“ Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.”
Patrick Lelay, Pdg de TF1, Les dirigeants face au changement, Editions du Huitième jour, septembre 2004.

Humeurs & impertinences

Mise à jour
27 octobre 2005

Lire aussi...


Chroniques 2004

 

Eve Angeli entre en littérature sur les traces de Loana !

A l'approche de la rentrée littéraire 2004, le groupe Hachette, qui ne manque jamais de détecter les talents potentiels et de promouvoir les bons auteurs, s'apprête à publier, en novembre, les débuts littéraires d'Eve Angeli, la nunuche sucrée, la fontaine lacrymale de la Ferme des célébrités de TF1.

Comment en vouloir à l'adorable simplette de profiter du système frico-médiatique et d'apporter la contribution à la régression générale qu'on lui propose si généreusement ? Elle est si gentille, si naïve et si charmante, qu'on aimerait l'avoir à la maison pour tenir compagnie au poisson rouge. Elle débattrait avec le hamster nain de sujets philosophiques à la manière d'un Paulo Coelho revisité par Jean-Claude Van Damme. Et pour la récompenser, l'abbé de la Morandais viendrait lui donner des cours du soir pour lui expliquer le sens du mot phallique.

Celle qui dans La Ferme posait des questions de cruche à des gourdes - la jolie courge ignorait ce qu'était un quartier d'orange qu'elle confondait avec un quartier de banlieue - nous parle maintenant de littérature avec la même candeur, et nous assure très sérieusement qu'elle " ne se prend pas pour Albert Camus. ", au cas où on l'aurait soupçonnée de vouloir rivaliser avec le prix Nobel de littérature sur le terrain de l'absurde. Mais, chère Eve, pourquoi se limiter davantage quand on l'est déjà autant ? Et pourquoi ne pas ambitionner la hauteur de l'œuvre d'Albert Camus ? Avec les grands éditeurs culturels que nous avons, faut pas se priver, ils n'y verront que du feu. Tiens, je te donne la première phrase : Aujourd'hui ma tortue est morte. Après tu brodes. C'est pas plus compliqué. En cas de difficulté, on demandera à Nicolas Hulot de venir te montrer à quoi ressemble une tortue.

" Ce bouquin, dit-elle, je l'écris pour tous ceux qui ont le désir de faire ce métier. Pour les prévenir des pièges terribles qui les attendent. " Et de raconter qu'elle a été victime de la guerre des médias, interdite sur TF1 et France 2, et ses chansons censurées sur les radios FM. Bref, de quoi mobiliser Reporters sans frontières et ATD Quart-Monde. Mais voilà de grands malheurs humanitaires qui nous éloignent en toute certitude des préoccupations littéraires et philosophiques d'un Albert Camus, tout en nous rapprochant beaucoup plus modestement peut-être d'une Christine Angot dans Quitter la ville.

C'est sur la Côte d'Azur que le drame littéraire se joue, plus précisément à Beaulieu où Eve met, nous dit-on,(1) la dernière main à ses mémoires que vingt-deux ans d'expérience de vie justifient pleinement. Vingt-deux ans, l'âge auquel Victor Hugo aurait promis : " Je serai Chateaubriand ou rien. "
Eve, n'écoute que ton génie, sois forte, reste motivée : tu seras Loana ou rien.


(1) Nice-Matin (groupe Hachette) lui consacre une page entière de son supplément estival du 24 juillet pour la promotion d'un livre qui n'est pas encore écrit et qui paraîtra chez City-Edition (groupe Hachette).

Haut de page


Liaison dangereuse

Dans l'émission Ça se discute du 30 juin 2004, une femme confie sa résignation à vivre seule :
"J'ai plus envie. Y'a pas que le sexe dans la vie. Heureusement que j'ai d'autres z'hobbies."
Lorsqu'on inaugurera le premier salon du lapsus, en voilà une qui sera dispensée de faire la queue.

Haut de page


Une cloche à Rome

Vendredi 4 juin 2004. Europe 1, informations de 12 h :
" Georges Bush est arrivé en Italie dans une grosse voiture blindée spécialement transportée des Etats-Unis. Il se rendra ensuite au Vatican où il rentrera par... la porte des cloches."

L'information ne dit pas si Jean-Paul lui a offert le verre de Rome du con damné. A moins que, venu vérifié qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive dans les caves du Vatican, le grand battant de la Maison Blanche se soit pris une volée.

Haut de page


L'industrie du livre tire la langue… vers le bas

Les éditions Fayard publient Aller-retour, tous frais payés, le dernier roman de Christine Arnothy.
Sur les vingt-deux lignes de texte en quatrième de couverture, on ne trouve pas moins d'une dizaine de clichés littéraires ! Une concentration d'expressions toutes faites et de lieux communs que l'on ne doit même pas rencontrer dans les plus mauvaises copies des ateliers d'écriture où pourtant "Aux premières lueurs de l'aube, les champs de blé ondulent sous les caresses d'un léger alizé pendant que carillonnent les cloches de la délicieuse petite chapelle du charmant village voisin."

Épargnons-nous le texte entier, contractons plutôt la précieuse collection :

"À la terrasse d'une pâtisserie, un veuf séduisant couvre de compliments la serveuse d'une grande beauté, une rebelle de vingt ans. Étonnée par ses déclarations véhémentes, elle garde plus que jamais ses distances. Puis le veuf fait connaissance de la mère de la serveuse, une jolie divorcée de quarante ans. Il l'invite avec sa fille à Paris, sous prétexte d'une amitié à nouer. L'approche est plus que convenable. Un amour va naître."

En vente dans toutes les gares.

Veuf séduisant : pour dire d'un veuf qu'il pourrait éventuellement encore servir. Juxtaposition maintes fois rencontrée, comme s'il était indispensable de corriger cette idée d'un veuvage qui serait nécessairement l'équivalent de vieillesse et donc de dégradation physique.
Couvrir de compliments : expression multi-usages. On peut aussi couvrir de baisers, d'injures et d'opprobre.
Grande beauté : le type même d'expression qui ne veut rien dire. La beauté, on sait à peine ce que c'est. On n'a rien dit de plus en parlant de "grande beauté".
Rebelle de vingt ans : signe extérieur de jeunesse depuis Rimbaud.
Garder ses distances : comme sur l'autoroute.
Jolie divorcée : comme "veuf séduisant". Toute divorcée se doit d'être "jolie" pour prouver à la société que c'est elle qui est partie et qu'elle n'a pas été plaquée à cause d'un vilain bouton de fièvre.
Nouer une amitié : comme on noue sa serviette ou les lacets de ses chaussures.
Plus que convenable : Coluche aurait pu le dire : "Convenable, je sais ce que c'est, c'est convenable. Mais plus que convenable, je ne sais pas, ça vient de sortir."
L'amour qui naît : (à ne pas confondre avec l'amour kiné importé de Thaïlande). Il y a des littératures qui gagneraient à accoucher sous X.

Ne jetons pas trop rapidement la pierre (cliché !) à l'auteur du roman en lui collant sur le dos (cliché !) cette négligence de style, bien qu'on puisse espérer qu'elle y a quand même jeté un coup d'œil (cliché !) avant d'en autoriser l'impression. Une occasion ratée de renvoyer le plumitif à ses chères études (cliché !). Mais on a froid dans le dos (cliché !) en pensant que ce texte a peut-être été rédigé par une direction littéraire. Barthes y chercherait vainement le grain de voix qui annonce un plaisir littéraire.

Tout est question de dosage. L'abus d'images tue le texte ou, tout au moins, noie le sens du texte. Écrire à coup de clichés et de lieux communs, c'est écrire avec la plume des autres. C'est porter en soi l'ambition d'un grand chef en se laissant aller à une cuisine de cafétéria. C'est piocher dans le patrimoine linguistique du café de la poste pour combler le vide de son inventivité. C'est Jean-Paul Gaultier qui puiserait son inspiration chez Kiabi.

Il s'agit moins ici de jouer les Cerbères (cliché !) de la langue que de sauter sur l'occasion (cliché !) pour épingler et mettre en boîte (cliché !) ces censeurs de manuscrits que sont les grands éditeurs culturels, d'habitude si exigeants avec les textes qu'ils reçoivent et, preuve est faite, si peu regardants avec ceux qu'ils publient. A croire qu'ils ne lisent ni les uns ni les autres.

L'édition soigne en principe cette quatrième de couverture. Le premier geste mécanique de tout lecteur est de retourner un livre pour la lire. Sa fonction commerciale est de séduire le futur lecteur en lui donnant un aperçu du plaisir qu'il aura à entrer dans le texte. Dans notre exemple, cette façon scolaire de s'exprimer retire toute intention qu'on aurait eue d'acheter un roman dont le sujet apparaît du coup extrêmement banal et ennuyeux comme la pluie (cliché !).

Cette rédaction (ne parlons pas ici d'écriture) est un modèle des pièges à éviter dans le traitement de la langue. Les enseignants devraient l'utiliser en échantillon de démonstration auprès de leurs élèves pour les éveiller à la vigilance dans l'acte d'écriture. Ils apprendraient à se méfier de la phrase qui vient toute seule sous la plume, qui s'invite sans crier gare (cliché !), à travailler leur texte et le travailler encore. A moins que l'ambition littéraire aujourd'hui ne soit pas plus élevée que celle de ma concierge quand elle rappelle ses locataires à l'ordre sur le tri sélectif.

Charles Dantzig définit ainsi le cliché littéraire : "Mot ou locution d'origine artistique, formant image, et qui est répété sans réfléchir." (la Guerre du cliché, les Belles Lettres, 1998). Si l'expression toute faite est à fuir comme la peste (cliché !) si l'on ne veut pas écrire comme un pied (cliché !) ou comme un cochon (cliché !), elle peut toutefois s'admettre dans certains cas. On peut fermer les yeux (cliché !) devant un cliché littéraire ou un lieu commun si le texte le justifie. On peut l'employer délibérément si l'usage abusif du lieu commun fait partie de la construction du personnage ou dans un dialogue pour être plus proche de la langue parlée, ou par volonté de décontracter le propos. On peut aussi s'amuser à tordre le cou à un cliché pour le dépoussiérer, le détourner de son sens habituel, le rendre plus original, et finalement se l'approprier.

Ouvrons la presse d'aujourd'hui :
"Le commerce tisse sa toile..."
"Budget de la ville : la sécurité se taille la part du lion."
"Les panneaux publicitaires sur les panneaux publicitaires qui fleurissent à l'entrée des villes."
Page des sports : "Le match a été mené d'un pas de sénateur."
L'abondance de clichés n'est ici pas gênante. Ce n'est pas de la littérature, c'est de la presse. Le titre doit accrocher le plus grand nombre de lecteurs, tous niveaux confondus, en les interpellant quelque part (cliché !). Plus le cliché est usé, plus il gagnera en efficacité. L'image sert ici à frapper rapidement l'attention sur le fait essentiel que l'article va développer. Si le lecteur de journal recherche une qualité d'information, des faits sérieux et vérifiés, une rédaction simple, courte et claire, il ne s'attend pas à y trouver une hauteur littéraire qui n'aurait de toute façon pas sa place dans ce contexte. Le journalisme n'est pas la littérature, c'en est même le contraire.
Mais l'usage Du cliché journalistique peut friser le ridicule (cliché !). Tel ce journaliste de télévision qui, le soir d'une élection, eut ces mots : "Les résultats devront être auscultés à la loupe." Autres bijoux du prêt-à-porter rédactionnel et du journalisme sans peine quand, neuf fois sur dix, tout article de presse, commentaire de radio ou de télévision rapportant une catastrophe, se termine par cette phrase : "L'espoir de trouver des survivants s'amenuise au fil des jours." Ce qui pourrait être le titre d'un livre sur l'avenir de la littérature !

Ce qui est supportable dans la presse l'est beaucoup moins en littérature où il semblerait que beaucoup succombent à la tentation (cliché !), cédant par facilité à une mauvaise habitude qui fait tache d'huile (cliché !). Prenons un livre sur l'étal du libraire et ouvrons-le au hasard. Quand je lis : "Du sang espagnol coule dans mes veines" (cliché !), la disparition de Nougaro me remet en mémoire ce que lui écrivait : "Est-ce l'Espagne en toi qui pousse un peu sa corne ?" Sur le traitement d'une idée assez proche, voilà la différence de style entre un simple rédacteur issu de la téléréalité (ce qui justifie aujourd'hui le mérite d'être publié chez Robert Laffont aux côtés de Jean d'Ormesson) et un auteur véritable.

En couverture du bouquin de Christine Arnothy, un sac et une valise posés au sol. C'est la littérature qui se fait la malle (cliché !).

Haut de page


Verbalisation positive

Les grandes heures de platitude, après les rentrées littéraires, c'est aux campagnes électorales qu'on les doit.
Samedi 6 mars 2004, dans son bulletin d'information de 8 heures, France Inter retransmet des échos de la campagne des régionales et notamment les meilleurs moments d'une intervention publique de Madame Cécilia Sarkozy sur le ton solennel de celle qui pèse toute l'importance des mots qui viennent, si je puis dire, de l'intérieur. Je cite :

" Ce matin, Nicolas m'a dit : Ça va, Dominique ? Je lui ai répondu : Ça va, Nicolas. "

Stupéfiant, non ?
Applaudissements enthousiastes de la foule docile en délire qui opine du benêt. Le même public qui prend nos romans de gare de marchandises pour de la littérature.
La révélation de cette précieuse confidence n'avait d'autre but que de montrer qu'elle était en complicité avec le dieu Sarko, ce qui est quand même la moindre des choses entre mari et femme. Mais chez ces gens-là, m'sieur, la moindre banalité prend une portée historique, la plus infime des niaiseries s'inscrit comme un mot d'auteur, le plus usé des jeux de mots laids présente le signe d'un trait d'esprit.

On voudrait être une mouche historienne musardant dans l'appartement des Sarkozy pour moucharder et témoigner plus tard de ces grandes heures au cours desquelles l'avenir de la France se construit.

" Tu sais, Nicolas, j'ai demandé à la femme de ménage de faire les plinthes. ? Tu as eu raison, Dominique. "

Puissant, non ?
Et on imagine toutes ces petites phrases de la France d'en haut qui pourraient plus tard tenir leur place dans un dictionnaire de citations : Il fait froid dehors - La température est plus douce aujourd'hui - C'est super, il fait soleil ! - C'est ton tour, Nicolas, de descendre la poubelle.

Derrière la force évocatrice de telles anecdotes, on sent la sensibilité de l'écrivain qui pointe. Et c'est avec de telles insignifiances qu'on finit par trouver un éditeur sans se baisser.

C'est Nougaro qui chantait : " Ce qu'il faut dire de fadaises… "

Haut de page


Amuse-Bush

Si Jésus est le philosophe préféré de Bush, celui de Rumsfeld doit être Jean-Claude Vandame.
N'a-t-il pas déclaré lors d'une conférence de presse au Pentagone le 12 février 2002 : " Il y a du connu que nous connaissons. Il a des choses que nous savons savoir. Nous savons aussi qu'il y a de l'inconnu que nous connaissons. A savoir, nous savons qu'il y a des choses que nous ne connaissons pas... "

Et réciproquement, aurait ajouté Pierre Dac.

C'est avec cette philosophie clairement obscure que l'on voit des armes de destruction massive que l'on ne voit pas, mais que l'on sait que l'on pourrait voir si le connu que l'on ne connaît pas ne se trouvait pas en terrain inconnu alors que la connaissance que nous avons des choses nous est inconnue dès lors que l'on ne sait jamais réellement ce que l'on ne sait pas puisqu'il faudrait pour le savoir une connaissance que nous ne savons pas reconnaître puisque nous ne savons pas si nous l'avons ou si nous ne l'avons pas puisque pour le savoir il faudrait en avoir une.

Lacan a trouvé son maître.

Bryant Kong, un pianiste de San Francisco, a mis en musique ces paroles qui feront bientôt l'objet d'un enregistrement. On parle aussi d'une comédie musicale. Une telle bordée de débilités a naturellement trouvé un éditeur et les œuvres de Rumsfeld paraîtront bientôt sous le titre de Poésie spontanée. Bien entendu, cela se passe aux États-Unis, ce n'est pas en France que l'industrie du livre se prêterait à une entreprise aussi stupide.

On rêve d'une émission littéraire qui réunirait sur son plateau Jean-Claude Vandame, Éric Cantona et Donald Rumsfeld. Peut-être comprendrait-on enfin quelque chose au monde dans lequel on vit. La question est simplement de savoir si nous comprenons ce que nous comprenons avec la seule compréhension que nous avons de notre capacité de compréhension et si la chose à comprendre doit son existence à cette compréhension ou si elle peut exister sans cette compréhension sachant que nous ne sommes pas sûrs de vivre dans un réel bien réel qui pourrait justifier l'existence de la chose à comprendre.

Haut de page


Turluttérature française


En couverture du bouquin, elle, Deviers, Christine, nue sous une fourrure, l'épaule en avant, offerte, telle Marianne venant de découvrir la laïcité, ou telle Évelyne Thomas en extase devant une raie publique.

Nouvelle audace littéraire (après Bardot) des éditions du Rocher qui publient " Toi masculin mon féminin ", le dernier (on croise les doigts… et les jambes !) roman érotique de Christine Deviers-Joncour.

" Devant lui je m'agenouille. Doucement, je promène mes mains. À travers le vêtement de peau d'ange, je l'effleure du bout des doigts. Sa virilité dessinée sous le velouté du tissu m'excite davantage. J'approche doucement mes lèvres. Il ne bouge pas, la tête jetée en arrière, à fleur de peau, il attend. Son souffle est court. Je sens perler son désir que je cueille du bout de la langue. […] "

Bref, elle lui fait une pipe, au mec, et s'en fout partout. Le genre de phrase sulfureuse qui vous fait passer de droit chez Ardisson, le samedi soir, pour la promo [Tout le monde en parle, France 2].

En la travaillant un peu au corps, la Christine, vous saurez tout sur le zizi. La longueur, l'épaisseur, la vitesse de rotation. Bien sûr, " l'auteur " marquera comme toujours une légère réprobation. Elle fera mine de ne pas comprendre pourquoi on n'extrait que ces lignes pour parler de son chef-d'œuvre. Alors que ces lignes sont parfaitement intentionnelles, un peu comme on vend un mauvais film avec une bande-annonce aguicheuse. La preuve : c'est justement le passage qui a été choisi par l'éditeur pour la quatrième de couverture ! Le tout dans une langue bien trempée (voir plus haut pour les détails) qui vous fait connaître immédiatement la gloire médiatique.

Le lecteur-acheteur abusé se demandera (c'est le but) si l'énigmatique organe n'appartiendrait pas par hasard à un ancien ministre. Mais non ! Qu'allez-vous chercher là ? À chaque fois, Christine entretient le doute aussi bien qu'une érection.

Questionnée sur son passé judiciaire comme à chacune de ses apparitions (on a le curriculum vitae littéraire que l'on peut), elle ne comprend toujours pas qu'il soit répréhensible qu'un dirigeant de société pique dans la caisse pour se payer des vacances. Elle s'en offusque. Après tout, c'est son argent. Ardisson lui explique de nouveau ce qu'est un abus de bien social. Elle se rajuste les cervicales pour y trouver une idée opposable qui doit déjà glisser le long du dos. Finalement elle s'ébroue, genre " passons à autre chose ", et paraît gênée de contredire son hôte. Nul doute, pour elle, ça reste une hérésie. Ce qui démontre que le code pénal n'est pas sexuellement transmissible.

Alors qu'on ne s'étonne pas, nous prévient-elle, " que les cerveaux quittent notre pays. " Stupeur et tremblements. On imagine la ménagère de moins de cinquante ans regardant l'émission, cramponnée à son canapé, terrifiée à l'idée que Christine pourrait fuir l'intelligentsia parisienne pour aller offrir son immense talent littéraire à l'étranger. Les plus optimistes y auront sans doute vu l'heureuse menace d'un départ.

Quitter la France ? Mais pour aller où ? À Taïwan, où elle ne serait qu'une vedette ? Non Christine, laisse ton cerveau en France, dans ce magnifique pays où les belles cervelles se ressemblent, se rencontrent et s'entraident ; un pays magnifique où des cerveaux du même poids que le tien font de toi une vraie star de l'écriture. Un pays où de fins éditeurs, sur la masse de manuscrits qu'ils refusent toutes les semaines, ont tout de suite vu que ton sujet n'avait jamais été traité et que ton style sentait bon la nostalgie du cliché littéraire pourchassé dans toutes les narrations des classes de sixième. Citons :
Les enivrantes effluves des parfums : Dieu que la banalité est belle ! Deux clichés pour le prix d'un !
(Avec une faute d'orthographe à " enivrantes " que les correcteurs des Éditions du Rocher écrivent avec
deux n !)
Je promène mes mains… : et marcher, c'est promener ses jambes ?
Son souffle est court : le souffle littéraire aussi.
Je sens perler son désir : comme si elle gobait une huître…

Et la direction littéraire qui en remet une couche en quatrième de couverture pour encenser le style du grand écrivain : Une écriture d'une sensualité à fleur de peau. Le cliché étant usé, éculé, il doit s'agir probablement d'une vieille peau.

On se souvient des déclarations de Jean-Paul Bertrand, patron des Éditions du Rocher (si c'est toujours lui), dans une interview qu'il donnait à Jacques Chancel (Voir mon article : Le Rocher sous la vague).
Las d'être envahi de manuscrits jugés par lui sans valeur, il s'apprêtait à écrire un livre qui expliquerait à la France littéraire d'en bas comment il faut écrire. Des conseils qu'il ferait bien de réserver aux illettrés de son propre catalogue.

NB : Christine vient également d'enregistrer un album musical, ce qui doit ravir les jeunes talents que les maisons de disques refusent sans écouter ce qu'ils proposent. À quand un film et un rôle au théâtre ?

Haut de page


Petite gorgée d'amertume

Dans une interview accordée à Jacques Gantié (Nice-Matin du 15 février 2004), l'écrivain Philippe Delerm qui publie " Enregistrements pirates " aux Éditions du Rocher, doit répondre à une question embarrassante:

" Au Rocher, que faites-vous à côté de B.B. ou Christine Deviers-Joncour ? lui demande le journaliste.
- Ça m'ennuie tous ces bouquins, certains sont pathétiques, mais je n'en fais pas un scandale. D'ailleurs, je ne suis directeur d'aucune collection et ne fais partie d'aucun jury."

Réponse pleine de réserve et de gentillesse pour se démarquer pudiquement des choix d'un éditeur auquel il reste historiquement attaché : " Sans lui, je n'aurais pas existé. Je lui reste fidèle. " Loyal.

Il n'en demeure pas moins que ces productions l'ennuient, qu'il les juge pathétiques et qu'il s'empresse de dégager toute responsabilité, de près ou de loin, dans les derniers égarements de sa maison d'édition. Une critique à petite gorgée qui a quand même un goût d'amertume.

Haut de page


Octobre noir

Octobre 2003.
L'été caniculaire a tué des milliers de vieilles personnes.
On accuse pêle-mêle l'indifférence, l'incapacité, l'irresponsabilité, l'imprévoyance, la météo.
Un type a dit à la télé que, de toute façon, elles seraient mortes tôt ou tard parce qu'elles étaient vieilles.
Plusieurs observateurs y voient le signe d'une société qui abandonne ses vieux parce qu'ils sont devenus improductifs et encombrants.
Certaines familles n'ont toujours pas réclamé les corps.
On discute toujours de la couleur du tricot Lacoste du ministre de la santé.
Sur FR3, la femme du président, qui au moment de l'hécatombe était en vacances au Canada, vient nous expliquer que nous sommes tous responsables. Nous sommes tous coupables. À ses côtés, sur le plateau de l'émission " Au nom des autres " animée par Évelyne Thomas, un amuseur-imitateur se dresse en moraliste et confirme que oui, nous sommes tous responsables. Responsables et coupables.

Tony Blair a été hospitalisé à la suite d'un léger malaise cardiaque.
Yasser Arafat souffre d'un calcul biliaire. La presse revient sur son opération du cerveau.
Un célèbre cancérologue est mort du cancer.
La France débat sur l'euthanasie.
TF1 nous dit tout sur les soins palliatifs.
Le saumon serait toxique et donnerait le cancer.
On assiste au retour de vieilles maladies qu'on croyait éradiquées.
Dans la région parisienne, on signale un cas de diphtérie, le premier depuis quinze ans.
Bush va bien. Il lance une campagne pour interdire les relations sexuelles avant le mariage.
Le terrorisme biologique menace.
Les experts se préparent à un retour du SRAS. Les autorités françaises planchent sur trois scénarios de sa réapparition.

Les Européens sont de plus en plus stressés au travail. Maux de dos, de tête, de poitrine, palpitations, troubles du sommeil et de la digestion, irritabilité, nervosité, abattement.
Des usines ferment. Le nombre de licenciements est en augmentation.
Le patronat dit que les Français sont paresseux, ils ne veulent pas travailler.

Nous sommes responsables du déficit de la sécurité sociale.
Nous allons trop souvent chez le médecin.
Nous consommons trop de médicaments.
Mais la radio diffuse tous les jours les messages d'une campagne publicitaire de l'industrie pharmaceutique.
Ces messages nous conjurent de surveiller notre taux de cholestérol.
Notre tension aussi, il faut la contrôler.
On nous engage à une hygiène de vie qui prévienne les maladies cardio-vasculaires.
On insiste : fumer tue.
On nous exhorte à contrôler notre diabète.
Et tous ces messages se terminent par : " N'hésitez pas à consultez votre médecin ! "

La malbouffe menace nos enfants d'obésité.
Le Bureau de Vérification de la Publicité énonce quelques recommandations.
Les industriels et les publicitaires se décident à faire un effort en corrigeant la mise en scène commerciale des produits mis en accusation. À la télé, on verra toujours des gosses bouffer les mêmes merdes, mais on les verra maintenant se rendre malades " dans le cadre d'une activité physique. "

On nous éduque au tri sélectif de nos déchets ménagers. Le volume des emballages est trop important par rapport à nos épluchures. Nous sommes coupables de mal acheter. C'est de notre faute si nous ne savons pas choisir d'autres produits que ceux que l'industrie nous vend.

On dit que Diana a été assassinée.
Toutes les chaînes de télé diffusent des documents pour accréditer la version du complot.
Les librairies dégueulent de bouquins à l'appui de cette thèse.
On dit aussi que le vice-président Johnson est le commanditaire de l'assassinat de Kennedy.
Un film télé nous explique que Dominici n'a pas tué, il aurait été victime d'un complot.

La télé nous inonde d'images du pape en voyage. Il fait peine à voir. On dirait un candidat de Kholanta au bout du rouleau, gélatiné par la fatigue. Le vieil homme tremble de partout. Son visage a le teint d'un embaumé vivant.

L'industrie du disque a sorti des chansons inédites de Jacques Brel. Il les avait jugées insuffisamment travaillées pour être livrées au public. Maintenant qu'il est dans la tombe, on peut faire ce qu'on veut. L'une d'elle passe en boucle à la radio. Elle dit que l'amour est mort. À la fin, même le vieillard de Rome aurait envie de se suicider.

Le monde est devenu un enfer paranoïaque et hypocondriaque. La théorie du complot fait vendre des images et du papier, le catastrophisme est devenu un produit de grande consommation. Alors, dans cette atmosphère sombre et morbide, culpabilisé, le moral mis en berne, j'ai cauchemardé : Sulitzer entrait à l'Académie française, Christine Deviers-Joncour était élue Marianne de l'année, Obispo préparait un nouvel album et Alain Madelin avait été élu président de la République.

Et dans cette ambiance dépressive, le premier ministre de la France déclare : " Il n'y aura pas de reprise économique si les Français ne retrouvent pas le moral. "
En voilà au moins un qui nous donne envie de sourire…

Haut de page


Le Rocher sous la vague

Les éditions du Rocher qui ont publié la dernière diatribe diarrhéique de Brigitte Bardot, traînent Marc-Olivier Fogiel et Stéphane Bern devant les tribunaux en leur réclamant 600 000 euros de dommages et intérêts.

Non seulement l'ignoble prose ne s'est pas bien vendue (ouf !), mais l'éditeur prétend que le dénigrement du livre de la tarte tropézienne a eu un impact désastreux sur l'ensemble des ventes de sa production.

Belle façon pour des prétendants à la contribution culturelle de respecter les opinions démocratiquement contradictoires et de soutenir la liberté de la presse en lui collant sur le dos sa faillite éditoriale. Que les coups portés au livre de Bardot eussent mérité une réponse, rien d'aussi légitime. Que la sanction de l'attaque soit remise entre les mains de la justice, le moyen de défense n'est pas honorable. On peut penser ce que l'on veut du style de chacun des deux journalistes-animateurs, on peut toujours débattre sur leurs avis, mais ils ont en l'occurrence fait leur boulot comme ils l'entendaient, comme d'autres de leurs confrères de la presse écrite.

Lorsqu'un livre se vend bien, les éditeurs sont parfois tentés de pondérer l'impact des critiques et des promotions télé, le mérite majeur en revenant, selon eux, à leur choix judicieux des auteurs et des œuvres qui font la notoriété et la gloire de leur catalogue. Mon cul, comme dirait Jean d'Ormesson (cf. C'était bien, page 230, éditions Gallimard, 2003).

Quand on fréquente les librairies et qu'on observe le lecteur qui butine sur les rayons, on voit bien que le choix ne se porte plus sur la notoriété d'un label, exception faite peut-être de Gallimard qui bénéficie encore du crédit d'une vieille maison assise sur une notoriété d'auteurs pourtant refusés en leur temps (Proust, Céline). On n'achète pas un " Albin Michel " ou un " Grasset " comme on achète encore un " Gallimard ". De même qu'on ne va pas au cinéma pour voir un film de la Gaumont ou de Pathé. De même qu'on n'achète pas un disque parce qu'il est produit par Sony Music.

La seule réticence à l'achat d'un livre reste encore l'auto-édition qui laisse penser aux lecteurs qu'un texte n'est pas bon puisqu'il n'a pas trouvé d'éditeur " officiel ". Une sorte de brevet d'écrivain qui n'aurait pas été obtenu, un casting littéraire qu'on aurait raté à cause d'une fausse note. Alors que les mêmes iront au cinéma voir un Besson ou un Almodovar, tous deux cinéastes autoproduits !

Une mauvaise publicité faite au livre de BB ne peut donc avoir de conséquences sur les autres productions des éditions du Rocher. Tout simplement parce que le lecteur lambda se fiche éperdument des éditions du Rocher. Les divagations nauséabondes de l'ancienne actrice ne l'empêcheront pas d'acheter, s'il en a le courage, le dernier ouvrage de Marc-Édouard Nabe.

Les éditions du Rocher, alors qu'elles refusent tant d'autres manuscrits, n'ont publié la bile de BB (que beaucoup d'autres éditeurs ont refusée, rappelons-le), au dessein évident de se faire du pognon facile sur le nom de l'auteur et en espérant naïvement des retombées sur l'ensemble de sa production. Alors qu'un comité de lecture qui avantage le bénéfice marchand au détriment de la tenue littéraire soit à l'origine d'une branlée financière (puisqu'on nous assure que tous les manuscrits sont " appréciés " par les comités de lecture), on ne peut que s'en réjouir.

Il y a environ trois ans, Jean-Paul Bertrand, patron des éditions du Rocher, donnait sur France Inter une interview à Jacques Chancel. Après avoir dit qu'il n'aurait jamais accepté de publier Loana (il aurait dû, à intérêt littéraire égal, le fond était plus attachant !), il annonçait qu'il était en train d'écrire un livre pour expliquer aux gens du bas peuple littéraire comment il fallait écrire, se plaignant que les nombreux manuscrits qu'il recevait n'étaient pas " écrits ". Le livre de BB l'était-il ?

Quand l'évangile selon Jean-Paul sortira en librairie (Aurait-il du mal à trouver un éditeur ?), Madame Bardot y apprendra, on l'espère, les vertus humanistes préliminaires à toute entreprise d'écriture. Toutes vertus qui auront pour premier effet salutaire de réfréner ses ardeurs à rajouter inutilement du papier au papier.

Haut de page


Clitolittéraire ou vaginoplumitive ?

Si vous abordez une prostituée sur un trottoir, faites-le désormais avec d'infinis égards. Grâce en effet à nos "grands éditeurs culturels ", c'est peut-être une " grande écrivaine " que vous allez déranger dans sa méditation solitaire. Approchez-vous d'elle, et plutôt que de lui demander brutalement à combien elle fait la pipe, demandez-lui à quelle école littéraire elle appartient, si elle est clitolittéraire ou vaginoplumitive.

Il ne s'agit pas ici de négliger les souffrances de ces jeunes femmes et d'être insensible et indifférent devant les multiples raisons familiales ou sociales qui les ont conduites vers la prostitution. Toutes les souffrances sont respectables, toutes les expériences sont à raconter, pour peu qu'on y ajoute un talent d'écriture, ce qui est en l'occurrence très rarement le cas. Mais de là à ce que nos grands éditeurs culturels les chassent pour en faire de " grands écrivains ", il y a quand même une passe à ne pas franchir.

Après journaliste (pour la promo et le renvoi d'ascenseur) et professeur de lettres (comme si un moniteur d'auto-école était potentiellement et nécessairement un pilote de Formule 1), la prostitution est le métier le plus convoité par nos grands éditeurs dans leurs choix éditoriaux. On ne sait pas comment les premiers doivent le prendre.

Autrefois, l'entregent d'un auteur aidait à la publication de son manuscrit. L'entrejambe s'avère aujourd'hui bien plus efficace.

Mais qu'on ne s'y méprenne pas. On rencontre parfois plus de bites et de couilles dans les écrits d'un prof de littérature que dans ceux d'une prostituée. C'est qu'à ce prix-là, vous comprenez, il y a surenchère.


La désormais célèbre Patricia, qui a dénoncé ce qui reste juridiquement d'hypothétiques soirées sados-masos toulousaines, vient de recevoir une avance d'éditeur de 15 000 euros. Bientôt on fabriquera de toutes pièces de copieux scandales dans le seul but d'alimenter les éditeurs.

Dans une catégorie socioprofessionnelle voisine, on trouve la porno-star et la strip-teaseuse, très choyées elles aussi par les grands éditeurs culturels. Dernière " écri-veine " en date, Fily Houtteman, pour son livre "Profession strip-teaseuse, les dessous d'un métier ", et dont le texte en quatrième de couverture est un régal de langue de bois et de rhétorique en dentelles. Je cite : " Pour beaucoup, elle reste l'effeuilleuse insolente qui brisa un conte de fée monégasque. " En termes plus rustiques, c'est la bimbo night-clubarde qui s'est fait surprendre (?) par les paparazzis alors qu'elle faisait une pipe à Ducruet dont le slip était en principe ôté.

Allez mesdemoiselles ! Toutes à vos Mac et taillez bien vos plumes !

Haut de page


Hillary Potter ou Harry Clinton ?

Les deux bouquins sont sortis pratiquement en même temps, un peu avant l'été, sous un appui marketing aux techniques similaires et la pose d'immenses présentoirs publicitaires pour annoncer l'événement en vente dans les librairies. Au point qu'on ne savait plus si c'était Hillary qui dépotait ou Harry qui clintait.

Hillary a participé à une grande tournée européenne pour la sortie de son œuvre, Mon histoire, donnant des centaines d'interviews qui ne portaient chacune que sur les quelques lignes consacrées aux états de cœur de la femme trompée. Faut-il que ça en rapporte des dollars pour oser poursuivre l'étalement sur la place publique de ces revers conjugaux qui, malgré le contexte politico-présidentiel, auraient dû rester par la suite dans la sphère privée. Hillary n'a plus à se faire de bile pour financer ses prochaines campagnes électorales.

On attend maintenant que son Bill de (ex ?) mari nous raconte ses frasques éjaculatoires dans sa backroom ovalisée de la Maison Blanche. Un ouvrage en préparation qui lui a déjà rapporté une avance d'éditeur de près de 11 millions d'euros (environ 70 millions de francs) en 2001. Faudrait voir à ne pas rester à ne rien branler et à se mettre sérieusement au boulot, mon Bill !

Encore un effet regrettable de la mondialisation : dès qu'on est cocue dans le centre ville de Washington, tous les détails sont connus jusqu'à la plus petite impasse d'une cité de Sarcelles. L'objectif de l'opération " littéraire " était donc de rebondir politiquement sur une fellation mondialisée, sur l'échec de K2R impuissant à venir à bout d'un tache inopportune, et de démontrer le courage et la dignité de cette femme, capable de garder la tête haute devant une telle humiliation. Ainsi se construit une stature de femme d'Etat.

Au point qu'au nom de cette remarquable dignité affichée, Madame Bernadette Chirac promette à sa copine Hillary un destin de première présidente des États-Unis. Un enthousiasme à modérer cependant car, devant une situation conjugale identique, on pourrait trouver la même dignité chez une caissière de Carrefour sans qu'il vienne pour autant à l'idée de Madame Chirac de lui promettre la présidence de la Banque de France.

Que voulez-vous, il y a aussi les adultères d'en haut et les adultères d'en bas. Et les récompenses, selon que la victime vient du haut ou du bas, n'ont pas le même prix.


Harry passe à la caisse
Nous n'avons pas appris grand-chose sur le contenu du dernier Harry Potter. Peu nous importe puisque c'est devenu avec le temps un pur objet de consommation. Tout ce que l'on sait d'un livre aujourd'hui, c'est le nombre d'exemplaires vendus. On attend le record, on guette la performance, on piste la prouesse. On ne nous parle plus d'un vrai livre avec un texte, un contenu, un ton, un style, un grain de voix.

Imaginez qu'on vous parle de la nouvelle carte d'un grand chef de la cuisine française en ne vous disant rien d'autre que le nombre de couverts qu'il sert à midi et le soir !


Le sorcier Marketosch frappe à minuit
La sortie du dernier Potter a été bien orchestrée. Avec, comme l'habitude s'installe, mise en vente en librairie à minuit, heure symbolique, et queue monstre probablement organisée grâce au concours de figurants. (Remarquez au passage l'indécence qu'il y aurait eue à organiser une queue pour la sortie du livre d'Hillary…)

Une mise en scène qui rappelait la sortie du dernier album de Michaël Jackson, à minuit, chez Virgin, sur les Champs-Élysées, et associé à cette merveilleuse idée attrape-couillons qui a consisté à vendre le même produit sous des jaquettes de couleurs différentes ! Couillonnade qui a bien fonctionné car nombreux sont les imbéciles qui se sont précipités pour acheter autant d'albums qu'il y avait de couleurs, et tout ça pour le même enregistrement !


L'école du sorcier Marketosch et le complot du doudou
Dès les premiers jours, Harry Potter, dans son édition originale en anglais, s'est arraché à plusieurs millions d'exemplaires. Dans les pays (dont la France) où il ne sera distribué que plus tard traduit dans la langue, les ventes sur Internet se sont multipliées pour obtenir la version originale.

Nous avons tous dans notre entourage des enfants de la tranche d'âge à laquelle s'adresse Harry Potter. Entre nous, les jugez-vous capables de se payer la lecture d'un pavé de 900 pages ? Et de surcroît, en anglais ? Preuve que, sans nier pour autant le talent de son auteur, le livre est devenu un objet de consommation lancé sur le marché comme un petit-déjeuner aux céréales ou une dernière version de Nitendo. Un objet qu'il faut absolument posséder, le premier, avant tout le monde, pour le seul plaisir de le posséder, de pouvoir s'en vanter dans les conversations de table, sans la moindre intention de le lire.

C'est un phénomène de comportement à mettre en parallèle avec ce que l'on peut observer en flânant au rayon librairie des grands magasins : des gamins de 5 ans réclament à leurs parents l'achat du best-seller, bien empilé en évidence devant leurs yeux et à leur hauteur (comme on le fait pour les bonbons en gondoles de caisses). La maman achètera parce que deux mamans sur trois achètent le produit demandé par leurs enfants.

Un bon esprit naïf n'y verrait rien à redire, consolé par l'idée que cette tentation ne pourra qu'inciter l'enfant à lire pour son plus grand bien. Sauf que le sorcier Marketosch a plus d'un tour dans son chaudron et qu'il est en train insidieusement de lui fabriquer des quantités de doudous qui le transformeront vite en bon consommateur bien gentil et bien discipliné.

61 millions d'euros sont investis chaque année pour cibler les 6-12 ans. Selon les spécialistes, c'est là le dernier marché à conquérir. Exposé à 72 publicités par jour et à 26.000 messages par an, un enfant de 3 ans est en mesure de reconnaître le logo de la plupart des grandes marques. Comme dit un publicitaire [Culture Pub du 7/09/2003], " Il faut lui apprendre à construire son portefeuille de marques. " (sic) …pour qu'il entre, dit un autre, " dans le monde merveilleux de la consommation. "

Mais tous les enfants ne sont pas dupes. Parfois, l'éducation des parents ou l'école peuvent développer chez certains d'entre eux un esprit critique en éveil précoce. Témoin ce garçon d'une dizaine d'années à qui l'on donnera le mot de la fin : " Tout ça, ça pousse à la société de consommation. "
Bien vu mon gamin !

Haut de page


Messier est servi !

Sous la présidence d’André Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux, le jury du prix Iznogoud récompense chaque année, je cite : « une personnalité d’une grande notoriété qui a tenté de devenir calife à la place du calife, s’est vantée et a échoué dans son entreprise ».

Le choix du jury, notamment composé de Roselyne Bachelot et du dessinateur d’Iznogoud Jean Tabary, s’est porté cette année sur… Jean-Marie Messier pour l’ensemble de son œuvre universelle.

Ayons une pensée pour tous les employés du groupe Vivendi qui ont dû se réjouir à l’annonce de cette petite récompense bien méritée, eux à qui on aura refusé une augmentation de 10 euros par mois (ça existe) au prétexte que leurs prétentions risquaient de mettre en péril la bonne santé de l’entreprise ; alors que peu de temps avant une éviction prévisible, leur patron s’octroyait une augmentation de salaire de 128 % sur la base d’une rémunération qu’il serait indécent de rappeler ici par ces temps de grosse chaleur…

Dans la France d’en bas, on connaît peu de commerciaux à qui on proposerait une augmentation de salaire de 128 % au regard d’une chute de 77 % de leur portefeuille. C’est pourtant dans ces proportions-là que la France d’en haut se gratifie.

Comme l’ancien patron d’Air Lib qui, à peine nommé président pour redresser une entreprise en difficulté, s’est octroyé une « prime de bienvenue » de 800 000 euros ! C’est ce qui s’appelle voler de ses propres zèles.

Comme l’ancien patron d’Elf qui, venant à peine de signer sa lettre de démission, court s’acheter l’après-midi même pour 80 000 F de mobilier de jardin avec la carte bleue de l’entreprise qu’il avait « oublié » de rendre. Il dira au juge que c’était une « inadvertance » de sa part, que c’était une habitude et qu’il n’avait pas encore pris conscience qu’il n’appartenait plus à l’entreprise. Une entreprise où l’on doit encore trouver un sous-califougasse qui rationne les gommes et les crayons au petit personnel pour maîtriser ses frais de gestion. Non, mais !

Ayons également une pensée pour toutes les têtes de collaborateurs compétents que le califounet Messier a dû couper pour atteindre la puissance convoitée. C’est que tout patron qui veut se donner rapidement et artificiellement de l’envergure doit nécessairement tuer des gens sur son passage, des hommes et des femmes plus compétents que lui, plus loyaux, plus intègres, pour arriver à imposer un jour sa propre expérience de l’incompétence. Le principe de Peter exige quelques sacrifices.

Hélas, le sort s’acharne sur califournouille. Le tribunal de grande instance de Paris vient de mettre sous séquestre l’indemnité de départ de 20,6 millions d’euros qu’un tribunal artibral américain lui avait récemment accordé. Tout le monde compatira à cette petite misère financière car chacun sait l’importance d’avoir un petit pécule devant soi quand on s’apprête à passer l’été au camping de la plage avec sa petite famille.

Et voici que l’APPAC, association de défense des actionnaires, porte plainte contre X pour abus de bien social concernant les salaires de 2002 et les indemnités de départ de Vivendi Universal du califourchon. Un montant exagéré de la partie variable de la rémunération d’un patron, au regard du résultat négatif de sa société, constituerait un abus de bien social. En 2002 en effet, pour six mois de travail à la tête de VU, Messier aurait touché 5,6 millions d’euros tandis que le groupe affichait sur l’ensemble de l’année une perte historique de 23,3 milliards d’euros.

Mais les petits malheurs du califourchette ne s’arrêtent pas là. Outre l’ouverture d’une enquête judiciaire contre X pour « publication de faux bilans » et « diffusion d’informations fausses ou trompeuses » au marché, voici qu’un de ses anciens collaborateurs, le député UMP Alain Marsaud, prend la tête d’une mission d’information de l’Assemblée nationale sur les rémunérations excessives de grands patrons du CAC 40.

Voilà ce qui arrive, cher Iznogoud, quand on s’amuse à donner un coup de calife dans le contrat.

Haut de page


L'école des flans

Comme les écoles supérieures de commerce d'où nous viennent la plupart de nos inaptes au management, voici que s'ouvrent un peu partout en France des écoles préparatoires aux émissions de la télé-réalité.

Comme quoi, pour ne savoir rien faire, il faut suivre des études.

Les candidats sont de plus en plus nombreux à vouloir participer à la Star Academy, Popstars ou A la recherche de la nouvelle star. TF1 aurait reçu 120 000 candidatures pour la prochaine saison de la Star Ac'. Seulement 495 ont été retenues, sur lesquelles entre 15 et 40 seront sélectionnées.

Le problème existentiel qui se pose désormais à ces post-adolescents est celui d'un choix crucial entre passer un CAP de coiffure ou être star.

Cet engouement a donné l'idée à quelques malins d'exploiter une fois de plus la connerie humaine, ce qui est le propre de la plupart des commerces, en créant des sortes de boîtes à Bac d'où sortiront les clones de Jean-Pascal, Félicien et autre Lesly. L'ignorance, ça s'apprend. L'inculture, ça se cultive.

Tous les sinistrés des karaokés de camping, nourris aux merguez, la voix éclaircie au Pastis, les rescapés de la fête de la bière, les Obispo du vendredi soir et les Jenifer des goûters du samedi après-midi chez la copine, ont enfin trouvé leur système d'éducation.

À Paris, le Studio France propose 10 mois de cours pour 3 750 euros. " Les gens de province sont déringardisés" dit sa directrice en frôlant de près les lois antiracistes. Encore une démantubilée du citron qui doit peser lourd en imbécillité pour sortir une phrase pareille. Au conservatoire de Sarcelles, un ancien élève de la Star Ac' a ouvert un cours. Histoire d'apprendre aux autres ce qu'il n'a pas réussi à faire. À Orléans, l'école Show biz propose une formation aux 6-12 ans pour 1 200 euros par an et 8 heures de cours par semaine. Le filon est bon, ce n'est pas la clientèle qui manque, il y a aujourd'hui tellement de mini-stars que Carrefour aura du mal dans quelques années à trouver des caissières. Les parents payent, d'ailleurs ce sont eux qui poussent leurs rejetons à devenir des stars. Ils rêvent de voir leur progéniture passer à la télé. Bientôt, il y aura tellement de monde qui passera à la télé qu'il n'y aura plus personne pour la regarder. Peut-être faut-il y voir là une forme d'assainissement des esprits par l'absurde. C'est vrai que si tout le monde était en taule, il y aurait moins d'insécurité dans la rue.

Au point où nous en sommes, on pourrait même imaginer d'implanter dans toutes les villes de France une "Star-gardery" où l'on apprendrait aux bambins à jouer avec leurs excréments. On ne sait jamais, s'ils échouent dans la chanson, ils pourront toujours devenir écrivains et trouver plus facilement un grand éditeur culturel.

Et quand toutes ces stars auront enfin disparu, on pourra enfin avoir des rues propres.

Haut de page


Star Archeology

Quel sort réserverait-on aujourd’hui à Édith Piaf si elle se présentait devant un jury de la Star Academy, de Popstars ou d’A la recherche de la nouvelle star ?

On entend d’ici les remarques dédaigneuses de professeurs incapables d’avoir mis en pratique pour eux-mêmes les leçons qu’ils donnent aux autres :

Trop raide.
Trop figée.
Vous n’avez que cette robe noire à vous mettre sur le dos ?
Vous avez vu comme vous êtes fringuée ?
Votre couturier, c’est Tati ?
Les mains plaquées sur vos hanches, ça ne va pas du tout. Vous devriez bouger un peu plus.
Vous savez danser ? Montrez voir…
C’est pas mal votre chanson, comment appelez-vous ça ? Ah oui, l’hymne à l’amour.
Faudra changer ce titre un peu ringard sinon le public ne retiendra pas.
Mais pourquoi dites-vous
"Je me fous de mon dentier ?" Faudra apprendre à articuler.
Vous pensez pas que c’est légèrement pathos votre histoire ?
Sourire, vous savez ce que c’est, sourire ?
Vous criez toujours comme ça ?
Vous avez besoin de grandir.
On sent quand même en vous qu’il y a de la générosité, c’est certain, mais vous n’êtes pas parvenue à me transmettre votre émotion.
Épatez-moi, faites-moi bander, vous voyez ce que je veux dire ?

Et on conseillerait à la môme Piaf de faire du footing tous les matins et de se mettre à la musculation. Piaf ne serait sûrement pas retenue. Pas mode. Pas vendable. On dirait que ce n’est pas un bon produit.

Je pense à Édith Piaf au moment où l’on vient d’exhumer les matrices de six chansons inédites datant des années 40 et qui dormaient dans les archives de la Bibliothèque Nationale de France en attendant leur enlèvement par un ferrailleur.

Pourvu qu’on ne retrouve rien de Mike Brant…

Haut de page


Et Dieu créa l'infâme


Inutile de revenir ici sur le contenu du dernier (on espère que ce sera le dernier) livre de Brigitte Bardot (1). Quand dans le précédent elle écrivait qu'elle aurait préféré mettre au monde un chien plutôt que son fils, on ne pouvait guère s'attendre à une élévation de pensée et une amélioration du style dans un nouveau bouquin qu'on feuillette au hasard avec la même curiosité intellectuelle qui nous anime quand on jette un coup d'œil sur un dépliant publicitaire qu'un fabricant de pizzas nous a glissé dans la boîte aux lettres.

Marc-Olivier Fogiel (" On ne peut pas plaire à tout le monde " - FR3, 12 mai 2003) a été critiqué pour avoir entraîné l'actrice, contre son gré, à parler de son livre en deuxième partie d'émission. On peut cependant juger qu'il a fait son boulot car la sortie du bouquin concomitante avec la diffusion de l'émission n'était sûrement pas innocente. L'éditeur aurait bien voulu profiter de l'impact de l'émission pour faire monter les ventes dès le lendemain, mais il n'était pas question (prudence !) de discuter du fond en prenant le risque de perdre des clients au passage. Difficile dans ces conditions de reprocher à l'animateur de l'émission dans laquelle on se présente d'entrer dans ce jeu-là et de passer cet " événement " plus marketing que littéraire sous silence.

Mais la vérité est peut-être ailleurs. Cette vérité, c'est que Brigitte Bardot ne souhaitait pas parler de son livre en dehors du cadre d'une émission littéraire. Hélas, il ne suffit pas d'élever des chats pour être un écrivain. Et de toute façon, les émissions littéraires " vendent " moins bien que ces émissions " people " dites culturelles.

Si Madame Bardot a été publiée, ce n'est pas pour ses dons littéraires, ce n'est pas pour la haute volée de ses réflexions, mais tout simplement parce que son nom suffit à vendre du papier. Exactement pour la même raison qu'on publie la prose lénifiante niveau CM2 d'une égarée du Loft.

Elle dit : " Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas. " Slogan déjà entendu, on sait d'où il vient.
On lui laisserait volontiers croire qu'il s'agit bien là de ce que le peuple pense tout bas si cela pouvait la dissuader de l'écrire.

Elle dit : " J'ai le droit de m'exprimer. On est en démocratie. " Certes. Il ne viendrait à l'esprit d'aucun démocrate de lui contester ce droit. Même si ce droit d'expression qu'elle revendique pour elle-même aujourd'hui était demain contesté aux autres si ses amis politiques arrivaient au pouvoir.

Tout y passe pêle-mêle et rien ne trouve grâce à ses yeux. L'architecture, la peinture, la danse, le théâtre, la littérature, les enseignants (ils portent des baskets et ont les cheveux sales), les Arabes et même les Français (tous gras et moches). Un magma d'idées préconçues, une misanthropie stupide, agressive. Le genre de propos que pourrait tenir ma concierge quand elle sort les poubelles.

Vomir n'est pas écrire. Ou si vomir c'est aussi écrire, il faudra faire des efforts.

Si on est effrayé par la misère culturelle ce qu'on lit, on ne peut s'empêcher d'éprouver malgré tout un peu de compassion pour une femme qui vit recluse dans sa propriété tropézienne et qui ne connaît plus du monde que ce qu'elle voit à la télévision (elle l'avoue). On songe alors à tous les êtres isolés comme elle qui ont abandonné tout sens critique devant la force de l'image. On pense à toutes les télé-victimes rongées par la haine, abusées par l'effet de loupe de la télévision, à toutes ces hargnes militantes qui nous promettent d'autres 20 avril. Il y a bien longtemps que " la fenêtre ouverte sur le monde " intoxique plus qu'elle ne cultive. Ne regarder le monde qu'en se penchant à cette fenêtre équivaut à une tentative de suicide.


Le psychiatre interrogé a dit qu'elle s'était probablement identifiée à la souffrance des animaux qu'elle protège. Leur souffrance, c'est la sienne. Alors elle se révolte contre les autres, tous les autres, les agresseurs. Logique d'une femme blessée qui fait payer ces souffrances et qui ne s'embarrasse pas de réflexions plus approfondies.

On pense au plaisir qu'aurait pu donner son livre si elle accordait à l'humanité autant d'amour et de passion qu'elle en donne aux animaux.

Il y a des jours où l'on regretterait presque que Loana ne publie pas un deuxième bouquin. Histoire de provoquer un courant d'air pour dissiper les mauvaises odeurs.
Il y a des jours où l'on souhaiterait presque nobéliser de grands écrivains comme Lova Moor, Nadine de Rothschild, la fausse princesse Hermine de Clermont-tonnerre, Christine Deviers-Joncourt ou Maïté pour l'ensemble de son œuvre de recettes des anguilles à l'ancienne.


Le bouquin a pour titre Un cri dans le silence.
Mais ce qu'on préfère chez Brigitte Bardot, c'est le silence.

Un chapelier qui se piquait d'écrire présenta un jour son manuscrit à Voltaire. En lui restituant son œuvre, Voltaire l'accompagna de ce conseil : " Faites des chapeaux, Monsieur, faites des chapeaux. "
Brigitte Bardot, elle aussi, devait limiter son talent à la protection des bébés phoques.


(1) Le manuscrit a été refusé par plusieurs éditeurs, dont Albin Michel, pour être finalement accepté par le comité de lecture (Pan !) des Éditions du Rocher qui sait apprécier la belle littérature…

NB : en consolation, on lira le livre (dont personne ne parle et c'est normal de nos jours) de Marianne Gray consacré à Jeanne Moreau (Éditions du Nouveau monde). Jeanne Moreau, véritable star à mon goût - et là pour une fois on peut employer le mot à bon escient -, femme élégante et d'élégances, de culture, on se souvient de son passage il y a quelques années chez Pivot où elle était intarissable sur la littérature allemande.

Haut de page


Tests à claques

On me soupçonne de passer beaucoup de temps devant la télévision pour récolter autant de bourdes, de niaiseries, et me donner matière à alimenter cette chronique.

Rien n'est plus faux. Il suffit simplement (hélas !) d'allumer son poste à n'importe quel moment de la journée ou du soir, et on est à peu près sûr de tomber sur une connerie bien copieuse. A condition toutefois d'avoir l'oreille fine et un minimum d'esprit critique.

Pour vous convaincre, faisons un test.

Samedi 17 mai 2003, 13h25, sur M6. Émission Bachelor.
Je ne connais rien de ce jeu télévisé à l'exception des bandes-annonces qui persuadent mes neurones déjà bien malmenés de ne pas regarder. La connerie est arrivée en moins d'une minute.
Une des candidates dit : " C'est très excitant parce qu'il ne se passe rien. "

Avec cette simple phrase, la fille vient de résumer le concept d'une émission qui ne présente aucun intérêt. Son observation peut même illustrer l'état actuel de la télévision et, au-delà, un sociologue pourrait y voir une critique laconique et judicieuse de notre société du vide.

Quelques secondes plus tard, je zappe sur la Cinq. Émission On aura tout lu.
le thème : " Le service public : réforme impossible. "
Apparemment, le sujet est sérieux. Et voilà qu'un des invités déjante et dit : " C'est en Bretagne que l'on obtient les meilleurs résultats scolaires, vous savez pourquoi ? Parce que c'est dans cette région qu'on a les pubis les plus développés. "

Ça ne s'invente pas.

Dimanche 18 mai, 21h15. Émission Capital.
Au cours d'un reportage sur les jeunes Français qui vont travailler en Espagne, une créatrice d'entreprise dit ceci : " C'est important quand on ouvre un centre international de trouver des gens de toutes les nationalités. "

Autre exemple. Pendant la guerre en Irak, la chaîne de télévision LCI invite un général-expert pour qu'il vienne nous expliquer ce qu'il faut comprendre des combats...

Et le général-expert (sic) déclare : "Une guerre n'est jamais gagnée d'avance. Il ne faut jamais sous-estimer l'adversaire."

Grand silence sur le plateau devant la pertinence de cette remarquable "expertise". Un talent pour l'évidence et une perspicacité de l'inutile. On attendait que le général-expert nous prédise que cette année Noël tombera le 25 décembre...

Et enfin, à un journaliste qui lui demandait s'il savait où se trouvait Saddam Hussein, Ronald Rumsfeld a répondu : " Où est-il ? Soit il est mort, soit il est blessé, soit il ne veut pas se montrer."

A moins qu'il soit parti chercher une bouteille à la cave.
Heureusement que l'on nous dit que les bombes, elles, sont intelligentes...

Haut de page


Europe 1 hallucine

Samedi 12 avril 2003 était célébré, à Bruxelles, le mariage du prince Laurent, fils cadet du roi Albert de Belgique. La cérémonie religieuse en la cathédrale Sainte-Gudule était menée par le cardinal Godfried Danneels, primat de Belgique, assisté du prêtre français Guy Gilbert, surnommé le curé des loubards en référence à son action d'éducateur.

Tout le monde connaît le curé Guy Gilbert : allure baba, blouson noir de rocker placardé de pin's, tignasse hippie, et une transcription orale des Écritures revues et corrigées par le parler de la rue et des banlieues. Un personnage somme toute attachant et haut en couleurs, curé joyeusement déconcertant, hors norme, "ecclésiastiquement incorrect", qui tutoie tout le monde et capable de taper sur l'épaule du bon Dieu pour lui proposer une bière ou le taper de cent balles.

Le même jour, au journal de 13 heures, sur Europe 1, un reporter relate la célébration du mariage et ajoute ce commentaire : "Le prêtre Guy Gilbert a su mettre du joint dans cette cérémonie."

On pense que le journaliste a voulu dire plus précisément que le curé des loubards avait su accommoder son style particulier à la tenue et aux fastes d'un mariage de cour…

Haut de page


La face pressée du Monde

Petite perle entendue au cours d'une discussion animée dans l'émission littéraire Campus (France 2, 6 mars 2003) consacrée au débat à propos du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen La face cachée du Monde :

" On n'a pas attendu la mort de Mitterrand pour lui adresser des critiques post-mortem… "

C'est toujours une contrainte que nous imposent ceux qui tardent à mourir de leur vivant.

Haut de page


Le monstre du Loft Mess

Ce n'est pas pour revenir sur les lofteurs et en remettre une couche, mais simplement pour démontrer que l'industrie du livre est capable de tout pour se faire du pognon facile.

Vous vous souvenez sans doute d'avoir au moins aperçu une fois la fameuse Lesly — il fallait prononcer laisse-l'ail —. C'était la lionne superbe et (très) généreuse qui s'était jurée de devenir une grande star du show-business en s'appuyant sur son immense talent d'artiste complète. Souvenez-vous : " Les textes [de ses futures chansons], c'est moi qui va les écrire. "

Aussitôt mal dit, aussitôt mal fait. Dans son élan magnifique qui n'appartient qu'à ceux qui ne doutent de rien, elle s'est même laissé aller à écrire un livre. Écrivain, c'est très mode. L'éditeur Michel Lafon s'est empressé de publier ses mémoires. Oui, parce que de nos jours, le monde va très vite, on n'a pas le temps d'attendre, alors on écrit ses mémoires à 20 ans. Le bouquin s'appelle Mon père a tué ma mère, ce qui sent à peine le règlement de compte familial. Saga familiale pour laquelle on a jugé qu'il y avait un public alors qu'elle n'intéressera en réalité que les habitants du troisième étage de l'escalier C de la cité des Rhododendrons à Pugilat-sur-Yvette.

A ne lire que les dix premières lignes, ce qui est bien suffisant pour se faire une idée de l'œuvre, on apprend qu'elle a connu la galère et vécu dans une chambre de bonne. Voyez-vous, ces pauvres chéris du loft sont les seuls à avoir vécu dans des chambres de bonnes. De nos jours, la chambre de bonne est devenue un drame humanitaire alors qu'il y a quelques années on lui trouvait un certain charme qui s'adaptait bien à nos aventures de jeunesse. En fait, pour eux, la galère, c'est de ne pas être star. On voit toute la philosophie qui nous sépare.

Mais le plus drôle de l'histoire, c'est que l'éditeur, par ailleurs probablement très exigeant avec les vrais auteurs, s'il en connaît, a dû céder au diktat capricieux de la star loftée. En exergue du bouquin, quelques lignes précisent qu'il dégage toute responsabilité sur la qualité du texte, la grande écri-vaine ayant insisté pour que rien n'y soit changé, pas même une virgule ! On imagine ici la scène : " Je veux bien être éditée, mais le texte c'est moi qui l'a écrit et je parle pas plus pire le français que d'Ormesson. " Et l'éditeur de se coucher, si je puis me permettre. Le homard l'a tué.

Arrêtons ici la critique car l'harpie n'aime pas être mise en cause, sort facilement ses griffes et se défend rageusement. Coutumière de répliques agressives et sans appel, elle pisse à la raie (je cite) de tous ses détracteurs. Avant qu'elle ne s'attaque à la mienne, je voudrais la mettre simplement en garde sur l'inconfort de l'exercice pour une femme normalement équipée et l'aspect périlleux de la contorsion nécessaire à l'exécution d'une menace susceptible de lui faire perdre un équilibre apparemment déjà bien précaire.

Haut de page


Petites pirateries littéraires

Il n'est pas une interview du chanteur Renaud où le présentateur ne s'extasie devant la phrase contenue dans l'une de ses chansons : " On reconnaît le bonheur, paraît-il, au bruit qu'il fait quand il s'en va. "

On reconnaît le bonheur parait-il
Au bruit qu'il fait quand il s'en va
C'était pas le dernier des imbéciles
Celui qu'a dit ça

A défaut de s'entendre sur le véritable auteur de la phrase, tout le monde l'at