Eve
Angeli entre en littérature sur les traces de Loana !

A l'approche de
la rentrée littéraire 2004, le groupe Hachette, qui
ne manque jamais de détecter les talents potentiels et de
promouvoir les bons auteurs, s'apprête à publier, en
novembre, les débuts littéraires d'Eve Angeli, la
nunuche sucrée, la fontaine lacrymale de la Ferme des célébrités
de TF1.
Comment en vouloir
à l'adorable simplette de profiter du système frico-médiatique
et d'apporter la contribution à la régression générale
qu'on lui propose si généreusement ? Elle est si gentille,
si naïve et si charmante, qu'on aimerait l'avoir à la
maison pour tenir compagnie au poisson rouge. Elle débattrait
avec le hamster nain de sujets philosophiques à la manière
d'un Paulo Coelho revisité par Jean-Claude Van Damme. Et
pour la récompenser, l'abbé de la Morandais viendrait
lui donner des cours du soir pour lui expliquer le sens du mot phallique.

Celle qui dans La
Ferme posait des questions de cruche à des gourdes -
la jolie courge ignorait ce qu'était un quartier d'orange
qu'elle confondait avec un quartier de banlieue - nous parle maintenant
de littérature avec la même candeur, et nous assure
très sérieusement qu'elle " ne se prend pas
pour Albert Camus. ", au cas où on l'aurait soupçonnée
de vouloir rivaliser avec le prix Nobel de littérature sur
le terrain de l'absurde. Mais, chère Eve, pourquoi se limiter
davantage quand on l'est déjà autant ? Et pourquoi
ne pas ambitionner la hauteur de l'uvre d'Albert Camus ? Avec
les grands éditeurs culturels que nous avons, faut pas se
priver, ils n'y verront que du feu. Tiens, je te donne la première
phrase : Aujourd'hui ma tortue est morte. Après tu
brodes. C'est pas plus compliqué. En cas de difficulté,
on demandera à Nicolas Hulot de venir te montrer à
quoi ressemble une tortue.
" Ce bouquin,
dit-elle, je l'écris pour tous ceux qui ont le désir
de faire ce métier. Pour les prévenir des pièges
terribles qui les attendent. " Et de raconter qu'elle a
été victime de la guerre des médias, interdite
sur TF1 et France 2, et ses chansons censurées sur les radios
FM. Bref, de quoi mobiliser Reporters sans frontières
et ATD Quart-Monde. Mais voilà de grands malheurs
humanitaires qui nous éloignent en toute certitude des préoccupations
littéraires et philosophiques d'un Albert Camus, tout en
nous rapprochant beaucoup plus modestement peut-être d'une
Christine Angot dans Quitter la ville.

C'est sur la Côte
d'Azur que le drame littéraire se joue, plus précisément
à Beaulieu où Eve met, nous dit-on,(1) la dernière
main à ses mémoires que vingt-deux ans d'expérience
de vie justifient pleinement. Vingt-deux ans, l'âge auquel
Victor Hugo aurait promis : " Je serai Chateaubriand ou
rien. "
Eve, n'écoute que ton génie, sois forte, reste motivée
: tu seras Loana ou rien.
(1)
Nice-Matin (groupe Hachette) lui consacre une page entière
de son supplément estival du 24 juillet pour la promotion
d'un livre qui n'est pas encore écrit et qui paraîtra
chez City-Edition (groupe Hachette).
Haut de page
Liaison
dangereuse
Dans l'émission
Ça se discute du 30 juin 2004, une femme confie sa
résignation à vivre seule :
"J'ai plus envie. Y'a pas que le sexe dans la vie. Heureusement
que j'ai d'autres z'hobbies."
Lorsqu'on inaugurera le premier salon du lapsus, en voilà
une qui sera dispensée de faire la queue.

Haut de page
Une
cloche à Rome

Vendredi 4 juin
2004. Europe 1, informations de 12 h :
" Georges Bush est arrivé en Italie dans une grosse
voiture blindée spécialement transportée des
Etats-Unis. Il se rendra ensuite au Vatican où il rentrera
par... la porte des cloches."
L'information ne
dit pas si Jean-Paul lui a offert le verre de Rome du con damné.
A moins que, venu vérifié qu'il n'y avait pas d'armes
de destruction massive dans les caves du Vatican, le grand battant
de la Maison Blanche se soit pris une volée.
Haut de page
L'industrie
du livre tire la langue
vers le bas

Les éditions Fayard publient Aller-retour, tous frais payés, le dernier roman de
Christine Arnothy.
Sur les vingt-deux lignes de texte en quatrième de couverture,
on ne trouve pas moins d'une dizaine de clichés littéraires
! Une concentration d'expressions toutes faites et de lieux communs
que l'on ne doit même pas rencontrer dans les plus mauvaises
copies des ateliers d'écriture où pourtant "Aux
premières lueurs de l'aube, les champs de blé ondulent
sous les caresses d'un léger alizé pendant que carillonnent
les cloches de la délicieuse petite chapelle du charmant
village voisin."
Épargnons-nous le texte entier,
contractons plutôt la précieuse collection :
"À la terrasse d'une
pâtisserie, un veuf séduisant couvre de compliments
la serveuse d'une grande beauté, une rebelle de
vingt ans. Étonnée par ses déclarations
véhémentes, elle garde plus que jamais ses distances.
Puis le veuf fait connaissance de la mère de la serveuse,
une jolie divorcée de quarante ans. Il l'invite avec
sa fille à Paris, sous prétexte d'une amitié
à nouer. L'approche est plus que convenable. Un amour
va naître."
En vente dans toutes les gares.
Veuf séduisant : pour
dire d'un veuf qu'il pourrait éventuellement encore servir.
Juxtaposition maintes fois rencontrée, comme s'il était
indispensable de corriger cette idée d'un veuvage qui serait
nécessairement l'équivalent de vieillesse et donc
de dégradation physique.
Couvrir de compliments : expression multi-usages. On peut
aussi couvrir de baisers, d'injures et d'opprobre.
Grande beauté : le type même d'expression qui
ne veut rien dire. La beauté, on sait à peine ce que
c'est. On n'a rien dit de plus en parlant de "grande beauté".
Rebelle de vingt ans : signe extérieur de jeunesse
depuis Rimbaud.
Garder ses distances : comme sur l'autoroute.
Jolie divorcée : comme "veuf séduisant".
Toute divorcée se doit d'être "jolie" pour
prouver à la société que c'est elle qui est
partie et qu'elle n'a pas été plaquée à
cause d'un vilain bouton de fièvre.
Nouer une amitié : comme on noue sa serviette ou les
lacets de ses chaussures.
Plus que convenable : Coluche aurait pu le dire : "Convenable,
je sais ce que c'est, c'est convenable. Mais plus que convenable,
je ne sais pas, ça vient de sortir."
L'amour qui naît : (à ne pas confondre avec
l'amour kiné importé de Thaïlande). Il y a des
littératures qui gagneraient à accoucher sous X.
Ne jetons pas trop rapidement
la pierre (cliché !) à l'auteur du roman en
lui collant sur le dos (cliché !) cette négligence
de style, bien qu'on puisse espérer qu'elle y a quand même
jeté un coup d'il (cliché !) avant d'en
autoriser l'impression. Une occasion ratée de renvoyer
le plumitif à ses chères études
(cliché !). Mais on a froid dans le dos (cliché
!) en pensant que ce texte a peut-être été rédigé
par une direction littéraire. Barthes y chercherait vainement
le grain de voix qui annonce un plaisir littéraire.
Tout est question de dosage. L'abus
d'images tue le texte ou, tout au moins, noie le sens du texte.
Écrire à coup de clichés et de lieux communs,
c'est écrire avec la plume des autres. C'est porter en soi
l'ambition d'un grand chef en se laissant aller à une cuisine
de cafétéria. C'est piocher dans le patrimoine linguistique
du café de la poste pour combler le vide de son inventivité.
C'est Jean-Paul Gaultier qui puiserait son inspiration chez Kiabi.
Il s'agit moins ici de jouer
les Cerbères (cliché !) de la langue que de sauter
sur l'occasion (cliché !) pour épingler et mettre
en boîte (cliché !) ces censeurs de manuscrits
que sont les grands éditeurs culturels, d'habitude si exigeants
avec les textes qu'ils reçoivent et, preuve est faite, si
peu regardants avec ceux qu'ils publient. A croire qu'ils ne lisent
ni les uns ni les autres.
L'édition soigne en principe
cette quatrième de couverture. Le premier geste mécanique
de tout lecteur est de retourner un livre pour la lire. Sa fonction
commerciale est de séduire le futur lecteur en lui donnant
un aperçu du plaisir qu'il aura à entrer dans le texte.
Dans notre exemple, cette façon scolaire de s'exprimer retire
toute intention qu'on aurait eue d'acheter un roman dont le sujet
apparaît du coup extrêmement banal et ennuyeux comme
la pluie (cliché !).
Cette rédaction (ne parlons
pas ici d'écriture) est un modèle des pièges
à éviter dans le traitement de la langue. Les enseignants
devraient l'utiliser en échantillon de démonstration
auprès de leurs élèves pour les éveiller
à la vigilance dans l'acte d'écriture. Ils apprendraient
à se méfier de la phrase qui vient toute seule sous
la plume, qui s'invite sans crier gare (cliché !),
à travailler leur texte et le travailler encore. A moins
que l'ambition littéraire aujourd'hui ne soit pas plus élevée
que celle de ma concierge quand elle rappelle ses locataires à
l'ordre sur le tri sélectif.
Charles Dantzig définit ainsi
le cliché littéraire : "Mot ou locution d'origine
artistique, formant image, et qui est répété
sans réfléchir." (la Guerre du cliché,
les Belles Lettres, 1998). Si l'expression toute faite est à
fuir comme la peste (cliché !) si l'on ne veut pas écrire
comme un pied (cliché !) ou comme un cochon (cliché
!), elle peut toutefois s'admettre dans certains cas. On peut fermer
les yeux (cliché !) devant un cliché littéraire
ou un lieu commun si le texte le justifie. On peut l'employer délibérément
si l'usage abusif du lieu commun fait partie de la construction
du personnage ou dans un dialogue pour être plus proche de
la langue parlée, ou par volonté de décontracter
le propos. On peut aussi s'amuser à tordre le cou à
un cliché pour le dépoussiérer, le détourner
de son sens habituel, le rendre plus original, et finalement se
l'approprier.
Ouvrons la presse d'aujourd'hui
:
"Le commerce tisse sa toile..."
"Budget de la ville : la sécurité se taille
la part du lion."
"Les panneaux publicitaires sur les panneaux publicitaires
qui fleurissent à l'entrée des villes."
Page des sports : "Le match a été mené
d'un pas de sénateur."
L'abondance de clichés n'est ici pas gênante. Ce n'est
pas de la littérature, c'est de la presse. Le titre doit
accrocher le plus grand nombre de lecteurs, tous niveaux confondus,
en les interpellant quelque part (cliché !). Plus
le cliché est usé, plus il gagnera en efficacité.
L'image sert ici à frapper rapidement l'attention sur le
fait essentiel que l'article va développer. Si le lecteur
de journal recherche une qualité d'information, des faits
sérieux et vérifiés, une rédaction simple,
courte et claire, il ne s'attend pas à y trouver une hauteur
littéraire qui n'aurait de toute façon pas sa place
dans ce contexte. Le journalisme n'est pas la littérature,
c'en est même le contraire.
Mais l'usage Du cliché journalistique peut friser le ridicule
(cliché !). Tel ce journaliste de télévision
qui, le soir d'une élection, eut ces mots : "Les résultats
devront être auscultés à la loupe."
Autres bijoux du prêt-à-porter rédactionnel
et du journalisme sans peine quand, neuf fois sur dix, tout article
de presse, commentaire de radio ou de télévision rapportant
une catastrophe, se termine par cette phrase : "L'espoir
de trouver des survivants s'amenuise au fil des jours."
Ce qui pourrait être le titre d'un livre sur l'avenir de la
littérature !
Ce qui est supportable dans la presse
l'est beaucoup moins en littérature où il semblerait
que beaucoup succombent à la tentation (cliché
!), cédant par facilité à une mauvaise habitude
qui fait tache d'huile (cliché !). Prenons un livre
sur l'étal du libraire et ouvrons-le au hasard. Quand je
lis : "Du sang espagnol coule dans mes veines"
(cliché !), la disparition de Nougaro me remet en mémoire
ce que lui écrivait : "Est-ce l'Espagne en toi qui
pousse un peu sa corne ?" Sur le traitement d'une idée
assez proche, voilà la différence de style entre un
simple rédacteur issu de la téléréalité
(ce qui justifie aujourd'hui le mérite d'être publié
chez Robert Laffont aux côtés de Jean d'Ormesson) et
un auteur véritable.
En couverture du bouquin de Christine
Arnothy, un sac et une valise posés au sol. C'est la littérature
qui se fait la malle (cliché !).
Haut
de page
Verbalisation
positive

Les grandes heures
de platitude, après les rentrées littéraires,
c'est aux campagnes électorales qu'on les doit.
Samedi 6 mars 2004, dans son bulletin d'information de 8 heures,
France Inter retransmet des échos de la campagne des régionales
et notamment les meilleurs moments d'une intervention publique de
Madame Cécilia Sarkozy sur le ton solennel de celle qui pèse
toute l'importance des mots qui viennent, si je puis dire, de l'intérieur.
Je cite :
" Ce matin,
Nicolas m'a dit : Ça va, Dominique ? Je lui ai répondu
: Ça va, Nicolas. "
Stupéfiant, non ?
Applaudissements enthousiastes de la foule docile en délire
qui opine du benêt. Le même public qui prend nos romans
de gare de marchandises pour de la littérature.
La révélation de cette précieuse confidence
n'avait d'autre but que de montrer qu'elle était en complicité
avec le dieu Sarko, ce qui est quand même la moindre des choses
entre mari et femme. Mais chez ces gens-là, m'sieur, la moindre
banalité prend une portée historique, la plus infime
des niaiseries s'inscrit comme un mot d'auteur, le plus usé
des jeux de mots laids présente le signe d'un trait d'esprit.
On voudrait être
une mouche historienne musardant dans l'appartement des Sarkozy
pour moucharder et témoigner plus tard de ces grandes heures
au cours desquelles l'avenir de la France se construit.
" Tu sais,
Nicolas, j'ai demandé à la femme de ménage
de faire les plinthes. ? Tu as eu raison, Dominique. "
Puissant, non ?
Et on imagine toutes ces petites phrases de la France d'en haut
qui pourraient plus tard tenir leur place dans un dictionnaire de
citations : Il fait froid dehors - La température est
plus douce aujourd'hui - C'est super, il fait soleil ! - C'est ton
tour, Nicolas, de descendre la poubelle.
Derrière
la force évocatrice de telles anecdotes, on sent la sensibilité
de l'écrivain qui pointe. Et c'est avec de telles insignifiances
qu'on finit par trouver un éditeur sans se baisser.
C'est Nougaro qui
chantait : " Ce qu'il faut dire de fadaises
"
Haut de page
Amuse-Bush

Si Jésus
est le philosophe préféré de Bush, celui de
Rumsfeld doit être Jean-Claude Vandame.
N'a-t-il pas déclaré lors d'une conférence
de presse au Pentagone le 12 février 2002 : " Il
y a du connu que nous connaissons. Il a des choses que nous savons
savoir. Nous savons aussi qu'il y a de l'inconnu que nous connaissons.
A savoir, nous savons qu'il y a des choses que nous ne connaissons
pas... "
Et réciproquement,
aurait ajouté Pierre Dac.
C'est avec cette
philosophie clairement obscure que l'on voit des armes de destruction
massive que l'on ne voit pas, mais que l'on sait que l'on pourrait
voir si le connu que l'on ne connaît pas ne se trouvait pas
en terrain inconnu alors que la connaissance que nous avons des
choses nous est inconnue dès lors que l'on ne sait jamais
réellement ce que l'on ne sait pas puisqu'il faudrait pour
le savoir une connaissance que nous ne savons pas reconnaître
puisque nous ne savons pas si nous l'avons ou si nous ne l'avons
pas puisque pour le savoir il faudrait en avoir une.
Lacan a trouvé
son maître.
Bryant Kong, un
pianiste de San Francisco, a mis en musique ces paroles qui feront
bientôt l'objet d'un enregistrement. On parle aussi d'une
comédie musicale. Une telle bordée de débilités
a naturellement trouvé un éditeur et les uvres
de Rumsfeld paraîtront bientôt sous le titre de Poésie
spontanée. Bien entendu, cela se passe aux États-Unis,
ce n'est pas en France que l'industrie du livre se prêterait
à une entreprise aussi stupide.
On rêve d'une
émission littéraire qui réunirait sur son plateau
Jean-Claude Vandame, Éric Cantona et Donald Rumsfeld. Peut-être
comprendrait-on enfin quelque chose au monde dans lequel on vit.
La question est simplement de savoir si nous comprenons ce que nous
comprenons avec la seule compréhension que nous avons de
notre capacité de compréhension et si la chose à
comprendre doit son existence à cette compréhension
ou si elle peut exister sans cette compréhension sachant
que nous ne sommes pas sûrs de vivre dans un réel bien
réel qui pourrait justifier l'existence de la chose à
comprendre.

Haut de page
Turluttérature
française
En couverture du
bouquin, elle, Deviers, Christine, nue sous une fourrure, l'épaule
en avant, offerte, telle Marianne venant de découvrir la
laïcité, ou telle Évelyne Thomas en extase devant
une raie publique.
Nouvelle audace
littéraire (après Bardot) des éditions du Rocher
qui publient " Toi masculin mon féminin ",
le dernier (on croise les doigts
et les jambes !) roman érotique
de Christine Deviers-Joncour.
" Devant
lui je m'agenouille. Doucement, je promène mes mains. À
travers le vêtement de peau d'ange, je l'effleure du bout
des doigts. Sa virilité dessinée sous le velouté
du tissu m'excite davantage. J'approche doucement mes lèvres.
Il ne bouge pas, la tête jetée en arrière, à
fleur de peau, il attend. Son souffle est court. Je sens perler
son désir que je cueille du bout de la langue. [
] "
Bref, elle lui fait
une pipe, au mec, et s'en fout partout. Le genre de phrase sulfureuse
qui vous fait passer de droit chez Ardisson, le samedi soir, pour
la promo [Tout le monde en parle, France 2].
En la travaillant
un peu au corps, la Christine, vous saurez tout sur le zizi. La
longueur, l'épaisseur, la vitesse de rotation. Bien sûr,
" l'auteur " marquera comme toujours une légère
réprobation. Elle fera mine de ne pas comprendre pourquoi
on n'extrait que ces lignes pour parler de son chef-d'uvre.
Alors que ces lignes sont parfaitement intentionnelles, un peu comme
on vend un mauvais film avec une bande-annonce aguicheuse. La preuve
: c'est justement le passage qui a été choisi par
l'éditeur pour la quatrième de couverture ! Le tout
dans une langue bien trempée (voir plus haut pour les détails)
qui vous fait connaître immédiatement la gloire médiatique.
Le lecteur-acheteur
abusé se demandera (c'est le but) si l'énigmatique
organe n'appartiendrait pas par hasard à un ancien ministre.
Mais non ! Qu'allez-vous chercher là ? À chaque fois,
Christine entretient le doute aussi bien qu'une érection.
Questionnée
sur son passé judiciaire comme à chacune de ses apparitions
(on a le curriculum vitae littéraire que l'on peut), elle
ne comprend toujours pas qu'il soit répréhensible
qu'un dirigeant de société pique dans la caisse pour
se payer des vacances. Elle s'en offusque. Après tout, c'est
son argent. Ardisson lui explique de nouveau ce qu'est un abus de
bien social. Elle se rajuste les cervicales pour y trouver une idée
opposable qui doit déjà glisser le long du dos. Finalement
elle s'ébroue, genre " passons à autre chose
", et paraît gênée de contredire son hôte.
Nul doute, pour elle, ça reste une hérésie.
Ce qui démontre que le code pénal n'est pas sexuellement
transmissible.
Alors qu'on ne s'étonne
pas, nous prévient-elle, " que les cerveaux quittent
notre pays. " Stupeur et tremblements. On imagine la ménagère
de moins de cinquante ans regardant l'émission, cramponnée
à son canapé, terrifiée à l'idée
que Christine pourrait fuir l'intelligentsia parisienne pour aller
offrir son immense talent littéraire à l'étranger.
Les plus optimistes y auront sans doute vu l'heureuse menace d'un
départ.
Quitter la France
? Mais pour aller où ? À Taïwan, où elle
ne serait qu'une vedette ? Non Christine, laisse ton cerveau en
France, dans ce magnifique pays où les belles cervelles se
ressemblent, se rencontrent et s'entraident ; un pays magnifique
où des cerveaux du même poids que le tien font de toi
une vraie star de l'écriture. Un pays où de fins éditeurs,
sur la masse de manuscrits qu'ils refusent toutes les semaines,
ont tout de suite vu que ton sujet n'avait jamais été
traité et que ton style sentait bon la nostalgie du cliché
littéraire pourchassé dans toutes les narrations des
classes de sixième. Citons :
Les enivrantes effluves des parfums : Dieu que la banalité
est belle ! Deux clichés pour le prix d'un !
(Avec une faute d'orthographe à " enivrantes "
que les correcteurs des Éditions du Rocher écrivent
avec
deux n !)
Je promène mes mains
: et marcher, c'est promener
ses jambes ?
Son souffle est court : le souffle littéraire aussi.
Je sens perler son désir : comme si elle gobait une
huître
Et la direction
littéraire qui en remet une couche en quatrième de
couverture pour encenser le style du grand écrivain : Une
écriture d'une sensualité à fleur de peau.
Le cliché étant usé, éculé, il
doit s'agir probablement d'une vieille peau.
On se souvient des
déclarations de Jean-Paul Bertrand, patron des Éditions
du Rocher (si c'est toujours lui), dans une interview qu'il donnait
à Jacques Chancel (Voir mon article : Le Rocher sous la
vague).
Las d'être envahi de manuscrits jugés par lui sans
valeur, il s'apprêtait à écrire un livre qui
expliquerait à la France littéraire d'en bas comment
il faut écrire. Des conseils qu'il ferait bien de réserver
aux illettrés de son propre catalogue.
NB
: Christine vient également d'enregistrer un album musical,
ce qui doit ravir les jeunes talents que les maisons de disques
refusent sans écouter ce qu'ils proposent. À quand
un film et un rôle au théâtre ?
Haut de page
Petite
gorgée d'amertume
Dans une interview
accordée à Jacques Gantié (Nice-Matin du 15
février 2004), l'écrivain Philippe Delerm qui publie " Enregistrements pirates " aux Éditions
du Rocher, doit répondre à une question embarrassante:
"
Au Rocher, que faites-vous à côté de B.B. ou
Christine Deviers-Joncour ?
lui demande le journaliste.
- Ça m'ennuie tous ces bouquins, certains sont pathétiques,
mais je n'en fais pas un scandale. D'ailleurs, je ne suis directeur
d'aucune collection et ne fais partie d'aucun jury."
Réponse pleine
de réserve et de gentillesse pour se démarquer pudiquement
des choix d'un éditeur auquel il reste historiquement attaché
: " Sans lui, je n'aurais pas existé. Je lui reste
fidèle. " Loyal.
Il n'en demeure
pas moins que ces productions l'ennuient, qu'il les juge
pathétiques et qu'il s'empresse de dégager
toute responsabilité, de près ou de loin, dans les
derniers égarements de sa maison d'édition. Une critique
à petite gorgée qui a quand même un goût
d'amertume.
Haut de page
Octobre
noir
Octobre 2003.
L'été caniculaire a tué des milliers de vieilles
personnes.
On accuse pêle-mêle l'indifférence, l'incapacité,
l'irresponsabilité, l'imprévoyance, la météo.
Un type a dit à la télé que, de toute façon,
elles seraient mortes tôt ou tard parce qu'elles étaient
vieilles.
Plusieurs observateurs y voient le signe d'une société
qui abandonne ses vieux parce qu'ils sont devenus improductifs et
encombrants.
Certaines familles n'ont toujours pas réclamé les
corps.
On discute toujours de la couleur du tricot Lacoste du ministre
de la santé.
Sur FR3, la femme du président, qui au moment de l'hécatombe
était en vacances au Canada, vient nous expliquer que nous
sommes tous responsables. Nous sommes tous coupables. À ses
côtés, sur le plateau de l'émission " Au
nom des autres " animée par Évelyne Thomas, un
amuseur-imitateur se dresse en moraliste et confirme que oui, nous
sommes tous responsables. Responsables et coupables.
Tony Blair a été
hospitalisé à la suite d'un léger malaise cardiaque.
Yasser Arafat souffre d'un calcul biliaire. La presse revient sur
son opération du cerveau.
Un célèbre cancérologue est mort du cancer.
La France débat sur l'euthanasie.
TF1 nous dit tout sur les soins palliatifs.
Le saumon serait toxique et donnerait le cancer.
On assiste au retour de vieilles maladies qu'on croyait éradiquées.
Dans la région parisienne, on signale un cas de diphtérie,
le premier depuis quinze ans.
Bush va bien. Il lance une campagne pour interdire les relations
sexuelles avant le mariage.
Le terrorisme biologique menace.
Les experts se préparent à un retour du SRAS. Les
autorités françaises planchent sur trois scénarios
de sa réapparition.
Les Européens
sont de plus en plus stressés au travail. Maux de dos, de
tête, de poitrine, palpitations, troubles du sommeil et de
la digestion, irritabilité, nervosité, abattement.
Des usines ferment. Le nombre de licenciements est en augmentation.
Le patronat dit que les Français sont paresseux, ils ne veulent
pas travailler.
Nous sommes responsables
du déficit de la sécurité sociale.
Nous allons trop souvent chez le médecin.
Nous consommons trop de médicaments.
Mais la radio diffuse tous les jours les messages d'une campagne
publicitaire de l'industrie pharmaceutique.
Ces messages nous conjurent de surveiller notre taux de cholestérol.
Notre tension aussi, il faut la contrôler.
On nous engage à une hygiène de vie qui prévienne
les maladies cardio-vasculaires.
On insiste : fumer tue.
On nous exhorte à contrôler notre diabète.
Et tous ces messages se terminent par : " N'hésitez
pas à consultez votre médecin ! "
La malbouffe menace
nos enfants d'obésité.
Le Bureau de Vérification de la Publicité énonce
quelques recommandations.
Les industriels et les publicitaires se décident à
faire un effort en corrigeant la mise en scène commerciale
des produits mis en accusation. À la télé,
on verra toujours des gosses bouffer les mêmes merdes, mais
on les verra maintenant se rendre malades " dans le cadre
d'une activité physique. "
On nous éduque
au tri sélectif de nos déchets ménagers. Le
volume des emballages est trop important par rapport à nos
épluchures. Nous sommes coupables de mal acheter. C'est de
notre faute si nous ne savons pas choisir d'autres produits que
ceux que l'industrie nous vend.
On dit que Diana
a été assassinée.
Toutes les chaînes de télé diffusent des documents
pour accréditer la version du complot.
Les librairies dégueulent de bouquins à l'appui de
cette thèse.
On dit aussi que le vice-président Johnson est le commanditaire
de l'assassinat de Kennedy.
Un film télé nous explique que Dominici n'a pas tué,
il aurait été victime d'un complot.
La télé
nous inonde d'images du pape en voyage. Il fait peine à voir.
On dirait un candidat de Kholanta au bout du rouleau, gélatiné
par la fatigue. Le vieil homme tremble de partout. Son visage a
le teint d'un embaumé vivant.
L'industrie du disque
a sorti des chansons inédites de Jacques Brel. Il les avait
jugées insuffisamment travaillées pour être
livrées au public. Maintenant qu'il est dans la tombe, on
peut faire ce qu'on veut. L'une d'elle passe en boucle à
la radio. Elle dit que l'amour est mort. À la fin, même
le vieillard de Rome aurait envie de se suicider.
Le monde est devenu
un enfer paranoïaque et hypocondriaque. La théorie du
complot fait vendre des images et du papier, le catastrophisme est
devenu un produit de grande consommation. Alors, dans cette atmosphère
sombre et morbide, culpabilisé, le moral mis en berne, j'ai
cauchemardé : Sulitzer entrait à l'Académie
française, Christine Deviers-Joncour était élue
Marianne de l'année, Obispo préparait un nouvel album
et Alain Madelin avait été élu président
de la République.
Et dans cette ambiance
dépressive, le premier ministre de la France déclare
: " Il n'y aura pas de reprise économique si les
Français ne retrouvent pas le moral. "
En voilà au moins un qui nous donne envie de sourire
Haut de page
Le
Rocher sous la vague

Les éditions
du Rocher qui ont publié la dernière diatribe diarrhéique
de Brigitte Bardot, traînent Marc-Olivier Fogiel et Stéphane
Bern devant les tribunaux en leur réclamant 600 000 euros
de dommages et intérêts.
Non seulement l'ignoble
prose ne s'est pas bien vendue (ouf !), mais l'éditeur prétend
que le dénigrement du livre de la tarte tropézienne
a eu un impact désastreux sur l'ensemble des ventes de sa
production.
Belle façon
pour des prétendants à la contribution culturelle
de respecter les opinions démocratiquement contradictoires
et de soutenir la liberté de la presse en lui collant sur
le dos sa faillite éditoriale. Que les coups portés
au livre de Bardot eussent mérité une réponse,
rien d'aussi légitime. Que la sanction de l'attaque soit
remise entre les mains de la justice, le moyen de défense
n'est pas honorable. On peut penser ce que l'on veut du style de
chacun des deux journalistes-animateurs, on peut toujours débattre
sur leurs avis, mais ils ont en l'occurrence fait leur boulot comme
ils l'entendaient, comme d'autres de leurs confrères de la
presse écrite.
Lorsqu'un livre
se vend bien, les éditeurs sont parfois tentés de
pondérer l'impact des critiques et des promotions télé,
le mérite majeur en revenant, selon eux, à leur choix
judicieux des auteurs et des uvres qui font la notoriété
et la gloire de leur catalogue. Mon cul, comme dirait Jean
d'Ormesson (cf. C'était bien, page 230, éditions
Gallimard, 2003).
Quand on fréquente
les librairies et qu'on observe le lecteur qui butine sur les rayons,
on voit bien que le choix ne se porte plus sur la notoriété
d'un label, exception faite peut-être de Gallimard qui bénéficie
encore du crédit d'une vieille maison assise sur une notoriété
d'auteurs pourtant refusés en leur temps (Proust, Céline).
On n'achète pas un " Albin Michel " ou un "
Grasset " comme on achète encore un " Gallimard
". De même qu'on ne va pas au cinéma pour voir
un film de la Gaumont ou de Pathé. De même qu'on n'achète
pas un disque parce qu'il est produit par Sony Music.
La seule réticence
à l'achat d'un livre reste encore l'auto-édition qui
laisse penser aux lecteurs qu'un texte n'est pas bon puisqu'il n'a
pas trouvé d'éditeur " officiel ". Une sorte
de brevet d'écrivain qui n'aurait pas été obtenu,
un casting littéraire qu'on aurait raté à cause
d'une fausse note. Alors que les mêmes iront au cinéma
voir un Besson ou un Almodovar, tous deux cinéastes autoproduits
!
Une mauvaise publicité
faite au livre de BB ne peut donc avoir de conséquences sur
les autres productions des éditions du Rocher. Tout simplement
parce que le lecteur lambda se fiche éperdument des éditions
du Rocher. Les divagations nauséabondes de l'ancienne actrice
ne l'empêcheront pas d'acheter, s'il en a le courage, le dernier
ouvrage de Marc-Édouard Nabe.
Les éditions
du Rocher, alors qu'elles refusent tant d'autres manuscrits, n'ont
publié la bile de BB (que beaucoup d'autres éditeurs
ont refusée, rappelons-le), au dessein évident de
se faire du pognon facile sur le nom de l'auteur et en espérant
naïvement des retombées sur l'ensemble de sa production.
Alors qu'un comité de lecture qui avantage le bénéfice
marchand au détriment de la tenue littéraire soit
à l'origine d'une branlée financière (puisqu'on
nous assure que tous les manuscrits sont " appréciés
" par les comités de lecture), on ne peut que s'en réjouir.
Il y a environ trois
ans, Jean-Paul Bertrand, patron des éditions du Rocher, donnait
sur France Inter une interview à Jacques Chancel. Après
avoir dit qu'il n'aurait jamais accepté de publier Loana
(il aurait dû, à intérêt littéraire
égal, le fond était plus attachant !), il annonçait
qu'il était en train d'écrire un livre pour expliquer
aux gens du bas peuple littéraire comment il fallait écrire,
se plaignant que les nombreux manuscrits qu'il recevait n'étaient
pas " écrits ". Le livre de BB l'était-il
?
Quand l'évangile
selon Jean-Paul sortira en librairie (Aurait-il du mal à
trouver un éditeur ?), Madame Bardot y apprendra, on l'espère,
les vertus humanistes préliminaires à toute entreprise
d'écriture. Toutes vertus qui auront pour premier effet salutaire
de réfréner ses ardeurs à rajouter inutilement
du papier au papier.
Haut
de page
Clitolittéraire
ou vaginoplumitive ?
Si vous abordez
une prostituée sur un trottoir, faites-le désormais
avec d'infinis égards. Grâce en effet à nos
"grands éditeurs culturels ", c'est peut-être
une " grande écrivaine " que vous allez déranger
dans sa méditation solitaire. Approchez-vous d'elle, et plutôt
que de lui demander brutalement à combien elle fait la pipe,
demandez-lui à quelle école littéraire elle
appartient, si elle est clitolittéraire ou vaginoplumitive.
Il ne s'agit pas
ici de négliger les souffrances de ces jeunes femmes et d'être
insensible et indifférent devant les multiples raisons familiales
ou sociales qui les ont conduites vers la prostitution. Toutes les
souffrances sont respectables, toutes les expériences sont
à raconter, pour peu qu'on y ajoute un talent d'écriture,
ce qui est en l'occurrence très rarement le cas. Mais de
là à ce que nos grands éditeurs culturels les
chassent pour en faire de " grands écrivains ",
il y a quand même une passe à ne pas franchir.
Après journaliste
(pour la promo et le renvoi d'ascenseur) et professeur de lettres
(comme si un moniteur d'auto-école était potentiellement
et nécessairement un pilote de Formule 1), la prostitution
est le métier le plus convoité par nos grands éditeurs
dans leurs choix éditoriaux. On ne sait pas comment les premiers
doivent le prendre.
Autrefois, l'entregent
d'un auteur aidait à la publication de son manuscrit. L'entrejambe
s'avère aujourd'hui bien plus efficace.
Mais qu'on ne s'y
méprenne pas. On rencontre parfois plus de bites et de couilles
dans les écrits d'un prof de littérature que dans
ceux d'une prostituée. C'est qu'à ce prix-là,
vous comprenez, il y a surenchère.
La désormais célèbre Patricia, qui a dénoncé
ce qui reste juridiquement d'hypothétiques soirées
sados-masos toulousaines, vient de recevoir une avance d'éditeur
de 15 000 euros. Bientôt on fabriquera de toutes pièces
de copieux scandales dans le seul but d'alimenter les éditeurs.
Dans une catégorie
socioprofessionnelle voisine, on trouve la porno-star et la strip-teaseuse,
très choyées elles aussi par les grands éditeurs
culturels. Dernière " écri-veine "
en date, Fily Houtteman, pour son livre "Profession strip-teaseuse,
les dessous d'un métier ", et dont le texte en quatrième
de couverture est un régal de langue de bois et de rhétorique
en dentelles. Je cite : " Pour beaucoup, elle reste l'effeuilleuse
insolente qui brisa un conte de fée monégasque. "
En termes plus rustiques, c'est la bimbo night-clubarde qui s'est
fait surprendre (?) par les paparazzis alors qu'elle faisait une
pipe à Ducruet dont le slip était en principe ôté.
Allez mesdemoiselles
! Toutes à vos Mac et taillez bien vos plumes !

Haut
de page
Hillary
Potter ou Harry Clinton ?


Les deux bouquins
sont sortis pratiquement en même temps, un peu avant l'été,
sous un appui marketing aux techniques similaires et la pose d'immenses
présentoirs publicitaires pour annoncer l'événement
en vente dans les librairies. Au point qu'on ne savait plus si c'était
Hillary qui dépotait ou Harry qui clintait.
Hillary a participé
à une grande tournée européenne pour la sortie
de son uvre, Mon histoire, donnant des centaines d'interviews
qui ne portaient chacune que sur les quelques lignes consacrées
aux états de cur de la femme trompée. Faut-il
que ça en rapporte des dollars pour oser poursuivre l'étalement
sur la place publique de ces revers conjugaux qui, malgré
le contexte politico-présidentiel, auraient dû rester
par la suite dans la sphère privée. Hillary n'a plus
à se faire de bile pour financer ses prochaines campagnes
électorales.
On attend maintenant
que son Bill de (ex ?) mari nous raconte ses frasques éjaculatoires
dans sa backroom ovalisée de la Maison Blanche. Un ouvrage
en préparation qui lui a déjà rapporté
une avance d'éditeur de près de 11 millions d'euros
(environ 70 millions de francs) en 2001. Faudrait voir à
ne pas rester à ne rien branler et à se mettre sérieusement
au boulot, mon Bill !
Encore un effet
regrettable de la mondialisation : dès qu'on est cocue dans
le centre ville de Washington, tous les détails sont connus
jusqu'à la plus petite impasse d'une cité de Sarcelles.
L'objectif de l'opération " littéraire "
était donc de rebondir politiquement sur une fellation mondialisée,
sur l'échec de K2R impuissant à venir à bout
d'un tache inopportune, et de démontrer le courage et la
dignité de cette femme, capable de garder la tête haute
devant une telle humiliation. Ainsi se construit une stature de
femme d'Etat.
Au point qu'au nom
de cette remarquable dignité affichée, Madame Bernadette
Chirac promette à sa copine Hillary un destin de première
présidente des États-Unis. Un enthousiasme à
modérer cependant car, devant une situation conjugale identique,
on pourrait trouver la même dignité chez une caissière
de Carrefour sans qu'il vienne pour autant à l'idée
de Madame Chirac de lui promettre la présidence de la Banque
de France.
Que voulez-vous,
il y a aussi les adultères d'en haut et les adultères
d'en bas. Et les récompenses, selon que la victime vient
du haut ou du bas, n'ont pas le même prix.
Harry passe à la caisse
Nous n'avons pas appris grand-chose sur le contenu du dernier Harry
Potter. Peu nous importe puisque c'est devenu avec le temps un pur
objet de consommation. Tout ce que l'on sait d'un livre aujourd'hui,
c'est le nombre d'exemplaires vendus. On attend le record, on guette
la performance, on piste la prouesse. On ne nous parle plus d'un
vrai livre avec un texte, un contenu, un ton, un style, un grain
de voix.
Imaginez qu'on vous
parle de la nouvelle carte d'un grand chef de la cuisine française
en ne vous disant rien d'autre que le nombre de couverts qu'il sert
à midi et le soir !
Le sorcier Marketosch frappe
à minuit
La sortie du dernier Potter a été bien orchestrée.
Avec, comme l'habitude s'installe, mise en vente en librairie à
minuit, heure symbolique, et queue monstre probablement organisée
grâce au concours de figurants. (Remarquez au passage l'indécence
qu'il y aurait eue à organiser une queue pour la sortie du
livre d'Hillary
)
Une mise en scène
qui rappelait la sortie du dernier album de Michaël Jackson,
à minuit, chez Virgin, sur les Champs-Élysées,
et associé à cette merveilleuse idée attrape-couillons
qui a consisté à vendre le même produit sous
des jaquettes de couleurs différentes ! Couillonnade qui
a bien fonctionné car nombreux sont les imbéciles
qui se sont précipités pour acheter autant d'albums
qu'il y avait de couleurs, et tout ça pour le même
enregistrement !
L'école du sorcier Marketosch
et le complot du doudou
Dès les premiers jours, Harry Potter, dans son édition
originale en anglais, s'est arraché à plusieurs millions
d'exemplaires. Dans les pays (dont la France) où il ne sera
distribué que plus tard traduit dans la langue, les ventes
sur Internet se sont multipliées pour obtenir la version
originale.
Nous avons tous
dans notre entourage des enfants de la tranche d'âge à
laquelle s'adresse Harry Potter. Entre nous, les jugez-vous capables
de se payer la lecture d'un pavé de 900 pages ? Et de surcroît,
en anglais ? Preuve que, sans nier pour autant le talent de son
auteur, le livre est devenu un objet de consommation lancé
sur le marché comme un petit-déjeuner aux céréales
ou une dernière version de Nitendo. Un objet qu'il faut absolument
posséder, le premier, avant tout le monde, pour le seul plaisir
de le posséder, de pouvoir s'en vanter dans les conversations
de table, sans la moindre intention de le lire.
C'est un phénomène
de comportement à mettre en parallèle avec ce que
l'on peut observer en flânant au rayon librairie des grands
magasins : des gamins de 5 ans réclament à leurs parents
l'achat du best-seller, bien empilé en évidence devant
leurs yeux et à leur hauteur (comme on le fait pour les bonbons
en gondoles de caisses). La maman achètera parce que deux
mamans sur trois achètent le produit demandé par leurs
enfants.
Un bon esprit naïf
n'y verrait rien à redire, consolé par l'idée
que cette tentation ne pourra qu'inciter l'enfant à lire
pour son plus grand bien. Sauf que le sorcier Marketosch a plus
d'un tour dans son chaudron et qu'il est en train insidieusement
de lui fabriquer des quantités de doudous qui le transformeront
vite en bon consommateur bien gentil et bien discipliné.
61 millions d'euros
sont investis chaque année pour cibler les 6-12 ans. Selon
les spécialistes, c'est là le dernier marché
à conquérir. Exposé à 72 publicités
par jour et à 26.000 messages par an, un enfant de 3 ans
est en mesure de reconnaître le logo de la plupart des grandes
marques. Comme dit un publicitaire [Culture Pub du 7/09/2003], "
Il faut lui apprendre à construire son portefeuille de marques.
" (sic)
pour qu'il entre, dit un autre, "
dans le monde merveilleux de la consommation. "
Mais tous les enfants
ne sont pas dupes. Parfois, l'éducation des parents ou l'école
peuvent développer chez certains d'entre eux un esprit critique
en éveil précoce. Témoin ce garçon d'une
dizaine d'années à qui l'on donnera le mot de la fin
: " Tout ça, ça pousse à la société
de consommation. "
Bien vu mon gamin !
Haut
de page
Messier
est servi !

Sous la présidence
dAndré Santini, député-maire dIssy-les-Moulineaux,
le jury du prix Iznogoud récompense chaque année,
je cite : « une personnalité dune
grande notoriété qui a tenté de devenir calife
à la place du calife, sest vantée et a échoué
dans son entreprise ».
Le choix du jury,
notamment composé de Roselyne Bachelot et du dessinateur
dIznogoud Jean Tabary, sest porté cette année
sur
Jean-Marie Messier pour lensemble de son uvre
universelle.
Ayons une pensée
pour tous les employés du groupe Vivendi qui ont dû
se réjouir à lannonce de cette petite récompense
bien méritée, eux à qui on aura refusé
une augmentation de 10 euros par mois (ça existe) au
prétexte que leurs prétentions risquaient de mettre
en péril la bonne santé de lentreprise ;
alors que peu de temps avant une éviction prévisible,
leur patron soctroyait une augmentation de salaire de 128 %
sur la base dune rémunération quil serait
indécent de rappeler ici par ces temps de grosse chaleur
Dans la France den
bas, on connaît peu de commerciaux à qui on proposerait
une augmentation de salaire de 128 % au regard dune chute
de 77 % de leur portefeuille. Cest pourtant dans ces
proportions-là que la France den haut se gratifie.
Comme lancien
patron dAir Lib qui, à peine nommé président
pour redresser une entreprise en difficulté, sest octroyé
une « prime de bienvenue » de 800 000 euros !
Cest ce qui sappelle voler de ses propres zèles.
Comme lancien
patron dElf qui, venant à peine de signer sa lettre
de démission, court sacheter laprès-midi
même pour 80 000 F de mobilier de jardin avec la
carte bleue de lentreprise quil avait « oublié »
de rendre. Il dira au juge que cétait une « inadvertance »
de sa part, que cétait une habitude et quil navait
pas encore pris conscience quil nappartenait plus à
lentreprise. Une entreprise où lon doit encore
trouver un sous-califougasse qui rationne les gommes et les crayons
au petit personnel pour maîtriser ses frais de gestion. Non,
mais !
Ayons également
une pensée pour toutes les têtes de collaborateurs
compétents que le califounet Messier a dû couper pour
atteindre la puissance convoitée. Cest que tout patron
qui veut se donner rapidement et artificiellement de lenvergure
doit nécessairement tuer des gens sur son passage, des hommes
et des femmes plus compétents que lui, plus loyaux, plus
intègres, pour arriver à imposer un jour sa propre
expérience de lincompétence. Le principe de
Peter exige quelques sacrifices.
Hélas, le
sort sacharne sur califournouille. Le tribunal de grande instance
de Paris vient de mettre sous séquestre lindemnité
de départ de 20,6 millions deuros quun tribunal
artibral américain lui avait récemment accordé.
Tout le monde compatira à cette petite misère financière
car chacun sait limportance davoir un petit pécule
devant soi quand on sapprête à passer lété
au camping de la plage avec sa petite famille.
Et voici que lAPPAC,
association de défense des actionnaires, porte plainte contre
X pour abus de bien social concernant les salaires de 2002 et les
indemnités de départ de Vivendi Universal du califourchon.
Un montant exagéré de la partie variable de la rémunération
dun patron, au regard du résultat négatif de
sa société, constituerait un abus de bien social.
En 2002 en effet, pour six mois de travail à la tête
de VU, Messier aurait touché 5,6 millions deuros
tandis que le groupe affichait sur lensemble de lannée
une perte historique de 23,3 milliards deuros.
Mais les petits
malheurs du califourchette ne sarrêtent pas là.
Outre louverture dune enquête judiciaire contre
X pour « publication de faux bilans » et « diffusion
dinformations fausses ou trompeuses » au marché,
voici quun de ses anciens collaborateurs, le député
UMP Alain Marsaud, prend la tête dune mission dinformation
de lAssemblée nationale sur les rémunérations
excessives de grands patrons du CAC 40.
Voilà ce
qui arrive, cher Iznogoud, quand on samuse à donner
un coup de calife dans le contrat.
Haut
de page
L'école
des flans

Comme les écoles
supérieures de commerce d'où nous viennent la plupart
de nos inaptes au management, voici que s'ouvrent un peu partout
en France des écoles préparatoires aux émissions
de la télé-réalité.
Comme quoi, pour
ne savoir rien faire, il faut suivre des études.
Les candidats sont
de plus en plus nombreux à vouloir participer à la
Star Academy, Popstars ou A la recherche de la nouvelle
star. TF1 aurait reçu 120 000 candidatures pour la prochaine
saison de la Star Ac'. Seulement 495 ont été retenues,
sur lesquelles entre 15 et 40 seront sélectionnées.
Le problème
existentiel qui se pose désormais à ces post-adolescents
est celui d'un choix crucial entre passer un CAP de coiffure ou
être star.
Cet engouement a
donné l'idée à quelques malins d'exploiter
une fois de plus la connerie humaine, ce qui est le propre de la
plupart des commerces, en créant des sortes de boîtes
à Bac d'où sortiront les clones de Jean-Pascal, Félicien
et autre Lesly. L'ignorance, ça s'apprend. L'inculture, ça
se cultive.
Tous les sinistrés
des karaokés de camping, nourris aux merguez, la voix éclaircie
au Pastis, les rescapés de la fête de la bière,
les Obispo du vendredi soir et les Jenifer des goûters du
samedi après-midi chez la copine, ont enfin trouvé
leur système d'éducation.
À Paris,
le Studio France propose 10 mois de cours pour 3 750 euros.
" Les gens de province sont déringardisés"
dit sa directrice en frôlant de près les lois antiracistes.
Encore une démantubilée du citron qui doit peser lourd
en imbécillité pour sortir une phrase pareille. Au
conservatoire de Sarcelles, un ancien élève de la
Star Ac' a ouvert un cours. Histoire d'apprendre aux autres ce qu'il
n'a pas réussi à faire. À Orléans, l'école
Show biz propose une formation aux 6-12 ans pour 1 200 euros
par an et 8 heures de cours par semaine. Le filon est bon, ce n'est
pas la clientèle qui manque, il y a aujourd'hui tellement
de mini-stars que Carrefour aura du mal dans quelques années
à trouver des caissières. Les parents payent, d'ailleurs
ce sont eux qui poussent leurs rejetons à devenir des stars.
Ils rêvent de voir leur progéniture passer à
la télé. Bientôt, il y aura tellement de monde
qui passera à la télé qu'il n'y aura plus personne
pour la regarder. Peut-être faut-il y voir là une forme
d'assainissement des esprits par l'absurde. C'est vrai que si tout
le monde était en taule, il y aurait moins d'insécurité
dans la rue.
Au point où
nous en sommes, on pourrait même imaginer d'implanter dans
toutes les villes de France une "Star-gardery" où
l'on apprendrait aux bambins à jouer avec leurs excréments.
On ne sait jamais, s'ils échouent dans la chanson, ils pourront
toujours devenir écrivains et trouver plus facilement un
grand éditeur culturel.
Et quand toutes
ces stars auront enfin disparu, on pourra enfin avoir des rues propres.
Haut
de page
Star
Archeology
Quel sort réserverait-on
aujourdhui à Édith Piaf si elle se présentait
devant un jury de la Star Academy, de Popstars ou
dA la recherche de la nouvelle star ?

On entend dici les remarques
dédaigneuses de professeurs incapables davoir mis en
pratique pour eux-mêmes les leçons quils donnent
aux autres :
Trop raide.
Trop figée.
Vous navez que cette robe noire à vous mettre sur le
dos ?
Vous avez vu comme vous êtes fringuée ?
Votre couturier, cest Tati ?
Les mains plaquées sur vos hanches, ça ne va pas du
tout. Vous devriez bouger un peu plus.
Vous savez danser ? Montrez voir
Cest pas mal votre chanson, comment appelez-vous ça ?
Ah oui, lhymne à lamour.
Faudra changer ce titre un peu ringard sinon le public ne retiendra
pas.
Mais pourquoi dites-vous "Je me fous de mon dentier ?"
Faudra apprendre à articuler.
Vous pensez pas que cest légèrement pathos votre
histoire ?
Sourire, vous savez ce que cest, sourire ?
Vous criez toujours comme ça ?
Vous avez besoin de grandir.
On sent quand même en vous quil y a de la générosité,
cest certain, mais vous nêtes pas parvenue à
me transmettre votre émotion.
Épatez-moi, faites-moi bander, vous voyez ce que je veux
dire ?

Et on conseillerait à la
môme Piaf de faire du footing tous les matins et de se mettre
à la musculation. Piaf ne serait sûrement pas retenue.
Pas mode. Pas vendable. On dirait que ce nest pas un bon produit.
Je pense à Édith Piaf
au moment où lon vient dexhumer les matrices
de six chansons inédites datant des années 40 et qui
dormaient dans les archives de la Bibliothèque Nationale
de France en attendant leur enlèvement par un ferrailleur.
Pourvu quon ne retrouve rien
de Mike Brant
Haut
de page
Et
Dieu créa l'infâme
Inutile de revenir
ici sur le contenu du dernier (on espère que ce sera le dernier)
livre de Brigitte Bardot (1). Quand dans le précédent
elle écrivait qu'elle aurait préféré
mettre au monde un chien plutôt que son fils, on ne pouvait
guère s'attendre à une élévation de
pensée et une amélioration du style dans un nouveau
bouquin qu'on feuillette au hasard avec la même curiosité
intellectuelle qui nous anime quand on jette un coup d'il
sur un dépliant publicitaire qu'un fabricant de pizzas nous
a glissé dans la boîte aux lettres.
Marc-Olivier Fogiel
(" On ne peut pas plaire à tout le monde "
- FR3, 12 mai 2003) a été critiqué pour avoir
entraîné l'actrice, contre son gré, à
parler de son livre en deuxième partie d'émission.
On peut cependant juger qu'il a fait son boulot car la sortie du
bouquin concomitante avec la diffusion de l'émission n'était
sûrement pas innocente. L'éditeur aurait bien voulu
profiter de l'impact de l'émission pour faire monter les
ventes dès le lendemain, mais il n'était pas question
(prudence !) de discuter du fond en prenant le risque de perdre
des clients au passage. Difficile dans ces conditions de reprocher
à l'animateur de l'émission dans laquelle on se présente
d'entrer dans ce jeu-là et de passer cet " événement
" plus marketing que littéraire sous silence.
Mais la vérité
est peut-être ailleurs. Cette vérité, c'est
que Brigitte Bardot ne souhaitait pas parler de son livre en dehors
du cadre d'une émission littéraire. Hélas,
il ne suffit pas d'élever des chats pour être un écrivain.
Et de toute façon, les émissions littéraires
" vendent " moins bien que ces émissions "
people " dites culturelles.
Si Madame Bardot
a été publiée, ce n'est pas pour ses dons littéraires,
ce n'est pas pour la haute volée de ses réflexions,
mais tout simplement parce que son nom suffit à vendre du
papier. Exactement pour la même raison qu'on publie la prose
lénifiante niveau CM2 d'une égarée du Loft.
Elle dit : "
Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas. "
Slogan déjà entendu, on sait d'où il vient.
On lui laisserait volontiers croire qu'il s'agit bien là
de ce que le peuple pense tout bas si cela pouvait la dissuader
de l'écrire.
Elle dit : "
J'ai le droit de m'exprimer. On est en démocratie. "
Certes. Il ne viendrait à l'esprit d'aucun démocrate
de lui contester ce droit. Même si ce droit d'expression qu'elle
revendique pour elle-même aujourd'hui était demain
contesté aux autres si ses amis politiques arrivaient au
pouvoir.
Tout y passe pêle-mêle
et rien ne trouve grâce à ses yeux. L'architecture,
la peinture, la danse, le théâtre, la littérature,
les enseignants (ils portent des baskets et ont les cheveux sales),
les Arabes et même les Français (tous gras et moches).
Un magma d'idées préconçues, une misanthropie
stupide, agressive. Le genre de propos que pourrait tenir ma concierge
quand elle sort les poubelles.
Vomir n'est pas
écrire. Ou si vomir c'est aussi écrire, il faudra
faire des efforts.
Si on est effrayé
par la misère culturelle ce qu'on lit, on ne peut s'empêcher
d'éprouver malgré tout un peu de compassion pour une
femme qui vit recluse dans sa propriété tropézienne
et qui ne connaît plus du monde que ce qu'elle voit à
la télévision (elle l'avoue). On songe alors à
tous les êtres isolés comme elle qui ont abandonné
tout sens critique devant la force de l'image. On pense à
toutes les télé-victimes rongées par la haine,
abusées par l'effet de loupe de la télévision,
à toutes ces hargnes militantes qui nous promettent d'autres
20 avril. Il y a bien longtemps que " la fenêtre ouverte
sur le monde " intoxique plus qu'elle ne cultive. Ne regarder
le monde qu'en se penchant à cette fenêtre équivaut
à une tentative de suicide.
Le psychiatre interrogé a dit qu'elle s'était probablement
identifiée à la souffrance des animaux qu'elle protège.
Leur souffrance, c'est la sienne. Alors elle se révolte contre
les autres, tous les autres, les agresseurs. Logique d'une femme
blessée qui fait payer ces souffrances et qui ne s'embarrasse
pas de réflexions plus approfondies.
On pense au plaisir
qu'aurait pu donner son livre si elle accordait à l'humanité
autant d'amour et de passion qu'elle en donne aux animaux.
Il y a des jours
où l'on regretterait presque que Loana ne publie pas un deuxième
bouquin. Histoire de provoquer un courant d'air pour dissiper les
mauvaises odeurs.
Il y a des jours où l'on souhaiterait presque nobéliser
de grands écrivains comme Lova Moor, Nadine de Rothschild,
la fausse princesse Hermine de Clermont-tonnerre, Christine Deviers-Joncourt
ou Maïté pour l'ensemble de son uvre de recettes
des anguilles à l'ancienne.
Le bouquin a pour titre Un cri dans le silence.
Mais ce qu'on préfère chez Brigitte Bardot, c'est
le silence.
Un chapelier qui
se piquait d'écrire présenta un jour son manuscrit
à Voltaire. En lui restituant son uvre, Voltaire l'accompagna
de ce conseil : " Faites des chapeaux, Monsieur, faites
des chapeaux. "
Brigitte Bardot, elle aussi, devait limiter son talent à
la protection des bébés phoques.
(1) Le manuscrit a été refusé par plusieurs
éditeurs, dont Albin Michel, pour être finalement accepté
par le comité de lecture (Pan !) des Éditions du Rocher
qui sait apprécier la belle littérature
NB : en consolation,
on lira le livre (dont personne ne parle et c'est normal de nos
jours) de Marianne Gray consacré à Jeanne Moreau (Éditions
du Nouveau monde). Jeanne Moreau, véritable star à
mon goût - et là pour une fois on peut employer le
mot à bon escient -, femme élégante et d'élégances,
de culture, on se souvient de son passage il y a quelques années
chez Pivot où elle était intarissable sur la littérature
allemande.
Haut
de page
Tests
à claques

On me soupçonne
de passer beaucoup de temps devant la télévision pour
récolter autant de bourdes, de niaiseries, et me donner matière
à alimenter cette chronique.
Rien n'est plus
faux. Il suffit simplement (hélas !) d'allumer son poste
à n'importe quel moment de la journée ou du soir,
et on est à peu près sûr de tomber sur une connerie
bien copieuse. A condition toutefois d'avoir l'oreille fine et un
minimum d'esprit critique.
Pour vous convaincre,
faisons un test.
Samedi 17 mai 2003,
13h25, sur M6. Émission Bachelor.
Je ne connais rien de ce jeu télévisé à
l'exception des bandes-annonces qui persuadent mes neurones déjà
bien malmenés de ne pas regarder. La connerie est arrivée
en moins d'une minute.
Une des candidates dit : " C'est très excitant
parce qu'il ne se passe rien. "
Avec cette simple
phrase, la fille vient de résumer le concept d'une émission
qui ne présente aucun intérêt. Son observation
peut même illustrer l'état actuel de la télévision
et, au-delà, un sociologue pourrait y voir une critique laconique
et judicieuse de notre société du vide.
Quelques secondes
plus tard, je zappe sur la Cinq. Émission On aura tout
lu.
le thème : " Le service public : réforme impossible.
"
Apparemment, le sujet est sérieux. Et voilà qu'un
des invités déjante et dit : " C'est en
Bretagne que l'on obtient les meilleurs résultats scolaires,
vous savez pourquoi ? Parce que c'est dans cette région qu'on
a les pubis les plus développés. "
Ça ne s'invente
pas.
Dimanche
18 mai, 21h15. Émission Capital.
Au cours d'un reportage sur les jeunes Français qui vont
travailler en Espagne, une créatrice d'entreprise dit ceci
: " C'est important quand on ouvre un centre international
de trouver des gens de toutes les nationalités. "
Autre
exemple. Pendant la guerre en Irak, la chaîne de télévision
LCI invite un général-expert pour qu'il vienne nous
expliquer ce qu'il faut comprendre des combats...
Et
le général-expert (sic) déclare : "Une
guerre n'est jamais gagnée d'avance. Il ne faut jamais sous-estimer
l'adversaire."
Grand
silence sur le plateau devant la pertinence de cette remarquable
"expertise". Un talent pour l'évidence et une perspicacité
de l'inutile. On attendait que le général-expert nous
prédise que cette année Noël tombera le 25 décembre...
Et
enfin, à un journaliste qui lui demandait s'il savait où
se trouvait Saddam Hussein, Ronald Rumsfeld a répondu :
"
Où est-il ? Soit il est mort, soit il est blessé,
soit il ne veut pas se montrer."
A moins qu'il soit parti chercher une bouteille à la cave.
Heureusement que l'on nous dit que les bombes, elles, sont intelligentes...
Haut de page
Europe
1 hallucine
Samedi 12 avril 2003 était célébré, à Bruxelles, le
mariage du prince Laurent, fils cadet du roi Albert de Belgique.
La cérémonie religieuse en la cathédrale Sainte-Gudule
était menée par le cardinal Godfried Danneels, primat
de Belgique, assisté du prêtre français Guy
Gilbert, surnommé le curé des loubards en référence
à son action d'éducateur.
Tout le monde connaît
le curé Guy Gilbert : allure baba, blouson noir de rocker
placardé de pin's, tignasse hippie, et une transcription
orale des Écritures revues et corrigées par le parler
de la rue et des banlieues. Un personnage somme toute attachant
et haut en couleurs, curé joyeusement déconcertant,
hors norme, "ecclésiastiquement incorrect", qui
tutoie tout le monde et capable de taper sur l'épaule du
bon Dieu pour lui proposer une bière ou le taper de cent
balles.
Le même jour,
au journal de 13 heures, sur Europe 1, un reporter relate la célébration
du mariage et ajoute ce commentaire : "Le prêtre Guy
Gilbert a su mettre du joint dans cette cérémonie."
On pense que le
journaliste a voulu dire plus précisément que le curé
des loubards avait su accommoder son style particulier à
la tenue et aux fastes d'un mariage de cour
Haut
de page
La
face pressée du Monde

Petite
perle entendue au cours d'une discussion animée dans l'émission
littéraire Campus (France 2, 6 mars 2003) consacrée
au débat à propos du livre de Pierre Péan et
Philippe Cohen La face cachée du Monde :
" On n'a pas attendu la mort de Mitterrand pour lui adresser
des critiques post-mortem
"
C'est toujours une
contrainte que nous imposent ceux qui tardent à mourir de
leur vivant.
Haut de page
Le
monstre du Loft Mess

Ce
n'est pas pour revenir sur les lofteurs et en remettre une couche,
mais simplement pour démontrer que l'industrie du livre est
capable de tout pour se faire du pognon facile.
Vous vous souvenez
sans doute d'avoir au moins aperçu une fois la fameuse Lesly
il fallait prononcer laisse-l'ail . C'était
la lionne superbe et (très) généreuse qui s'était
jurée de devenir une grande star du show-business en s'appuyant
sur son immense talent d'artiste complète. Souvenez-vous
: " Les textes [de ses futures chansons], c'est moi
qui va les écrire. "
Aussitôt mal
dit, aussitôt mal fait. Dans son élan magnifique qui
n'appartient qu'à ceux qui ne doutent de rien, elle s'est
même laissé aller à écrire un livre.
Écrivain, c'est très mode. L'éditeur Michel
Lafon s'est empressé de publier ses mémoires. Oui,
parce que de nos jours, le monde va très vite, on n'a pas
le temps d'attendre, alors on écrit ses mémoires à
20 ans. Le bouquin s'appelle Mon père a tué ma
mère, ce qui sent à peine le règlement
de compte familial. Saga familiale pour laquelle on a jugé
qu'il y avait un public alors qu'elle n'intéressera en réalité
que les habitants du troisième étage de l'escalier
C de la cité des Rhododendrons à Pugilat-sur-Yvette.

A ne lire que les
dix premières lignes, ce qui est bien suffisant pour se faire
une idée de l'uvre, on apprend qu'elle a connu la galère
et vécu dans une chambre de bonne. Voyez-vous, ces pauvres
chéris du loft sont les seuls à avoir vécu
dans des chambres de bonnes. De nos jours, la chambre de bonne est
devenue un drame humanitaire alors qu'il y a quelques années
on lui trouvait un certain charme qui s'adaptait bien à nos
aventures de jeunesse. En fait, pour eux, la galère, c'est
de ne pas être star. On voit toute la philosophie qui nous
sépare.
Mais le plus drôle
de l'histoire, c'est que l'éditeur, par ailleurs probablement
très exigeant avec les vrais auteurs, s'il en connaît,
a dû céder au diktat capricieux de la star loftée.
En exergue du bouquin, quelques lignes précisent qu'il dégage
toute responsabilité sur la qualité du texte, la grande
écri-vaine ayant insisté pour que rien n'y soit changé,
pas même une virgule ! On imagine ici la scène : "
Je veux bien être éditée, mais le texte c'est
moi qui l'a écrit et je parle pas plus pire le français
que d'Ormesson. " Et l'éditeur de se coucher, si
je puis me permettre. Le homard l'a tué.
Arrêtons ici
la critique car l'harpie n'aime pas être mise en cause, sort
facilement ses griffes et se défend rageusement. Coutumière
de répliques agressives et sans appel, elle pisse à
la raie (je cite) de tous ses détracteurs. Avant qu'elle
ne s'attaque à la mienne, je voudrais la mettre simplement
en garde sur l'inconfort de l'exercice pour une femme normalement
équipée et l'aspect périlleux de la contorsion
nécessaire à l'exécution d'une menace susceptible
de lui faire perdre un équilibre apparemment déjà
bien précaire.
Haut
de page
Petites
pirateries littéraires

Il
n'est pas une interview du chanteur Renaud où le présentateur
ne s'extasie devant la phrase contenue dans l'une de ses chansons
: " On reconnaît le bonheur, paraît-il, au bruit
qu'il fait quand il s'en va. "
On reconnaît
le bonheur parait-il
Au bruit qu'il fait quand il s'en va
C'était pas le dernier des imbéciles
Celui qu'a dit ça
A défaut
de s'entendre sur le véritable auteur de la phrase, tout
le monde l'attribue à Renaud, sans remarquer qu'il a l'honnêteté
d'avouer (si on lit bien la suite du texte) qu'elle n'est pas de
lui. Mais quel est donc ce type qui ne serait pas " le dernier
des imbéciles " ? Tout le monde cherche. On sait qu'on
l'a déjà lue quelque part, cette pensée, mais
où ? Chez quel auteur ? Dans quelle uvre ?
On la trouve sous
différentes variantes : On reconnaît le bonheur
au bruit qu'il fait quand il tombe ; les amateurs de citations
l'attribuent alternativement à Prévert, Gide, Eluard,
Aragon, Guitry (toujours lui) et même à Romain Gary,
sous cette forme : J'ai su ce qu'était le bonheur au bruit
qu'il a fait en partant.
Enfin, appelé
à citer sa source, Renaud explique dans l'Express du 30 mai
2002 : " Pour être franc, cette phrase était
inscrite sur le mur des toilettes de Pierre Desproges. "
Comme quoi un bruit de chasse d'eau peut en cacher un autre.
Plus regrettable
est la petite piraterie de Jean d'Ormesson qui écrit, page
135 de son dernier livre C'était bien (Gallimard,
2003) : " Ce qu'il y a de mieux dans le voyage, comme peut-être
dans l'amour, c'est après, et surtout avant - quand on monte
l'escalier. " Dommage qu'un membre de l'Académie
française se soit approprié ce qui appartient à
Georges Clemenceau : " Le meilleur moment dans l'amour,
c'est quand on monte l'escalier. "
A la mort de Bernard
Loiseau, les chaînes de télévision ont repassé
en boucle l'une de ses interviews au cours de laquelle il disait
: " Qui que l'on soit, on n'est jamais assis que sur ses
fesses. " Sans doute que les programmateurs ont cru que
cette phrase était de lui, raison pour laquelle ils l'ont
choisie pour illustrer sa nécrologie. Elle nous vient en
réalité de Montaigne dans ses Essais (13. De
l'expérience) : " Si avons-nous beau monter
sur des échasses, car sur des échasses encore faut-il
marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône
du monde si ne sommes assis que sur notre cul. " Pensée
que le français moderne a résumé de cette manière
: " Si haut que l'on soit placé, on n'est jamais
assis que sur son cul. "
Dans le même
contexte et au cours de la polémique qui a entouré
la fin brutale de Bernard Loiseau, on a entendu Paul Bocuse répéter
cette phrase avec une belle fierté d'auteur : " Les
critiques sont comme les eunuques : ils savent, mais ne peuvent
pas. " En vérité, cette comparaison
est de Sacha Guitry. C'est pas beau, grand chef, d'aller piquer
dans la gamelle des autres...
Ces petites pirateries
entre amis ne sont pas un phénomène nouveau. La Fontaine
s'est servi dans les contes orientaux et Boileau a copieusement
pompé sur Horace pour écrire son Art poétique.
Quand Horace écrit dans les Satires : " Pour
une chose bien conçue, les paroles s'offriront et couleront
d'elles-mêmes. ", Boileau remanie, interprète
et s'attribue : " Ce que l'on conçoit bien s'énonce
clairement/ Et les mots pour le dire arrivent aisément. "
En référence
à la situation internationale, on commence à ressortir
la prétendue phrase d'André Malraux :
" Le XXIème siècle sera religieux ou
ne sera pas. " et sa variante " Le XXIème
siècle sera spirituel ou ne sera
pas ", ce qui ne veut pas tout à fait dire
la même chose. Tous les biographes sérieux s'accordent
jusqu'à présent pour dire qu'il n'existe aucune trace
(livre, article, interview) qui prouverait qu'André Malraux
en a bien la paternité.
Sans viser personne
en particulier (je ne suis pas salaud au point de dénoncer
Sollers, d'Ormesson et Fabrice Luchini), observez bien à
la télé certaines de nos ventouses médiatiques.
Notez toutes les citations qu'ils font. Qu'ont-ils dit eux, venant
d'eux, de leur esprit propre, de leur réflexion à
eux ? Rien. Strictement rien.

Essayez et faites
comme eux pour briller en société, quand avoir de
l'esprit n'est plus qu'une question de mémoire.
Exemple en guise
de conclusion :
Il est une bonne
chose de lire des livres de citations, car les citations lorsqu'elles
sont gravées dans la mémoire vous donnent de bonnes
pensées. C'est le travail des poètes d'avoir assez
d'idées pour en fournir une à toutes circonstances.
Parfois même, supprimer les guillemets est une manière
élégante de recycler les idées usagées.
Les citations donnent à lire et sont à la lecture
ce que les bandes annonces sont au cinéma. Mais sans référence,
elles sont à peu-près aussi utiles qu'une horloge
sans aiguilles. D'autant qu'avec tous les cinglés qui nous
gouvernent et polluent la planète, plus personne n'a le temps
de vérifier l'exactitude d'une citation faite par n'importe
qui au sujet de n'importe quoi.
Méfiance,
l'art de la citation est souvent l'art de ceux qui ne savent pas
réfléchir par eux-mêmes. Quelques citations
savantes donnent de l'éclat à l'homme. Elles sont
à la pensée ce que le prêt-à-porter est
au sur-mesure. Une bien bonne placée au bon endroit et au
bon moment peut, pour un instant, faire paraître le pire des
imbéciles beaucoup plus intelligent qu'il ne l'est en réalité.
Il faut toujours
se méfier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne qu'à
partir d'une citation.
Haut de page
Paul-Loup
et l'agneau

On
l'a souvent vu, ces derniers temps, se répandre abondamment
sur tous les plateaux de télévision pour raconter
avec force détails son grand malheur d'homme ruiné
par son divorce et meurtri - ce qui est moins risible - de vivre
séparé de ses enfants.
On
l'a entendu, Paul-Loup Sulitzer, grand écrivain de notre
siècle, dire et redire qu'il était maintenant un homme
totalement ruiné. A défaut de compatir pour ce nouveau
pauvre, on était prêt à soutenir de toute notre
affection le nouveau père déchiré. On l'a écouté
tenir des propos revanchards et totalement diffamatoires sur son
ex-épouse et sa belle-famille. On a assisté jusqu'à
la gêne à ces querelles de famille sur fond de gros
sous. Même si l'on n'est pas dupe du petit jeu médiatique
du personnage, on était tenté d'avoir pour lui une
légère compassion, malgré tout.
Et puis soudain,
à peine deux à trois semaines plus tard, voici notre
agneau blessé posant en peignoir de bain immaculé
dans l'émission Saga. Stupéfait, on découvre
notre misérable menant grande vie dans un palace, ouvrant
la porte de sa chambre au garçon d'étage ( il a su
rester simple) qui vient lui servir le copieux petit déjeuner
qu'il prendra aux côtés d'une jolie Hongroise de vingt
ans (sic) qu'il présente aux caméras comme son nouvel
amour. Genre, voici la femme que j'attendais, celle qui m'a toujours
manqué et que je n'attendais plus, celle qui me redonne goût
à la vie, celle qui me réconcilie avec les femmes
et, tant qu'on y est, avec le genre humain tout entier. Fermez le
ban.

Il est charmant,
dit la jeune femme. Oui, charmant, bien sûr
Il est attentionné,
il m'apprend des choses, il a de la culture. Oui, culture, bien
sûr. Il est très généreux... Oui, c'est
ça, généreux, il peut alors ? Et lui écoute,
attendri, flatté, le dictionnaire de citations planqué
sous l'oreiller.
Miracle des stars
de la télé d'en haut qui font rêver le petit
peuple d'en bas. Hier sans un sou en poche, Paul-Loup ressuscite
apparemment, et trois semaines seulement plus tard, plein aux as.
A croire que le divorce de Paul-Loup est scénarisé
par Endemol.
Licenciés
de Metaleurope, prenez exemple sur Paul-Loup au lieu de protester
et de vous lamenter bêtement. Au chômage et ruinés
aujourd'hui, vous pouvez à votre tour être milliardaires
demain. Vous en rêviez, Paul-Loup l'a fait. A moins que Paul-Loup
ait eu l'idée de sponsoriser son divorce comme il avait sponsorisé
son mariage. Ne vous reste plus, chômeurs stupides de Metaleurop
et de Michelin, qu'à trouver des sponsors pour soutenir votre
chômage ou votre prochaine tentative de suicide.
Paul-Loup se reprend
en main et ne s'arrêtera pas là. Il annonce qu'il écrit
un livre (sic) sur sa nouvelle condition paternelle. Les nuits arrosées
de chez Castel, tout le monde le sait, facilitent la distance et
la solitude nécessaires à l'écriture. Il aura
un éditeur, bien sûr, l'industrie du livre ne passe
jamais à côté des bons auteurs. A parier que
cette fois, il va y avoir un public pour ce sujet. A parier que
cette fois, le sujet va passionner les éditeurs.
Il a trouvé
le temps d'écrire une chanson, aussi. Il a déniché
un interprète. Pour le livre, un scribe fera l'affaire. Les
grands se contentent de donner les idées. Vont quand même
pas se mettre à écrire des phrases comme des écoliers.
La chanson parle de ses enfants, de son amour pour eux, de sa douleur
de père. Dans le genre pathos, Les Roses blanches
de Berthe Sylva, à côté, c'est Tata Yoyo
d'Annie Cordy.
Un grand patron,
c'est ça, un homme qui lui-même ne sait rien faire
mais qui maîtrise l'art de s'entourer de ceux qui savent pour
s'approprier ensuite leur travail, le fric et les honneurs. Mais
le Loup ne s'arrêtera pas là. Peut-être l'idée
germe-t-elle déjà dans son cerveau d'un film ou d'une
pièce de théâtre. Paul-Loup, c'est un génie,
le genre de type capable de vous écrire une comédie
musicale pour se venger d'une gastro.
Haut de page
Moule
fric

Dans
l'émission Sans aucun doute du 28 février 2003,
sur TF1, l'ancienne star du porno Clara Morgan a déclaré
à propos d'un métier qu'elle a maintenant quitté : "Je ne suis jamais rentrée dans le moule."
Pas
grave, chérie, d'autres s'en sont chargés...
Haut
de page
L'assassin
habite chez Calmann Lévy
De nombreux auteurs
de talent rongent leur plume dans un coin de la France littéraire
d'en bas pendant qu'un assassin d'enfant n'a rencontré aucune
difficulté à séduire l'industrie du livre.
Le passionné
d'écriture enverra vainement son manuscrit aux éditeurs,
par la poste. Il collectionnera les lettres de refus polis lui disant
que ses textes ne semblent pas correspondre à l'attente
du public ou qu'il n'existe pas de collection susceptible
de les accueillir.
Un assassin d'enfant,
lui, ne perd pas son temps à envoyer son précieux
manuscrit par la poste. Il convoque les éditeurs. Et ils
viennent. Tel petit papa Denoël qui envoya un de ses collaborateurs
déjeuner avec la star-killer.
Finalement, c'est
chez Calmann-Lévy que l'assassin d'enfant fera l'unanimité
du comité de lecture qu'on félicitera au passage.
Espérons qu'on ne se trompe pas en félicitant le comité
puisqu'un éditeur dit toujours que votre ouvrage lui a
fait forte impression, qu'il aurait vraiment souhaité le
publier, mais que, hélas, son comité de lecture ne
l'a pas suivi
A moins que les stars-killers soient dispensées
du passage en comité de lecture.
Passons sur le contenu
du bouquin dont la presse dit qu'il est sans intérêt,
au cas où on aurait pensé en trouver un et surtout
au regard de la " réinsertion sociale "
honorable de l'artiste.
Il y a donc une
collection et un public pour les confessions ratées de la
vie ratée d'un assassin d'enfant.
La controverse s'anime
à propos du scandale qu'il y aurait pour un assassin d'enfant
à se faire du pognon sur la notoriété de son
crime dont le motif était déjà de se faire
du pognon. Un député est monté au créneau
en préparant une proposition de loi pour que les droits d'auteur
des criminels soient reversés à des associations.
Mais jusqu'à ces derniers jours, personne ne semblait s'indigner
qu'un éditeur et un réseau de diffusion ne se fasse
du pognon sur le crime d'un enfant raconté par son auteur.
Il faut savoir en effet qu'un " écrivain "
perçoit entre 8 et 10 % du prix hors-taxes d'un livre, parfois
plus s'il y a eu négociation sur des paliers de ventes. Ce
n'est pas " l'auteur " qui dans cette affaire empocherait
le plus de pognon. Le reste serait réparti entre l'éditeur
(ce n'est pas lui qui gagne le plus), le diffuseur (c'est le plus
gourmand) et le libraire (environ 33% quand même). N'oublions
pas l'État qui, avec la TVA, empoche toujours sa part des
mauvaises actions sans que nul ne le remarque. Une indignité
en conséquence bien partagée, comme on peut le voir.
Mais voilà
qu'on apprenait le 14 novembre dernier que les actionnaires de Calmann-Lévy
avait appelé Hachette Livre (qui détient 70% du capital
de l'éditeur) à reverser " la majorité
des bénéfices issus de la vente du livre "
de l'assassin d'enfant à des associations.
Rien ne permet d'affirmer
à ce jour que cette bonne résolution a été
réellement suivie d'effet.
Une remarque cependant
: si c'était pour aboutir à une affaire quasiment
blanche, il eut été sans doute plus intelligent et
surtout plus honorable de renoncer à publier les mémoires
de l'assassin d'enfant.
Haut de page