, Madame Garmarch Roffé,
refusée par Robert Laffont en 1994. Karl Zéro a été
poursuivi en diffamation.
Et si c'était
vrai...
Revenir
aux titres
Potter
contre pot de fer (Décembre 2001)

Joanne
Kathleen Rowling, auteur désormais célèbre de
Harry Potter, a bataillé pendant deux ans avant de trouver
un éditeur. Refus après refus, elle s'est heurtée
à un mur.
Un grand
sorcier du marketing a eu cependant le courage et l'honnêteté
d'avouer sa bourde devant les caméras de télévision.
"Si je peux vous donner un conseil, avait-il dit à
J K Rowling, trouvez un autre métier pour gagner votre vie,
vous n'avez aucun avenir dans l'écriture."
"Je
me suis trompé", ajoute
aujourd'hui humblement le marketeux cracmol (*).
J K Rowling
est publiée dans 140 pays et a vendu 90 millions d'exemplaires
!
Mais
rassurez-vous, l'histoire se passe au Royaume-Uni.
Ce n'est
pas chez nous qu'une bévue pareille se produirait.
(*) Cracmol
: individu né dans une famille de sorciers mais qui ne possède
aucun pouvoir magique.
Revenir
aux titres
Hot
Couture (Décembre 2001)
Xavier
Couture, directeur des programmes de TF1, a le sang chaud. Il n'aime
pas que les journalistes fassent la moindre allusion à sa vie
privée. Il se chauffe et menace de mettre un terme à
l'entretien en partant si on lui parle de sa femme. C'est ce qui est
arrivé samedi 17 novembre dans l'émission de Marc-Olivier
Fogiel sur France Inter.

Claire
Chazal, épouse Couture, n'a pas eu de peine pour publier son
roman l'Institutrice, chez Plon. Probablement en l'envoyant
par la poste. Comme ses confrères, Plon a sélectionné
un bon manuscrit sur quatre mille reçus au courrier et c'est
tombé sur celui de Claire. La chance, puisqu'on vous le dit.
Le bouquin
était à peine sorti que TF1décidait d'en faire
un téléfilm. Là aussi, devant des centaines de
propositions de scénarios auxquelles il n'est pas donné
suite, l'excellent texte de Claire s'est fait remarquer. La chance,
on vous le répète.
Devenir
la proie de la presse people quand on est ce qu'on appelle
aujourd'hui un couple star ne doit pas être très
facile à vivre, reconnaissons-le.
Mais
peut-on décemment profiter à plein du système
dans lequel on évolue et se plaindre de ses excès ?
Revenir
aux titres
Littérature
"générale" : Aussaresses II, le retour (Déc.
2001)

Le général
Aussarres s'apprête à publier cette semaine son deuxième
livre aux Editions du Rocher, au moment où il est appelé
à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris
pour "complicité d'apologie de crimes de guerre".
Félicitations
au marketing de Jean-Paul Bertrand, patron des éditions du
Rocher, pour son sens du "timing-monnaie".
Ses deux éditeurs
précédents, Olivier Orban, filiale des éditions
Plon, et Xavier de Bartillat, directeur des éditions Perrin,
sont également poursuivis sur citation directe du parquet pour
"apologie de crimes de guerres".
Dans ce deuxième
ouvrage, l'auteur-général prendrait appui sur les événements
terroristes pour justifier ses actes passés.
A 83 ans, il démontre
que Josyane Savigneau, directrice des pages culturelles du Monde,
se trompe quand elle dit qu'on ne peut pas commencer une carrière
d'écrivain après 45 ans [Voir mon
article sur l'émission littéraire Campus].
En enfonçant le
clou, Aussarresse fait mentir l'adage selon lequel où il y
a de la gégène il n'y aurait pas de plaisir.
Revenir
aux titres
Mardi
11 septembre 2001 (Septembre 2001)
"Que deviennent
et que m'importent l'humanité, la bienfaisance, la modestie,
la tempérance, la douceur, la sagesse, la piété,
tandis qu'une demi-livre de plomb tirée de six cents pas
me fracasse le corps, et que je meurs à vingt ans dans
des tourments inexprimables, au milieu de cinq ou six mille mourants,
tandis que mes yeux, qui s'ouvrent pour la dernière fois,
voient la ville où je suis né détruite par
le fer et par la flamme, et que les derniers sons qu'entendent
mes oreilles sont les cris des femmes et des enfants expirants
sous des ruines, le tout pour des prétendus intérêts
d'un homme que nous ne connaissons pas ?"
Voltaire
Le Dictionnaire philosophique, été 1764

Revenir
aux titres
Place
du grand tome (Septembre 2001)

Incroyable
! Il resterait 300 places de libres au Panthéon.
Est-ce que Sollers
le sait ?

Revenir
aux titres
Pauvert,
le ramasse-miettes
(Octobre
2001)

Voici
enfin Elle m'appelait Miette, la " biographie autorisée
" de Loana que vous attendiez
avec fébrilité, vous public que les éditeurs
connaissent si bien.
1 million de francs
sur la table et Pauvert a remporté le jack-loft.
Selon LIVRES-HEBDO,
deux chèques importants ont été signés
cette année dans l'édition : 70 millions de francs pour
les mémoires de Bill Clinton et 1 million de francs pour Loana.
Il serait cruel de
concentrer son ironie sur la seule Loana qui n'est que l'objet d'un
système dont elle profite momentanément, ni même
de couvrir Pauvert de sarcasmes
alors que bien d'autres éditeurs "malchanceux" étaient
sur le coup.
Ce sont les mêmes
qui fustigeaient hier les romans de gare mais qui aujourd'hui sont
bien pressés de les produire sous couvert d'une enseigne abusivement
nommée
"culturelle".
Les médias
prennent évidemment le relais. Paris-Match consacre plusieurs
pages à l'événement et montre l'écrivain
à sa table de jardin (de travail), la poitrine inspirée,
dans une villa (avec piscine ?) louée par l'éditeur
puisque tout le monde se doute que les grands créateurs ont
besoin d'aisance. Sans
craindre le ridicule, la photo est ainsi légendée :
" A la recherche du temps perdu
" Le poids
des lolos inspire parfois le choc des mots.
Après la série
des gendarmettes, voici donc une madeleine à Saint-Tropez.
Pendant ce temps,
des centaines d'auteurs de qualité reçoivent de Pauvert
un courrier refusant leur manuscrit : " Ce n'est pas ce que
nous recherchons actuellement
Nous n'avons pas de collection
pour accueillir votre projet
Nos programmes sont hélas
lourdement chargés
Nous ne sommes pas sûrs de trouver
un public
"
Les souffrances littéraires
ne sont acceptables que médiatiques.
Après le livre,
le film ? Un téléfilm ? La porteuse de pain ?
Au diable Pauvert
avec ses manières de se faire du blé en roulant le lecteur
dans la farine.
Revenir
aux titres
Campus
: j'ai décampé !
(Octobre
2001)

C'était
la première de Campus, la nouvelle émission littéraire
de France 2 animée par Guillaume Durand qui prend en quelque
sorte la suite de Bernard Pivot.
Invité: Houellebecq.
"Vous avez mis une chemise vichy pour montrer que vous êtes
pétainiste ?" Le ton est donné, il sera jeun's,
c'est un campus.
Silence impressionnant
sur le plateau pour entendre l'auteur énoncer des banalités.
Je suis friand de ces grands moments de joie psychanalytique où
la niaiserie a rendez-vous avec l'insignifiance. La caméra
montre les journaliste présents, bouche bée, espérant
de la star (parce que lui sait très bien jouer la star !) un
mot, deux mots, qui pourraient les éclairer sur un roman qu'ils
n'ont pas compris.
Le temps d'écouter
les non-réponses de Houllebecq sur des hésitations à
la Modiano, le charme de la profondeur en moins, le temps aussi d'admettre
que les gens décidément ne savent plus lire un roman,
Josyane Savigneau présente un nouvel auteur de 17 ans (faut
rester jeun's), Anne-Sophie BRASME pour son roman Respire
publié chez Fayard.
Elle est ravie d'accueillir
enfin un auteur jeune. "Les jeunes tardent à écrire,
dit-elle, on voit les gens arriver à 45 ans avec un premier
roman... Moi je ne suis pas très sûre qu'on devienne
écrivain après 45 ans..."
Cette euthanasie littéraire
est pour le moins surprenante venant d'une personne qui a en charge
les pages culturelles du Monde.
Comment ne pas comprendre
la distance qui sépare l'écriture de la publication.
Quand on décide un jour de soumettre un manuscrit aux éditeurs,
c'est que l'on a pratiqué l'écriture depuis plusieurs
années. On ne se réveille pas un matin en décidant
de publier un roman, c'est une lente maturation. L'âge de l'auteur
au moment de sa première édition dépend aussi
beaucoup des éditeurs. Il est très rare qu'ils encouragent
un jeune auteur, sauf quand il s'agit bien entendu de Loana. D'une
façon générale, je ne suis pas très sûr
qu'un jeune auteur (à moins d'être chaudement recommandé
ou de faire une bonne rencontre)soit pris au sérieux par les
éditeurs. Ou alors ce serait bien le seul endroit dans ce pays
qui montrerait de la considération pour la jeunesse.
Et puis il y a le cas Sagan. Tout éditeur doit secrètement
rêver de renouveler le phénomène. Du talent à
20 ans, certes, elle en avait. Ajoutez la tentation du coup de pub
sur l'image cultivée de la jeune bourgeoise sulfureuse. Tout
le monde sait aussi qu'il y a eu d'autres raisons plus intimes à
son éclosion.
Le temps ne fait rien
à l'affaire, chantait Brassens. Quelle serait l'importance
de l'âge en littérature ? Même si elle vient de
découvrir les rapports "dominant-dominé" à
17 ans, le style d'Anne-Sophie BRASME peut m'intéresser et
me procurer du plaisir. Il est possible cependant que j'aille chercher
une autre maturité chez un auteur plus âgé. Et
très franchement, quand j'achète un roman, je ne regarde
pas l'âge de l'auteur. Il est évident qu'après
45 ans, on a une expérience enrichie, une maturité en
principe plus affirmée. L'écriture portera nécessairement
un regard différent sur les choses. A 17 ou 45 ans, c'est ce
regard qui est intéressant.
Parler d'âge
pour publier, c'est envisager l'écriture comme une carrière.
Au plus profond de celui qui écrit vibre un artiste. Cet artiste
est fabriqué de ses tourments, de ses émotions. Et je
ne suis pas certain que celui-là envisage l'écriture
comme une carrière de journaliste.
Je vois dans ce reproche
de l'âge une contradiction avec ce que dit Philippe Sollers
quand il affirme qu'on ne devrait pas écrire avant d'avoir
acquis "une vaste culture littéraire" ce qui,
vous en conviendrez, demande du temps ! Il faudrait que le petit milieu
littéraire parisien se mette d'accord.
Josyane Savigneau
est l'auteur de deux biographies : Marguerite Yourcenar, l'invention
d'une vie, chez Gallimard, et Carson McCullers, un cur
de jeune fille, chez Stock. Josyane Savigneau ne s'est pas encore
essayée au genre difficile du roman.
Elle me fait penser
à ces gens qui voudraient systématiquement retirer aux
personnes âgées un permis de conduire qu'ils n'ont jamais
fait l'effort de passer.
Ce ne fut pas une
bonne soirée pour la pauvre Amélie Nothomb qui se fit démolir
par une (jeune) critique à
propos de son roman Cosmétique de l'ennemi (Albin Michel).
Mince alors ! Ils
jouent le jeunisme et voilà qu'ils détruisent une jeune
femme ! C'est vrai qu' Amélie a plus de 17 ans, ce qui est
impardonnable.
On attend d'une critique,
même négative, qu'elle soit raisonnée, intelligente.
Qu'entend-on ? "C'est nul... Il n'y a pas d'histoire... Que
des dialogues... Elle est mauvaise dans les dialogues... C'est un
espèce de style bidon, des phrases ciselées...Sans aucun
humour... C'est nul..."
Et tout le monde semble d'accord autour de la table : c'est nul...
Alors moi je dis ceci
: d'abord, espèce est toujours au féminin. On
dira donc, chère critique, une espèce de style
bidon. Il
faudra un jour nous organiser un cours de stylistique sur ce qui est
bidon et sur ce qui ne l'est pas.
Les phrases ciselées
: même s'il faut s'arranger pour que le lecteur ne voit pas
le travail, c'est quand même celui de l'écrivain de ciseler
un peu ses phrases, non pas pour sophistiquer mais pour donner plus
de nervosité ou de grâce à son style. C'est vrai
que chez Nothomb certaines phrases sont un peu scolaires, les dialogues
téléphonés, peu naturels, trop "écrits",
mais ça ne suffit pas à gâcher l'ensemble. C'est
vrai aussi que l'écriture traverse une époque où
il faut faire dans le décontracté. Il est bien vu d'écrire
comme on parle. A force de rechercher l'extrême simplicité,
on arrivera bien à trouver le simplisme. Genre : dire "C'est
nul" pour jouer à l'ado dégoûté.
Ou écrire comme Houellebecq, à propos de tout, que
c'est "con".
"Pourriez-vous développer votre pensée ?"
dira le professeur.
Sur le problème
de l'humour en littérature : Philippe Sollers (décidément
on va nous marier) a déclaré cet été sur
France Inter qu'en France, pour être reconnu comme écrivain,
il ne fallait pas avoir d'humour. Alors ? En avoir ou pas ? C'est
important d'en avoir ou d'en manquer dans un roman ou c'est le sujet
qui dicte le ton ?
Sur la nécessité
ou non de l'histoire : pour certains, raconter une histoire ne
fait pas roman moderne, genre Nouveau roman. Pour d'autres,
l'absence d'histoire réduit à l'observation narcissique
des reliefs de son nombril.
Alors, histoire ou pas ?
Et si on écrivait tout simplement ce que l'on a envie d'écrire
?
Avec son cur, ses passions, ses douleurs, son humour, ses révoltes.
Le téléspectateur
attentif que je suis a donc bien compris que le comité de lecture
de chez Albin Michel (qui a aimablement refusé mon roman) et
qui publie Amélie Nothomb est complètement nul ! Ah ! je
respire !
Car c'est quand même bien ce qu'il faut en conclure : si Amélie
Nothomb était tombée sur cet attroupement de spécialistes
dans un comité de lecture, elle n'aurait jamais été
éditée !
Et elle n'aurait jamais obtenu le Grand prix de l'Académie
française pour son roman Stupeur et tremblements...
Le problème,
c'est que les lecteurs achètent Amélie Nothomb. Faut-il en
déduire, comme pourrait le dire Houellebecq, que "le public
est un con" ? Mais alors, si Albin Michel édite un auteur
nul c'est qu'il a compris que le public est con ?
Les choses deviennent
trop compliquées pour moi, mais avouez que ma démonstration
est imparable !
Ah ! qu'il est doux
de s'auto-éditer quand tous ces rigolos s'agitent autour de
vous !
Voilà pourquoi
devant ce Campus, moi j'ai fini par décamper.
Revenir
aux titres
Stephen
King traque les souverains poncifs
(Octobre
2001)

Dans
son dernier livre ÉCRITURE, mémoires d'un métier,
publié chez ALBIN MICHEL, Stephen King donne quelques conseils
d'écriture aux écrivains.
Ne vous
attendez pas à un enseignement de haute volée malgré
l'éloge de la quatrième de couverture qui n'hésite
pas à qualifier ce livre de "hors norme et génial,
tout à la fois essai sur la création littéraire
et récit autobiographique. Mais plus encore révélation
de cette alchimie qu'est l'inspiration." Je comprends mieux
pourquoi mon manuscrit a été refusé par ALBIN
MICHEL. Si c'est ce niveau-là de l'écriture qui leur
suggère le génie et le hors norme, il
y avait de toute évidence une distance technique et une incompréhension
entre nous.
Reprenant
sans doute l'équivalent américain du Larive &
Fleury, son cours de grammaire en CM2, Stephen King écrit,
page 231 : "La comparaison zen n'est que l'un des pièges
potentiels du langage au figuré. Le plus courant (le manque
de culture littéraire est d'ailleurs à peu près
toujours à l'origine de ce qui nous fait chuter) est l'utilisation
de comparaisons, métaphores et images qui sont devenues des
clichés. Il courait comme un fou, elle était
jolie comme un coeur, il s'est battu comme un lion... Ne
me faites pas perdre mon temps avec des poncifs aussi éculés.
Vous risquez de passer pour paresseux ou ignorant. Aucune de ses descriptions
n'améliorera votre réputation d'écrivain."
Toujours
prêt à prendre une leçon qui améliorerait
mon style dans l'espoir d'être reconnu un jour par un éditeur
traditionnel, j'ai donc consulté au hasard deux titres récents,
deux romans, du catalogue... ALBIN MICHEL.
Premier
exemple, le dernier roman d'un grand écrivain dont je ne citerai
pas le nom par délicatesse, mais qui est publié parce
qu'il présente le journal de 20 heures sur la première
chaîne de télévision. Je prends une page au hasard.
Je vous jure que je ne mens pas, vous pouvez vérifier.
Que lit-on
:
- "Barbara
lui répondit d'un pâle sourire..."
- "... cheveux noirs mi-longs, yeux verts, [...] carrure athlétique..."
- "... elle attisait le regard des hommes."
- "Elle démarra sur les chapeaux de roues..."
- "... s'en méfiaient comme de la peste."
- "... tandis que leurs épouses les fusillaient du
regard..."
- "... qu'il valait mieux ne pas tomber dans ses filets."
Deuxième
exemple : le roman d'un grand écrivain (tiens ? certains ont
le droit de publier un premier roman après 45 ans ?) dont je
ne citerai pas le nom par délicatesse, mais qui est publié
parce qu'il fait aussi tomber la neige.
Je vais
me limiter à lire le début du roman, c'est-à-dire
l'insipide, pardon : l'incipit.
"Bruxelles
endimanché a lâché ses blancs moutons
dans son ciel de printemps."
C'est
beau comme une rédaction du CM2.
Que disait
Stephen ? Ah oui : "... Vous risquez de passer pour paresseux
ou ignorant."
Je ne
sais pas si je dois m'adresser à Monsieur Albin ou à
Monsieur Michel, mais, franchement, vous devriez dire à Monsieur
King que ce n'est pas sympa de sa part de montrer du doigt les défauts
de ses petits camarades.
C'est
pas moi qui ferais une chose pareille...
Revenir
aux titres
L'annonce
faite à Marie-Rose (Septembre 2001)

J'ai
vu à la devanture d'une pharmacie cette publicité pour
un produit anti-poux : "Si votre enfant se gratte la tête,
inspectez sa chevelure."
Il n'y a pas si longtemps, quand on voyait quelqu'un se gratter la
tête, on l'imaginait cherchant une idée.
Mauvais signe des taons, aujourd'hui la progression des intelligences
sera plus... lente.
Revenir
aux titres
Faux
mage et désert (Novembre 2001)

Tout
le monde connaît la célèbre Elizabeth Teissier,
désastrologue réputée, carto-mitterrandienne,
tireuse de carpes, maboule de cristal élyséenne, abrégée
de sociologie en Sorbonne (ne riez pas, certains membres du jury sévissent
peut-être aussi dans un comité de lecture qui vous a
refusé un manuscrit ou qui s'apprête à le faire...)
et, cela va de soi, écrivain-vaine qui a sûrement du
style et quelque chose d'intelligent à dire à l'humanité
puisqu'elle a trouvé sans peine un éditeur depuis belle
lurette.
Elle
publie donc ses prévisions pour l'année 2002.
Souvenez-vous,
elle notait à la date du 11 septembre 2001 : "Jour
heureux pour les transports."
Pour
2002, elle prédit une situation internationale stabilisée,
la fin des guerres et la reprise économique.
En conséquence,
voici mes prévisions : attendez-vous au pire !
Revenir
aux titres
Gourance
chez les gourous (Novembre 2001)
Le nouveau
maire élu de New York est finalement celui donné comme
perdant par tous les organismes de sondages.
Rendons
ici un hommage appuyé à tous ces as du marketing qui
prétendent tout savoir du public, maîtriser ses choix
et ses réactions, et auprès desquels notre Elizabeth
Teissier nationale fait figure de scientifique nobélisable
et de redoutable technicienne en prévoyance de l'imprévisible
imprévu.
Serait-ce
les mêmes qui, dans les maisons d'édition, vous assurent
qu'il n'y a pas de public pour ce que vous écrivez ?
Revenir
aux titres
Plus
de peur que de mâles (Octobre 2001)
L'éditeur
Plon vient de publier un livre intitulé : "J'ai
connu sept ministres de l'Éducation nationale".
L'auteur : Monique Vuaillat.

Fort
heureusement, une bande sur jaquette précise : "Pendant
17 ans à la tête du principal syndicat d'enseignants".
Ouf !
J'avais pris peur. J'ai cru un moment que Catherine Millet avait fait
une adepte !
Revenir
aux titres
Robbe-Grillet
dégomme (Octobre 2001)
(Allusion à son deuxième roman Les gommes. J'explique,
sinon mon jeu de mots est grillé.)
Dans
Le Voyageur (Christian Bourgois Éditeur), on trouve un
entretien accordé par Alain Robbe-Grillet au magazine LIRE
en 2000.

Sur
la littérature d'aujourd'hui : Ne
pas déranger
"Aujourd'hui,
un jeune écrivain se doit d'avoir un appartement, un chien,
une femme , une voiture, un poisson rouge. Il veut vendre ses livres
vite et en vivre bien. Et il deviendra d'autant mieux un auteur de
best-sellers que sa littérature ne dérangera pas. [...]
La littérature est faite de littératures. Il y a la
littérature qui dérange et celle qui ne dérange
personne. [...] On peut craindre que les jeunes écrivains
ne refoulent leur capacité de dérangement. Mais
ont-ils vraiment envie de déranger ? C'est peut-être
notre époque qu'il faut incriminer."
Sur
l'édition : Le
pognon d'abord
"Autrefois,
le métier d'éditeur ne relevait pas vraiment du commerce.
Le vieux Fischer, par exemple, qui est à l'origine de plusieurs
prestigieuses maisons d'édition allemandes, définissait
ainsi son activité : "Publier des livres dont le public
ne veut pas." Jérôme Lindon était ainsi.
De nos jours, perdre de l'argent, c'est stupide. Autrefois, c'était
en gagner qui était plouc !"
Sur
les prix littéraires : Des
navets pour des poires
[...]
"Le seul objectif des prix littéraires, c'est de faire
vendre des livres. [...] Si les livres primés ne se
vendent pas, le prix disparaît. J'ai fondé plusieurs
prix, et participé à des quantités d'autres?
Le premier a été le prix de Mai. [...] Nous avons
couronné uniquement des livres qui n'étaient ni médiatiques
ni médiatisables. Et le prix a disparu tout simplement. Pourquoi
le prix Médicis a survécu ? Parce que nous couronnons
au moins une année sur deux un navet vendable.
On fonde un nouveau prix parce qu'on trouve que les autres ne couronnent
pas assez de livres intéressants. C'est comme cela que le Renaudot
a été créé, en réaction contre
le Goncourt, le Médicis contre le Femina. On commence donc
par choisir des livres difficiles et intéressants. Mais on
s'aperçoit très vite qu'il ne faut pas exagérer
!
Autre problème : la plupart des jurés de bonne valeur
littéraire ne tiennent pas le coup. Il faut une sacrée
dose d'énergie vitale et d'humour pour résister aux
réunions d'un prix littéraire. [...] Il faut
aussi supporter, évidemment,la pression des grands éditeurs.
[...] La seule chose que je regrette, c'est que, contrairement
à ce qu'on entend dire, on ne nous paye pas. [...]
Il y a seulement tout un jeu d'amitiés, et souvent pour son
propre éditeur."
"...
nous couronnons au moins une année sur deux un navet vendable."
Et c'est
ainsi que la France littéraire s'emmerde.
Revenir
aux titres
La
France littéraire s'ennuie... (Novembre
2001)


Il y
a quelques jours une dépêche A.F.P. rapportait les états
d'âme de LIVRES HEBDO, le journal des professionnels de l'édition.
"La rentrée est d'un ennui total", estimait
Pierre-Louis Rozynès, rédacteur en chef de la revue
; "opinion qu'il n'est pas, loin s'en faut, le seul à
partager." ajoutait la dépêche.
On retrouve
ce même sentiment dans l'éditorial du dernier numéro
du MATRICULE DES ANGES (*).
"On a donné
des prix littéraires la semaine dernière. On va encore
en donner cette semaine. Voilà. C'est comme les feuilles
en automne, Noël en décembre et le régime minceur
en juin. Même si elle est quasiment imperceptible depuis quelques
années, habituellement cette période des prix est
vécue avec un peu d'excitation par quelques-uns des acteurs
du livre. Mais cette année, non. C'est tout mou. Évidemment
on évoquera les événements du 11 septembre,
les bombardements de l'Afghanistan pour expliquer l'ambiance morne
de la rentrée. Bien sûr. Il n'y a qu'à voir
comment le soufflet du scandale Houellebecq (convenu et programmé)
est retombé. Comment la polémique d'arrière-garde
lancée par Le Figaro sur la Bible réécrite
par les écrivains a fait flop (pschiiittt dirait Chirac,
histoire d'élever le niveau à la hauteur des onomatopées).
Mais quand on
regarde la liste des Goncourt (et le primé, Jean-Christophe
Rufin) on se dit qu'avec ou sans Ben Laden, la littérature
officielle est bien morose. Plate. Sans pensée ni saveur
(exceptée Marie Ndiaye qui a obtenu le Femina), cette littérature
de salon (plutôt faubourg Saint-Honoré que Brive, encore
que
) ne mange pas de pain, ne fait mal à personne et
surtout pas à la société à laquelle
elle renvoie une image lisse. Dis-moi que je suis la plus jolie
et je te donnerai un prix
Ce n'est pas
forcément nouveau même si ces dernières années
on avait senti un frémissement (Échenoz en Goncourt,
c'était pas mal). Mais la nouveauté vient peut-être
plus du fait que les éditeurs anticipent cette mollesse.
Peu de livres publiés cette année semblent avoir été
écrits par nécessité. Alors voilà, on
lit light. Et on s'ennuie.
Ce qui est positif,
c'est qu'on sait ce qu'il est advenu la dernière fois qu'on
a écrit : "La France s'ennuie ". On verra bien
si cette année sabbatique annonce une révolution.
Au moins littéraire."
(*) Vendu dans chez
votre marchand de journaux ou sur abonnement, LE MATRICULE DES ANGES
se présente comme un magazine indépendant de littérature.
http://www.lmda.net
Revenir
aux titres
Parricide
la sortie ! (Novembre
2001)

Deux
piliers du PAF sont tombés dans la plus grande indifférence
d'un public ingrat et inculte : le gentil père Foucault qui
ne ferait pas de mal à une tour et le rejeton turbulent Dechavanne
ont été sortis des programmes de TF1, leur émission
n'ayant pas retenu le public sur lequel elle comptait.
Compte
tenu de l'investissement financier que suppose la mise en place de
telles productions, on peut quand même espérer que de
sérieuses études de cibles l'avaient précédé.
Le marketing
se serait-il trompé ?
Le public serait-il insaisissable ?

Revenir
aux titres
Publishing
victim (Novembre
2001)

Le jeune
Steevy, l'enlofté de M6,annonce la prochaine sortie de... "son"
livre ! (Qui n'a pas son bouquin ? Qui n'a pas son bouquin ? Demandez
un éditeur !!!)
L'heureux
événement éditorial est attendu pour le 21 novembre.
Il s'agira
d'un livre "d'images" (à colorier ?) [Je pense qu'il
veut dire de "photographies"], s'empresse de préciser
l'auteur délofté, "je n'ai pas assez vécu
de choses pour écrire ma biographie."
Mais
non, tu rigoles !
En grattant un peu, un éditeur peut toujours trouver quelque
chose !
Tu sais, un éditeur c'est un dénicheur, un découvreur
de talents (la preuve : ils ne t'ont pas manqué) capable de
reconnaître un auteur de dos, simplement en le regardant marcher
! Et puis en creusant ton dipe, il y a en bien un qui trouvera
du pétrole ! (On t'expliquera.)
Maintenant
si tu tombes sur un éditeur qui te demande de te crever les
yeux ou de te couper les roupettes, fuis-le, même si c'est pour
la promo, c'est un pervers. Regarde, c'est ce qui est arrivé
à Andrea Boccelli, maintenant il est obligé d'aller
chanter en duo avec une académichieuse dans Star Académy
et en regrettant probablement de ne pas être sourd ! (On t'expliquera
plus tard.)
On est
en droit de se demander quel intérêt le fameux "public"
pourra trouver au déballage photographique du petit Steevy.
Car enfin, sa clinique de naissance c'est tout de même pas Colombey-les-deux-églises,
et même nu sur une peau de bête à dix mois on a
peu de chance de lui trouver un air de famille avec Rocco Siffredi.
Messieurs
les éditeurs, les photos de vacances du délofté,
on-s'en-fout !
On attend
de connaître le nom du grand "éditeur culturel"
dont le comité de lecture (?) a immédiatement retenu
les photos envoyées probablement par la poste.
C'était
pas la peine de nous épargner le petit pois des mots pour nous
infliger la broc des photos.

Revenir
aux titres
"Rentrée"
littéraire (Septembre 2001)

Expression
métaphorique inventée par le marketing pour indiquer
aux lecteurs de base amoureux de vraie littérature qu'ils risquent
de se faire gentiment sodomiser.
Revenir
aux titres
Eur'up
and down (Septembre 2001)
Laure
Delattre (la peste du loft) vient d'être engagée par
Europe 1 comme... critique de télévision.
"C'est génial, dit-elle, c'est super !"

Ah !
comme c'est agréable d'entendre quelqu'un bien parler de son
métier !
Invitée
samedi soir 1er septembre dans l'émission Tout le monde
en parle, Thierry Ardisson a osé cette question à
la lofteuse : "Vous engager comme critique télé,
vous ne pensez pas que c'est se foutre de la gueule du monde ?"
- Ah ! non, répond Laure (oui parce qu'elle a du répondant),
au contraire, c'est génial, c'est super !"
Ouais,
ma chérie, on ne peut mieux dire.
A quand
Kenza critique littéraire ?
On peut
parfois regretter qu'un percing sur la langue n'empêche pas
de s'en servir.
Revenir
aux titres
Loft
Scories : les psys causent (Septembre 2001)

Rififi
chez les psys du loft. On les voyait sur le plateau de M6 s'exprimer
posément, le sourire zen, preuve d'une grande maîtrise
de soi, d'équilibre et de grande sagesse intérieure.
Cette belle sérénité vient de voler en éclats
au cours de l'été et la brutale réalité
des caractères, des jalousies de métier et des intérêts
financiers ont pris le dessus des grandes théories.
Les deux
psys en question ont chacun publié un livre. Ça, je
vous avais prévenu, c'est bien fait. Didier Destal a sorti
Les Miroirs du loft le 12 juillet aux éditions Plon.
Marie Haddou (vous savez, c'est celle qui trouve normal qu'on soit
toujours au biberon et qu'on dorme avec sa peluche à 23 ans...)
signe dans la foulée La psy du loft raconte aux éditions
Flammarion.
Du coup,
le psy-chef est entré en guerre contre la psy-gourde. Elle
n'était là que pour la frime, elle n'est pas autorisée
à parler, elle ne s'est occupée de rien, ce n'était
pas la vraie psy. Et vas-y que ça balance !
Dans
VSD du 12 juillet, le psychiatre Samuel Lepastier est très
sévère à l'égard de ses collègues
à qui il reproche d'avoir accepté ce rôle dans
l'aventure du loft : "Depuis 1945, tout le travail des psychiatres
des hôpitaux consiste non pas à enfermer les malades
mais à les faire sortir de l'asile pour les réintégrer
dans la société. Tout psychiatre sait que l'enfermement
est une expérience traumatisante qui peut provoquer des effets
de régression."
Tu rigoles
ou quoi ? Une régression des lofteurs serait à craindre
? Moi, tu vois, je ne suis pas psychiatre, mais je suis convaincu
qu'une régression n'était pas à redouter.
Impossibilité, disons... technique. Comme dirait l'autre :
"C'est clair..."
Revenir
aux titres
T'as
pas 100 pages ? (Septembre 2001)
Un grand
éditeur de bonne réputation a
demandé au chanteur Dave s'il n'avait pas par hasard une centaine
de pages de griffonnées dans ses cartons. Le chanteur l'a pris
au mot (ne cherchez pas, il n'y a pas de jeu de mots) et voilà
qu'un livre va sortir.

Voilà
comment se fait la prospection dans le monde de l'édition.
Des auteurs envoient des textes de qualité et sont refusés.
Le grand éditeur en question a refusé mes 372 pages
pour en réclamer 100 à Dave qui n'avait pas particulièrement
de choses à dire. Mais c'est Dave.
Dis-donc,
Chantal Goya, tu n'aurais pas une liste de commissions dans tes tiroirs
? Non, parce qu'on pourrait la publier, qu'est-ce t'en penses ?
Revenir
aux titres
La
dernière blague de Philippe Sollers (Septembre
2001)

Philippe
Sollers a déploré sur France-Inter que les gens (entendez
les petites gens, c'est-à-dire autres que Lui) se lancent dans
l'écriture et polluent les éditeurs de tonnes de papiers
sans s'être auparavant assurés d'une solide culture littéraire.
"Les morts nous surveillent", menace-t-il.
Evidemment,
je ne suis pas opposé à cette nécessité
d'une culture littéraire (sans parler pour autant de "vaste
culture"), mais je ne suis pas convaincu qu'elle seule suffise
à fabriquer de bons écrivains. La culture littéraire
est une chose, l'écriture en est une autre.
On peut
posséder une "vaste culture" gastronomique, fréquenter
les meilleures tables, et se montrer incapable de cuire correctement
deux oeufs au plat.
La culture
littéraire, si elle n'est pas dépassée, voire
oubliée parfois, au moment de l'écriture, peut même
conduire à l'imitation. Bon nombre de gens cultivés
finissent par écrire "à la manière de"
et sont impuissants à donner la moindre fibre de leur propre
personnalité.
Je trouve
une différence entre l'acquisition et l'entretien d'un champ
de connaissances et la pulsion d'écrire qui exige de vous vider
de vous-même, à mettre tout de votre être sensible
et physique jusqu'à l'épuisement. Il y a quelquechose
de sexuel dans l'écriture, tout le monde le sait.
Sans
un talent personnel quasi inné, un talent d'orfèvre,
on court le risque d'être terriblement ennuyeux et de n'être
compris que par un cercle d'initiés.
Pour certains (suivez mon regard), les références culturelles
sont bien commodes : elles permettent de briller avec l'esprit des
autres.
Sans
contredire Gide qui, dans Conseils à un jeune écrivain,
réprimandait les jeunes auteurs soucieux de ne pas trop lire
pour ne pas abîmer leur style, il faut veiller à ne pas
perdre sa fraîcheur et sa spontanéité dans ce
don de soi que l'on fait à la page blanche. Il faut apprendre
aussi à délester sa culture et se laisser aller.
Si les morts nous surveillent, prenons garde qu'ils ne nous censurent
pas.
Dans
la même émission, Philippe Sollers révèle
qu'il a proposé à Jean-Marie Messier que Vivendi
Universal rachète ses manuscrits, de son vivant, au prix
atteint par Le Voyage au bout de la nuit de Céline,
c'est-à-dire 12 millions de francs !
Rien que ça ! Dis-moi, t'aurais pas les chevilles qui enflent
mon grand ? "Pour Vivendi, ce serait une goutte d'eau ; pour
moi ce serait le moyen de continuer à écrire dans un
certain luxe."
Sollers
jaloux de Céline ! Il est vrai que quelquefois, Sollers, c'est
Voyage au bout de l'ennui.
Fais
gaffe Sollers, les morts te surveillent aussi !
Et il se pourrait bien que Céline (refusé en son temps
par Gallimard si je ne m'abuse...) viennent un soir dans ton lit chatoullier
tes augustes orteils.
Si ma
petite culture littéraire ne me trompe pas, à ses débuts,
au temps de Tel Quel, Sollers était maoïste, cassait
du bourgeois et voulait révolutionner la littérature.
Il n'est pas gêné aujourd'hui de fricoter avec Messier,
symbole du capitalisme, pour lui réclamer un peu de pognon.
Je suis sûr qu'il ne déplairait pas à Sollers
que l'on gomme parfois certaines réminiscences de notre petite
culture littéraire et historique...
A moins
que cette révélation soit là sa dernière
blague de sacré farceur.
A se taper sur les cuistres.
Revenir
aux titres
Loana
écrivain !

Bingo
! Loana est écrivain ou écri-vaine, je ne sais plus
comment on doit dire.
Je vous l'avais prédit avant l'été, c'est fait.
Aujourd'hui 6 septembre 2001, la presse annonce la sortie en octobre
d'un livre écrit par Loana la lofteuse, sa vie, son oeuvre,
sa conception de la maternité sans doute aussi.
C'est
l'éditeur Jean-Jacques Pauvert, jadis connu surtout pour d'autres
références littéraires, qui a décroché
la timbale (je ne parle pas de Loana, c'est une image) pour 1 million
de francs. Loana aurait déjà écrit 180 pages
! Mais où trouve-t-elle le temps d'écrire entre ses
représentations showbiz et l'éducation qu'elle doit
maintenant sûrement donner à sa fille ? Je l'admire.
Mais 180 pages, tu sais c'est beaucoup trop. Modère-toi, chérie,
tu sais que dans le monde littéraire il n'y a que Sollers qui
peut s'autoriser plus de 1000 pages ! Aux autres, il demande d'élaguer
car ce que les autres écrivent est forcément beaucoup
moins intéressant.

Pour
revenir aux propos de Sollers sur la "vaste culture littéraire"
[lire l'article au-dessus] nécessaire avant de se permettre
d'écrire, je suppose donc que Loana répond au critère.
Comme je ne suis pas un grand éditeur, je ne m'en étais
pas rendu compte.
Là se tient l'art du découvreur de talents. Vous ne
pouvez pas comprendre, vous n'êtes pas éditeur, vous
n'êtes pas du milieu parisien, vous n'êtes pas "un
dénicheur", vous ne connaissez rien à la littérature.
Achetez les bouquins, c'est tout ce qu'on vous demande.
Dis
Sollers, toi et tes confrères, vous ne seriez pas en train
de vous foutre de notre gueule ? Et Kenza ta chouchoute que tu appelles
à l'écriture (et qui y viendra, c'est... clair !), elle
a une vaste culture littéraire aussi ?
Tiens,
à propos, c'est Céline qui disait : "Le monde
est une immense entreprise à se foutre du monde."
Revenir
aux titres
Les
aventuriers de Connes-en-tas
(Septembre
2001)

Je ne
suis pas sûr que le titre de l'émission de TF1 s'écrive
de cette façon, mais je suppose que maintenant on les superpose
(les connes).
Je n'ai
absolument rien à dire sur le sujet, n'attendez rien de moi,
je ne connais rien des éventuels Marcel, Steevy II, Jean-Audouard
ou autre Laure-Anna. Et je m'en porte très bien, merci.
Pour
être franc, il m'est quand même revenu qu'ils avaient
bouffé des vers (vivants sinon c'est pas assez merdiatique).
J'ose espérer qu'il ne s'agit pas de ceux de Rimbaud ou d'Appolinaire,
parce qu'alors là, ce serait vraiment un scandale que TF1 laisse
faire des choses pareilles !
Revenir
aux titres